Le Carbonifère : Exploitation minière
 
Découverte et exploitation du charbon
Qui a découvert le charbon?
Petite histoire du charbon
Les différents bassins houillers
Description des veines et terrains encaissants
Les premières exploitations minières
Les exploitations minières modernes
Les installations de surface
De la mine à votre poêle à charbon (1)
Le châssis à molettes
La machine extraction
Bouveaux et tailles
Les chevaux dans la mine
De la mine à votre poêle à charbon (2)
Les métiers dans la mine
Aérage et éclairage
Exhaure
Les ennemis du mineur
Le grisou
Le poussier
Le feu
Eau
Les éboulements
 
 
 
 
La mine et ses installations de surface : la partie visible de l'iceberg car en dessous ce n'est qu'un dédale de galeries.
Dessin L.V.B.

7.  La découverte et l'exploitation du charbon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le charbon dans sa réalité matérielle, objet de toutes les convoitises des 18ème, 19ème et 20ème siècle...
Tant de sueur, de larmes et de sang pour ces quelques cailloux noirs...

7.1.  Qui a découvert le charbon ?

Selon la légende, ce serait un forgeron du nom de Hullos de Plainevaux habitant la région de Liège qui serait à l'origine de cette découverte qui allait changer la face du monde.

Voici ce qu'écrit Gilles d'Orval, scribe d'Albert de Cuyck, prince-évêque de Liège de 1194 à 1200.  Ce récit, plein de fantaisie a fait naître la belle légende de Hullos, ce personnage juste à mi-chemin entre la légende et la réalité, ce forgeron si cher au coeur des Liégeois, si presque réel, qu'il faudrait être très malin et pouvoir retourner dans le temps pour affirmer ensuite avec preuves à l'appuis que ce Hullos est une légende ou une réalité.

L'action se passe vers l'an 1000 et à cette époque, seul le charbon de bois permettait à la forge de fonctionner.  Cependant, tout en travaillant notre héros marmonnait dans ses dents en se plaignant : "J'ai beau travailler et travailler, mais le prix élevé du charbon de bois ne me permet pas de rembourser mes dettes, de payer les impôts au seigneur et encore moins de mettre un sou en poche. " Il était tellement absorbé par son travail et par ses pensées sombres qu'il ne remarqua même pas qu'un vieil homme auréolé de cheveux blancs, à la longue barbe blanche et vêtu d'une robe immaculée, venait de passer la porte de son atelier.  Quand Hullos le vit, le vieillard lui dit : " Si tu as de telles difficultés financières avec le charbon de bois, va sur la Colline aux Moines, creuse une tranchée, enlève la terre arable et tu trouveras au fond de ton trou une terre noire, brillante.  Jette la dans ton foyer et tu verras qu'elle brûle dix fois mieux que le charbon de bois." et le vieil homme disparut.  Perplexe mais sachant qu'il n'avait rien à perdre, Hullos fit une tranchée au sommet de la colline, découvrit cette terre noire, l'utilisa dans sa forge et il put produire armes et outils d'une qualité encore inégalée pour cette époque.  Sa renommée devint si forte qu'il eut des commandes à ne plus savoir qu'en faire et ne dépendant plus du charbon de bois, il put enfin faire des bénéfices substantiels.

Ceci est évidemment une légende car les Eburons (littéralement, "peuple qui creuse des bures") (bure = tranchée) avaient déjà découvert ce minéral fossile qui brûle.  Les Romains, ayant défait l'armée gauloise s'installèrent chez nous et adoptèrent ce combustible puisque des archéologues en ont retrouvé dans l'hypocauste de plusieurs villas romaines de la région liégeoise.

Au cours du Moyen Age, l'exploitation du charbon reste artisanale : des tranchées, des puits d'une dizaine de mètres de profond et quelques petites galeries de quelques mètres de long, quelques galeries à flanc de coteau à travers banc pour retrouver les veines de charbon et les exploiter sommairement.

Notons tout de même que la première houillère dont fait mention l'histoire du Pays de Liège, a dû se trouver aux environs d'Yvoz-Ramet.  Elle est mentionnée dans une charte donnée en 1202 par l'Evêque Hugues de Pierpont à des moines cisterciens.  Pour en revenir une dernière fois à notre Hullos, on le dit originaire de Plainevaux, qui est bien proche d'Yvoz-Ramet.  Comme quoi la légende reste proche de la réalité si bien que notre héros reste avec un pied dans la réalité et un autre dans la légende.

La fin du 18ème siècle mais surtout le 19ème et 20ème siècle avec l'avènement de la machine à vapeur et des moteurs électriques, vont être les siècles d'expansion, d'apogée, de déclin et de fin d'exploitation du charbon en Europe Occidentale

7.2.  La petite histoire de l'exploitation du charbon.

 
7.2.2.  Les différents bassins houillers.
 
 
 
 
Le gisement houiller belge se répartit en 5 bassins principaux :
 
Le Bassin du Borinage 14% de la production belge
S'étendant à l'Ouest de Mons jusqu'à la frontière française et se développant notamment sous les localités de Blaton, Quiévrain, Quaregnon, Jemappes, Hensies, Saint Ghislain, Hornu, Frameries, Pâturages, Flénu, Nimy, ...
 
Le Bassin du Centre 12% de la production belge
A l'Est de Mons, avec Havré, Maurage, Obourg, Strépy, Houdeng, La Louvière, Haine Saint Paul, Haine Saint Pierre, Manage, Morlanwez, Trazegnies, Binche...
 
Le Bassin de Charleroi-Namur 24% de la production belge
A l'Ouest et à l'Est de Charleroi avec Anderlues, Thuin, Lobbes, Monceau sur Sambre, Fontaine l'Evêque, Marchienne au Pont, Montignies, Gosselies, Jumet, Ransart, Couillet, Marcinelle, Gilly, Châtelineau, Tamines, Aiseau, Auvelais, Andenne...
 
Le Bassin de Liège 15% de la production belge
Depuis Wanze jusqu'à la frontière Est avec Jehay-Bodegnée, Loncin, Horion-Hozémont, Velroux d'une part, tout le bassin industriel de Liège depuis Chockier jusque Herstal, Jupille, Wandre et Milmort et la plus grande partie du plateau de Herve avec Micheroux, Blegny, Romsée, Battice...
 
Le Bassin de la Campine 35 % de la production belge
S'étendant dans les environs de Beringen, Helchteren-Zolder, Houthaelen, Genk, Eisden...

7.2.2.  Description des veines de houilles et des terrains encaissants.

Nous avons vu comment s'est formé le charbon.  Cependant la réalité de terrain est tout autre.  Le charbon se présente en couches qui varient considérablement en épaisseur, en régularité et en inclinaison.

Au cours des épreuves formidables auxquelles elles furent soumises pendant des temps très longs, certaines couches, ou parties de couches ont pu rester horizontales, d'autres se sont inclinées plus ou moins fort, jusqu'à devenir absolument verticales.

De même, si les couches originelles de végétaux avaient, sur toute leur étendue, une épaisseur sensiblement constante, les phénomènes successifs auxquels elles ont été soumises ont singulièrement modifié cette régularité.  L'épaisseur d'une couche de charbon peut ainsi varier dans son étendue au point que, parfaitement exploitable en un endroit, elle se transforme plus loin en une mince veinette ou disparaît complètement, laminée entre les couches qui l'entourent pour revenir l'endroit suivant sous une belle puissance.

L'épaisseur des couches qui sont exploitables varie normalement entre 0,35 m et 2,00 m en moyenne.  L'épaisseur moyenne des couches exploitées en Belgique est de 0,60 à 0,65 m.  Il est rare, par contre, que toute la couche soit, sur toute son épaisseur et sur toute son étendue, du charbon utilisable.  Le charbon de la couche est souvent séparé en lits par des intercalations de pierres plus ou moins minces.

Tous les mouvements subis dans les entrailles de la terre, toutes les modifications supportées, toutes les tortures endurées par les couches de charbon donnent au gisement belge une allure tourmentée qui met, à tous les instants, les exploitants devant des situations difficiles qu'il faut cependant bien surmonter

Une couche de houille, malgré ses variations d'épaisseur, d'inclinaison, de régularité, n'en est pas moins une unité continue et il est des couches que l'on suit depuis l'extrémité Ouest du département au Pas-de-Calais jusque dans la Ruhr en passant par le Nord de la France et la Belgique.  Elle ne font que changer de nom car dans chaque charbonnage, toutes les couches ont un nom de baptême ou un numéro minéralogique, donné en fonction de circonstances locales et dépendant notamment de leur aspect (Diamant, Beaujardin...) de leur dureté (Dure Veine...) de leur épaisseur (Quatre Paumes...) ou d'autres circonstances (Désirée, Bonne Espérance, Lurtay, Au Midi, Flairante...)

De part et d'autre des veines de charbon se trouvent ce que les mineurs appellent des "morts terrains", des roches dépourvues de charbon, des roches stériles n'ayant aucun intérêt économique.  Elles sont soit mises de côté soit remontées et stockées sur les terrils.  On peut ainsi trouver :

Le grès est une roche très dure (la plus dure rencontrée dans les travaux du fond) formée de petits grains de sable agglomérés et collés par un ciment siliceux.  Le grès ne réagit pas à l'acide chlorhydrique mais raie le verre et ne se laisse pas entamer par l'ongle du mineur.  Sous un choc violent avec un pic, il donne une étincelle rouge claire.  Il se présente en bancs moins épais que les schistes et les psammites.

Le psammite est un grès micasé et schisteux, dont le ciment est argileux et auquel la disposition des paillettes de mica permet au mineur de le débiter en feuillets.  La cassure du psammite montre des paillettes de mica à l'éclat métallique.  Le psammite ne réagit pas à l'acide chlorhydrique, raie légèrement le verre et se laisse rayer par l'ongle du mineur.  Sous un choc violent avec un pic, il donne une étincelle rouge sale.  Les bancs de psammite sont parfois fissurés et laissent infiltrer l'eau.

Le schiste est une roche argileuse, feuilletée qui se divise aisément en lames.  Il se laisse abattre avec facilité.  Le schiste ne réagit pas à l'acide chlorhydrique, ne raie pas le verre et se laisse rayer par l'ongle du mineur.  Sous un choc violent avec un pic, il ne donne aucune étincelle  Le schiste se présente parfois en formation très compacte. Dans ce cas, il est dur et le boisage de soutènement est facile à exécuter.  Quelquefois il existe en formation très friable.  Dans ce cas, il demande un boisage très soigné et beaucoup de prudence pendant son exécution.

La sidérose est un carbonate de fer. Elle se rencontre sous forme de boules ou rognons, disséminés dans certains bancs de schistes ou dans le charbon lui même. Les rognons contiennent +- 15% de fer.  Ils sont très durs et de ce fait, contrarient souvent l'abatage et le forage.  Ils forment parfois des cloches dans le toit de la couche.  En se détachant, elles peuvent provoquer des accidents graves.  L'attention de l'ouvrier doit alors être plus soutenue et l'auscultation du toit plus répétée.

La pyrite est un minerais de fer (FeS2).  Les cristaux de pyrite jaune ont un très vif éclat métallique et un poli très brillant.  Elle produit une étincelle sous le choc d'un outil.  A l'air humide et en présence de certaines bactéries elle se décompose, produisant de l'acide sulfurique et de l'oxyde de fer.  Cette réaction est très exothermique au point que cela peut causer des incendies de terrils.

La calcite est un carbonate de calcium (CaCO3).  La calcite réagit à l'acide chlorhydrique en provoquant une belle effervescence, ne raie pas le verre.  Sous un choc violent avec un pic, elle ne donne aucune étincelle mais s'effondre en petits fragments rhomboédriques.  La calcite remplit les fissures situées entre les différents bancs de roches principales et peut même parfois se présenter en formation très compacte.

La pholérite est un silicate hydraté d'alumine.  C'est une substance blanche, très douce au toucher, qui sillonne les terrains houillers dans les dérangements, étreintes, rejets.  Lorsqu'on rencontre de la pholérite, les terrains sont souvent très friables, ce qui demande des précautions lors du boisage et des tirs de mines.

Une couche de charbon, si mince et si puissante soit-elle, est toujours :

Chaque couche de charbon a donc son "mur" et son "toit".  le mur et le toit d'une couche déterminée possèdent des caractères spéciaux et notamment les fossiles caractéristiques propre à cette couche.

Pour faire court, nous diront que le "mur" est antérieur à la couche de charbon.  C'est dans cette couche argileuse (aujourd'hui transformée en schiste), riche en humus, que s'étaient installées les racines des plantes.

Puis vient la couche de charbon composée de troncs, de branches et de feuilles fossilisées.

Au dessus de la couche de charbon vient le "toit".  Cette couche argileuse mêlée à du sable est postérieure à la couche de charbon et dans celle-ci, ce sont plutôt des branches et des feuilles que nous y retrouvons fossilisées.

Ces caractères spéciaux varient d'une couche à l'autre.  Quand dans son langage du terroir, un mineur veut taxer quelqu'un d'incompétence il dit que ce dernier ne pourrait pas reconnaître le toit du mur.

Savoir reconnaître le toit du mur a une grande importance surtout dans les ouvrages dérangés : queuvées, étreintes... En règle générale, les terrains gras et déliteux, qui paraissent se confondre avec la couche même, ne donnent aucun indice sérieux.

Un exemple typique est la couche dite "Beaujardin" connue aussi sous les noms de "Veine de Herve", "Fraxhisse", "Bouxharmont", "Désirée", "Diamant", "Lurtay", ...  Cette couche est déjà observée dans le Pas de Calais, le Borinage, la région de Charleroi, Namur, Liège... mais aussi en Hollande, en Allemagne et en Angleterre.

On la reconnaît facilement, car elle porte avec elle sa carte d'identité.  Cette carte d'identité c'est son toit qui contient en grande abondance un mollusque de l'ordre des Ammonoïdes, ancêtre des célèbres ammonites.  Ce mollusque n'a vécu que peu de temps sur notre terre.  Il s'agit du Gastrioceras subscrenatum.  On le retrouve, aplati, dans les schistes du toit ou parfaitement conservé dans les nodules ou boules de sidérose qui se sont formées et durcies peu de temps après la formation du toit

 

Gastrioceras subscrenatum

Voici quelques exemples de ces changements d'épaisseur,  de régularité et d'inclinaison tirés d'un des manuels de formation de mon grand père.  Ce fascicule était destiné aux futurs Ingénieurs des Mines.  Il a été réalisé et édité en 1927 par l'Ingénieur Divisionnaire Eugène Robadzinski et servait de "Cours de Géologie Appliquée aux Mines de Charbon de Belgique et du Nord de la France".

Selon ce dessin, la puissance d'une couche est l'épaisseur de charbon développée par la couche.

Les faux murs et faux toit sont des terres stériles riches en fossiles qui seront abattues en même temps que le charbon, triées en surface et conduites en terril.

On donne le nom de "selle" à un raccord entre deux  plis en forme de voûte (anticlinal en géologie générale)  Les selles sont toujours dues à des soulèvements de terrains provoqués par des pressions intérieures, se manifestant de bas en haut.

On donne le nom de "Fond de Bassin" à un raccord de deux plis en forme de voûte renversée (synclinal en géologie générale).  Les fonds de bassin sont toujours la conséquence d'affaissements de terrains, de poussées de haut en bas.

Les "selles" et les "fonds de bassin" sont rarement de niveau (horizontaux comme le montre le dessin).  C'est pourquoi dans le langage courant on dit que "la selle monte", que "la selle descend", que "le fond de bassin monte" ou que "le fond de bassin descend".

On donne le nom de "queuvée" à des brins de couches de charbon situées entre deux parois de mêmes terrains.  On distingue ainsi des "queuvées de toit" et des queuvées de mur".

Une couche est en "étreinte totale" quand le charbon a complètement disparu du fait que le toit et le mur se sont rapprochés au point de se toucher.

Sous l'action de deux poussées simultanées, l'une venant du haut et l'autre venant du bas.

Sous l'action d'une poussée venant du bas seulement (renflement de mur).

Sous l'action d'une poussée venant du haut seulement (renflement de toit).

Une couche a une allure dite "en chapelet" quand elle présente une succession d'étreintes et de renflements.

On donne le nom de rejet à un simple étirement de la couche.

Crains, failles et rejets sont en fait des figures différentes de ce qu'on appelle en Géologie Générale une faille avec déplacement.

7.2.3.  Les premières exploitations minières.

Certaines couches assez nombreuses, notamment sur les rives de la Meuse, ont été, au cours des plissement subis, suffisamment relevées pour venir affleurer à la surface du sol.

Les chercheurs de houille (en wallon les "houilleux" à Charleroi ou "hoïeux" à Liège) suivirent à l'origine la couche qu'ils avaient trouvée sous leurs pieds.  Armés des outils qu'ils avaient sous la main, pelles, pioches et paniers, ils creusèrent des tranchées à ciel ouvert et puisèrent à cette source le combustible convoité.

Georg Bauer, dit Georgius Agricola 1494-1555 a réalisé de superbes gravures dans son ouvrage "De Re Metallica" expliquant les évolutions des techniques minières.

Les premières houillères étaient rudimentaires et peu profondes et les moyens d'extraction archaïques.  Les travaux n'exigeaient pas de connaissances spéciales, mais au fur et à mesure de leur éloignement de la surface du sol, ils devenaient de plus en plus pénibles et ils devaient bientôt s'arrêter à cause de leur difficulté, de leur prix élevé et surtout à cause des eaux qui s'engouffraient dans les tranchées sans issues.  Alors, les premiers mineurs abandonnaient leur chantier pour aller à la recherche d'un autre endroit où ils pourraient reprendre leur travail ingrat.  Comme ils n'avaient aucune notion sur le tracé et la position des couches, ils remuaient le sol en tous points.

Les insuccès répétés de ces travaux rudimentaires et la demande croissante de combustible obligèrent nos ancêtres à améliorer les méthodes. Ils revinrent vers leurs anciennes tranchées et au lieu de continuer à creuser des tranchées à ciel ouvert, ils creusèrent des galeries descendant tout simplement dans la couche en suivant sa pente.

On le voit, la profondeur des galeries est très faible...

Même si la profondeur n'est pas importante (A : on voit les racines des arbres pendre dans la galerie) le mineur, dès qu'il s'écarte de l'entrée, se trouve face à un problème de poussières et d'aération.  Deux acolytes armés d'un drap (B) le secouent afin de faire un tant soit peu circuler l'air dans la galerie.

Un détail de la gravure précédente montre que le mineur travaillait à cette époque sans aucune protection. ni casque, ni chaussure spéciale...

Ce furent là les premières exploitations souterraines dans notre pays et il est difficile d'en situer l'emplacement et d'en déterminer l'époque.  Il ne faut pas les confondre avec les exploitations par puits qui suivirent à la fin du XIIème siècle.

Certains savants font remonter l'exploitation par galerie inclinées avant 714.  On retrouve d'ailleurs dans les abbayes et les collégiales les plus anciennes du Pays de Liège, des murs édifiés en grès et pierres du terrain houiller.  Leur présence semble accuser l'existence de travaux de mines antérieurs, mines dont les recherches ont amoncelé des tas de pierres utilisées ensuite à la construction.  Or ces édifices furent érigés dès l'an 712, sous Saint Hubert.

Entre l'an mil et 1200, la création de galeries descendantes dans les couches de houille constituait déjà une amélioration sensible des méthodes.  Les travaux s'étendirent et l'on osa pénétrer de plus en plus dans les entrailles de la terre.

Cependant, si les obstacles provoqués par la difficulté de soutenir les terrains ou de ramener à la surface pouvaient être plus ou moins facilement vaincus, il en était un devant lequel les anciens mineurs étaient impuissants : l'eau qui s'infiltrait dans les travaux pour les rendre bientôt inhabitables.

L'eau a toujours été un ennemi implacable  du mineur et, de nos jours encore, elle exige la mise en oeuvre de méthodes particulières des des moyens puissants pour être mise à raison.  Les moyens rudimentaires dont disposaient les Anciens ne leur permettaient pas de s'opposer victorieusement à ce fléau et bientôt les eaux les obligeaient à abandonner les travaux aussi légèrement qu'ils avaient été entrepris.  Il fallait chercher des moyens pour surmonter les dangers de cet ennemi mortel.  Un fait accidentel en donna l'occasion.

Les premières exploitations se trouvaient sur les hauteurs de la rive gauche de la Meuse.  Mais sur le flanc des collines bordant à gauche le fleuve, des couches de houilles affleuraient aussi.  Dans ces couches légèrement inclinées vers le haut, on creusa des galeries qui permirent une exploitation fructueuse.  Mais il arriva que ces galeries s'élevant toujours plus haut à l'intérieur de la colline, allèrent rejoindre d'anciennes exploitations établies antérieurement au sommet et abandonnées devant l'envahissement des eaux.  Les galeries venant du flanc des collines donnèrent ainsi un écoulement des eaux des anciennes galeries qui s'asséchèrent et devinrent à nouveau exploitables.  On pensa alors bientôt réunir tous les travaux en cours à ces canaux d'écoulement vers la vallée et l'exploitation charbonnière prit un nouvel essor.  Les galeries d'exhaure venaient de voir le jour. 

Ce moyen d'assèchement des travaux miniers découvert par hasard fut bientôt exploité systématiquement.  Des gens riches et des congrégations religieuses se mirent en devoir de faire creuser à leurs frais des canaux débouchant au fond de la vallée et qui s'enfonçaient profondément dans les collines à la rencontre des couches de charbon.  Lorsque ces canaux, dont certains avaient une longueur considérable (jusqu'à 15 km), étaient terminés, ils en donnaient l'usage moyennant paiement d'une redevance, aux patrons charbonniers qui y raccordaient leurs travaux.  Ces canaux de drainage s'appelaient "araines" (ou areines ou encore arènes)

Nous étions toujours à l'époque de l'exploitation du charbon à l'aide de galerie creusées dans la pente de la couche.  Il serait difficile de dire à quelle époque furent créées les premières araines, mais il est incontestable que les principales existent depuis très longtemps.  Les eaux qu'elles évacuaient étaient évacuées vers la Meuse ou alimentaient les fontaines de la Cité, déjà avant le Xème siècle (vers 930, au temps du Prince Evêque Richard, on amena l'eau de l'araine de la Cité sur le Marché).  Comme ces araines avaient une importance primordiale pour l'industrie charbonnière, elles furent bientôt protégées par des lois et des édits.  Il était défendu d'y toucher sous peine de mort.  A l'heure actuelle, les charbonnages étant fermés, de nombreuses araines fonctionnent encore et comme l'eau a percolé à travers les roches avant de s'écouler dans ces conduits, c'est maintenant la SWDE qui les gère car ce sont des point d'eau potable appréciables.

L'exploitation par puits verticaux remonte à la fin du XIIème siècle. On a peu de données sur les houillères qui existaient alors.  Les actes de vente ou de location de terrains, demandes de concession minière antérieurs à 1250 dans lesquels on pourrait trouver mention de la houille sont extrêmement rares.  Encore une fois, c'est Georgius Agricola, qui de par ses gravures nous donne un aperçu de ce que devait être ces premières exploitations.

Le travail était dur, les rendements médiocres.  Une poulie de puits suffisait à faire monter et descendre une espèce de panier dans lequel les mineurs déposaient le précieux combustible.  Les mineurs montaient ou descendaient un à un.

7.2.4.  Les exploitations minières modernes

7.2.4.1.  Les installations de surface

Plan d'un concession minière avec installations de surface

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

Ce que le commun des mortels voit des installations... mais ce n'est que la partie visible de la termitière.

Les gens qui passent près d'un charbonnage voient différents éléments marquants :

Ancienne carte postale

Terril Saint Charles à Ransart
Photo L.V.B. de la rue Gominroux

Nous détaillerons la fonction de ces différents bâtiments le moment venu, dans la chronologie de leur utilisation.

Pour l'heure, intéressons nous au chemin que parcours la houille pour arriver dans votre poêle à charbon même si de nos jours, les poêles à charbons font plutôt partie des antiquités

7.2.4.2. De la mine à votre poêle à charbon (1).

Dès l'invention de la machine à vapeur et de l'électricité, l'homme a compris que ces inventions allaient révolutionner la technologie et c'est à ce moment qu'on peut dire que les science du mineur va naître. D'innovation technologique en innovation technologique, les rendements vont augmenter, de même que les profits pour le patron charbonnier qui deviendra plus tard le propriétaire de la mine. 

On va utiliser la poudre à canon, puis la dynamite.  L'explosif changea les conditions de travail et permit notamment le creusement de puits plus profonds et rendit les travaux plus sûrs et plus confortables.

Pour atteindre les veines de charbon, on creuse deux ou plusieurs puits verticaux. lls assurent la descente des mineurs et du matériel et la remontée du charbon. Chaque puits mesure entre 4, 7 voire 10 mètres de diamètre, d'une profondeur dépassant aisément les 1000 mètres et comprenant 3 compartiments :
Avant d'équiper le puits, il faut d'abord le creuser.  C'est ce qu'on appelle "le fonçage" ou "le ravalement". La traversée des morts terrains, avant la rencontre du terrain houiller.  Comme on l'a vu plus haut, ces morts terrains sont des bancs de grès, de schistes et de psammites.
 
La profondeur des exploitations souterraines est très variable et si certaines couches de charbon sont exploitées à une distance relativement faible de la surface du sol (je me rappelle qu'à la pause de deux heures, depuis notre cave, on entendait parler les ouvriers qui rejoignaient leur lieux de travail), d'autres le sont à plus de 1.100 mètres.
 

7.2.4.2.1. Le chevalement ou châssis à molettes

C'est la caractéristique première de la présence d'une mine de charbon.  Il s'agit d'un édifice, formé à la manière de la tour Eiffel et qui supporte en son sommet deux énormes roues à gorge (les molettes), situées à la verticale du puits.  Des câbles, depuis la machine d'extraction, font monter vers la surface et descendre vers le fond, les cages chargées d'hommes, de matériel ou de berlines vides ou pleines.

Les cages de mines sont de dimensions et de capacités très variables et peuvent recevoir de 2 à 12 berlines.  Le poids d'une cage vide avec ses accessoires dépasse souvent dans nos charbonnages les 6 tonnes.  Elles sont suspendues à des câbles plats ou cylindriques en acier qui passent sur les molettes, grandes poulies à gorge placées au sommet du chevalement et surmontant les puits.  Les chevalements à molettes sont la signature familière de la présence d'un charbonnage dans notre paysage.

 
 
Châssis à molettes, charbonnage de Blegny
Photo L.V.B.
 
Des molettes, les câbles vont s'enrouler sur les tambours d'énormes machines d'extraction qui amènent cages et berlines vers la surface.
 
7.2.4.2.2. La machine d'extraction

La machine d'extraction est un puissant treuil servant à la remonte et à la descente des cages. Il est actionné par un moteur électrique de 1000 CV (autrefois à vapeur d'où la présence d'une cheminée) et muni soit de grandes molettes pour les câbles plats, soit de tambours bi-cylindres coniques pour les câbles ronds, tambours sur lesquels s'enroulent ces câbles. La machine d'extraction munie de systèmes de sécurité (évite-molettes etc...) est manoeuvrée par un mécanicien en relation avec les encageurs du jour et du fond par un système de signaux sonores et lumineux. Ce mécanicien a une très grande responsabilité.

7.2.4.2.3. Bouveaux et tailles

A ces grandes profondeurs, le gradient géothermique est de 1°C tous les 33 mètres.  C'est-à-dire que pour 33 mètres d'enfoncement dans le sol la température augment de 1°C.  Si rien n'est entrepris pour palier à ce problème, il est certain que les températures sur les lieux de travail deviendraient vite intenables et dépasseraient de plus de 30°C en plus de celle de la surface.  De puissants aérateurs insufflant de l'air frais de la surface et aspirant l'air chaud du fond de la mine permettent de garder une température supportable comprise entre 25 et 30°C.
 
A partir des puits dont l'emplacement a été déterminé par des études et des recherches approfondies, partent des galeries horizontales qui, à divers étages, se dirigent vers les couches à exploiter.  D'étage à étage, elles sont réunies par d'autres galeries qui, toutes ensemble, constituent un réseau bien coordonné.  Tout ce système de galeries est relié d'une part à un puits surmonté d'un ventilateur et appelé "puits d'aérage", d'autre part, à un autre puits dit "puits d'entrée d'air".
 
 

Plan d'une concession minière

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

 
Le ventilateur aspire énergiquement l'air vicié de la mine.  Celui-ci est remplacé par de l'air frais qui se précipite à l'intérieur par l'autre puits et qui, judicieusement dirigé, vient assainir tant bien que mal toutes les voies et les chantiers.
 
La longueur totale des galeries d'un charbonnage dépend de son importance et de la disposition des couches qu'il exploite, mais plus d'un charbonnage belge en compte plus de 100 km.

A partir du puits central, on creuse alors des galeries presque horizontales dénommées "bouveaux" qui permettent d'atteindre les veines de charbon. Légèrement inclinées vers le puits, elles aident à l'écoulement des eaux. Pour creuser une galerie, l'ouvrier "bouveleur" utilise un puissant marteau perforateur à air comprimé produisant un tel bruit assourdissant que deux mineurs à 50 cm l'un de l'autre ne se comprennent pas , même en criant.  Avec cet engin, il va forer 30 à 50 trous de mines de 2,4 mètres de long.

Bouveleur armé de son marteau perforateur préparant une nouvelle galerie

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

Puis, un ouvrier spécialisé, le "boutefeu" y place les charges de dynamite et bourre le tout d'argile. Après avoir constaté l'absence de grisou, il fait exploser les cartouches. Dès que la galerie est dégagée, une équipe de spécialistes installe une voûte de soutènement au moyen de bois, puis plus tard de cadres métalliques.

Au fur et à mesure de leur creusement, les parois des galeries sont soutenues par des cadres métalliques, placés de distance en distance et qui remplacent de plus en plus les pièces de bois utilisées précédemment.  Les cadres de soutènement sont reliés entre eux en suivant leur contour, par des bois, des tôles, des pièces métalliques qui empêchent la chute des pierres pouvant se détacher des parois.  Certaines galeries importantes et qui doivent avoir une longue durée sont garnies d'un revêtement de maçonnerie tout comme nos tunnels ou nos viaducs.

Galerie principale Blegny mine
Photo L.V.B.
 
Les dimensions de ces galeries varient évidemment avec la circulation qui doit s'y développer, avec l'équipement qu'elles doivent recevoir, avec le volume d'air qu'elles doivent laisser passer.  De 2,20 m de largeur et 1,65/2,30 m de hauteur, elles peuvent atteindre et même dépasser 4,35 m de largeur et 3,25 m de hauteur.  La dimension la plus courante étant 3,10 m de largeur pour 2,70 m de hauteur.

A chaque étage, à l'endroit où la galerie rencontre la veine de charbon, on creuse dans le charbon une voie de tête et une voie de base. Ces voies ou" chassages" sont horizontales et réunies par une petite galerie montante située dans la voie même. C'est entre ces voies que progresse la taille.

Ces voies donnent finalement accès aux "tailles", c'est-à-dire aux endroits où le charbon est arraché aux roches qui l'enserrent.  Ces tailles se développent dans l'épaisseur de la couche qui peut descendre jusqu'à 30-35 cm seulement.

Le mineur y travaille généralement couché sur le côté et arrache le charbon avec un pic ou un marteau pneumatique.   La partie de la couche qu'il a vidée la veille ou l'avant veille est remblayée soigneusement derrière lui avec des pierres. Pour éviter l'affaissement du toit, on procédait au boisage de la taille, c'est ce qu'on appelait le « soutènement ». Cette opération extrêmement importante était exécutée par le poste de l'après-midi à l'aide de bois d'épicéa qui avaient l'avantage d'avertir des dangers d'éboulement par des craquements.
 
Le charbon abattu est amené à grands coups de pelle par les "bouteurs" ou les "sclôneurs" vers l'endroit où le "robineur" charge le chariot qu'on appelle "berlines", espèce de wagonnets qui circulent sur des voies Decauville installées dans les galeries.  Le type le plus courant est la berline de 750 litres mais il en existe de 500, 600, 1500 litres et même plus.
 
 
La dernière berline ou berlaine dans la région de Liège (charbonnage de Blegny)
Photo L.V.B.
 
Ces berlines, vides ou pleines, sont déplacées de différentes façons :

Ces deux anciennes gravures présentes un peu partout sur Internet, attestent, s'il en est encore besoin, du travail des enfants non pas en surface mais aussi au fond.

Les hiercheuses

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

 
 
Les hiercheuses
Vieille carte postale
7.2.4.3.  Les chevaux dans la mine.
 
Les chevaux ont été introduits dans la mine et je pense qu'il est bon d'en parler.  Mon grand père les a connus, a travaillé avec eux au fond de la mine, a mêlé sa sueur à celle de ces auxiliaires essentiels pour les "gueules noires".  Les chevaux ont enduré les mêmes conditions de vie et de travail que les hommes.

En arrivant dans la mine, le cheval est rebaptisé par les mineurs qui vont être ses compagnons de travail. Un travail physiquement éprouvant l'attend. Il devra marcher de longues heures sur les rails, tirant des wagonnets, dans la poussière, le bruit, les cris et l'agitation... un environnement immensément loin des vertes prairies pour lequel il est génétiquement conçu !

Une période d'acclimatation d'une quinzaine de jours (maximum 3 semaines) est nécessaire pour savoir si le cheval s'adaptera à son nouvel environnement. Certains ne supporteront pas le manque de soleil et rapidement montreront des signes de faiblesse.  Ils seront rapidement remontés et travailleront en surface.

La grande pénibilité du travail au fond de la mine fait sélectionner des chevaux avec une ossature puissante et une masse musculaire importante. La capacité de travail du cheval et sa durée d'exploitation n'en seront que meilleures. On se soucie peu de l'esthétique du cheval, seuls comptent sa force et la résistance de ses pieds. Il doit avoir des sabots capables de résister aux chocs permanents contre les rails, le sol boueux, les rochers qui jalonnent les galeries. Le travail de maréchalerie est d'ailleurs très important au fond des mines.

Le cheval dans la mine

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

Les chevaux sont habitués à être commandés à la voix. Dans les descentes par exemple, le mineur crie "au cul" pour lui demander d'amortir la poussée qui arrive par l'arrière. A l'inverse, lorsque le mineur crie "au collier", le cheval sait qu'il doit tirer plus fort. Lorsque c'est l'heure de la pause, le cheval entend "à la soupe". Un ordre qu'il ne confond pas.

A ce sujet, il est faux de croire, même si le travail qu'on leur demande est pénible, que les chevaux de mine sont de lamentables martyrs sans défense et victimes de la cruauté des hommes.  Leurs écuries au fond de la mine, sont confortables, bien entretenues et abondamment pourvues d'eau potable.  Leur nourriture est rationnelle, complète et riche et ils sont soumis au contrôle régulier d'un vétérinaire. Le garde est le responsable du cheval. Il le nourrit et nettoie sa litière.  Il est aussi faux de croire qu'un cheval finissait sa vie dans la mine.  Après les années de travail requises, on le remontait et après une rééducation progressive à la lumière, il finissait sa vie dans un pré sous la garde des mineurs, ses anciens compagnons de travail.

Le cheval est un investissement, et il faut qu'il puisse travailler longtemps. Lorsqu'un cheval descendait au fond, c'était souvent pour 10 ou 20 ans... Globalement, les chevaux des mines ont bénéficié de plus d'attention que ceux de la surface. Après le vétérinaire, et le garde, c'est avec le conducteur que le cheval a le plus de contact. Le conducteur est un mineur chargé de former le convoi de wagons que le cheval va tirer dans la galerie.

Mon grand père me racontait qu'un Percheron "comptait" les berlines qu'on lui faisait tirer à l'aide du bruit de chaînes qui accompagne le roulage successif des chariots accrochés. Il refusait de démarrer si le nombre de berlines était plus important que celui qu'il avait l'habitude de tirer.

Il arrive que les chevaux deviennent aveugles dans cet environnement privé de lumière. Ils ne sont pas mis au repos pour autant. Habitués à la configuration des galeries où ils se déplacent, au rythme répétitif de leurs mouvements, ils peuvent continuer à travailler de la même façon. La mine devient leur écurie et ils finissent leur vie entourés des bruits et des voix qu'ils connaissent.  Les mineurs sont, en général, très doux avec les chevaux.

Ma grand mère me racontait qu'il ne se passait pas un mois sans que mon grand père ne rentre avec une "brogne (blessure, contusion, coupure, ...) d'un côté ou de l'autre" Pour les chevaux il en va de même : leur peau est très régulièrement meurtrie par des ecchymoses ou des écorchures du fait des chocs sur les parois. Mais les soins qu'on leur prodigue effacent rapidement ces blessures.  Lorsque le cheval s'essouffle vraiment trop, qu'il commence à manquer d'appétit, il n'est plus productif alors, il est remonté et remplacé par un autre, productivité oblige.

Par contre, les accidents de mine sont souvent fatals aux chevaux. Les éboulements ne leur laissent aucune chance de survie, pas plus que les redoutables coups de grisou ou les inondations. Les hommes étaient sauvés les premiers, mais il existe quantité d'histoires bouleversantes de la survie d'un cheval à un affaissement de galerie. En 1936, les chevaux ont droit à une semaine de pâturage par an. Pour les hommes, c'est la 1ère semaine de congés payés... En 1937, à Aniche, une écurie de surface est construite pour accueillir les chevaux des mines lors des dimanches et jours fériés. En 1960, la mécanisation sonne le glas des chevaux de mine, et en 1970, les locomotives diesel remplaceront à tout jamais les fidèles alliés à 4 jambes. Aujourd'hui, seuls les anciens mineurs se souviennent encore avec nostalgie du temps où les chevaux étaient leurs compagnons de labeur.

7.2.4.4.  De la mine à votre poêle à charbon (2).

Par un moyen ou par l'autre, les berlines pleines sont amenées près du puits, à un endroit très fréquenté et équipé d'engins mécaniques modernes qui s'appelle l'accrochage ou l'envoyage.

Accrochage dans une galerie.  Une à une, les berlines entrent dans la cage pour être remontées
Ancienne carte postale

C'est une véritable gare où arrivent en provenance des chantiers d'exploitation parfois éloignés de plusieurs kilomètres des trains de berlines de charbon, de terre, de roches pour être remontés au jour.  Lors de l'encagement, une berline pleine pousse une berline vide de la cage, qui, par un contour du puits, revient dans la galerie pour être réacheminées vers les chantiers d'exploitation.

L'une après l'autre, en bon ordre mais avec célérité, elles sont introduites dans les cages.  Un étage est plein ? "Ding !"   Un coup de sonnette pour que le machiniste d'extraction monte la cage d'un étage.  Toute le cage est pleine ? "Ding, ding !" Deux coups de sonnette et le machiniste d'extraction sait que qu'il peut remonter la cage en surface.

Cage avec mineurs prêts à la descente dans les ténèbres
Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard
http://andredemarles.skyrock.com/
 
Les berlines retirées des cages sont dirigées mécaniquement ou poussées à la main vers la recette si elles sont pleines de charbon ou vers le terril si elles sont chargées de pierres.
 
Pour ce qui est du terril, un treuil hisse le wagonnet au sommet du monticule, là où il est déversé. 

Dans la plupart des cas, on trouve sur le terril un mélange de schistes (ancienne argile chargée d’éléments organiques qui se séparent en feuillets) et de grés carbonifères (blocs compacts très durs).
La proportion de schistes est d’environ 70%, mais peut descendre exceptionnellement jusqu’à 50% sur certains terrils. S’ajoute à ces principaux éléments une proportion variable de charbon qui diminue au fur et à mesure que les techniques d’extraction et de tri se modernisent.

Il ne fait pas se leurrer : le charbon venant des tailles n'est jamais complètement pur et renferme encore une certaine quantité de stérile pouvant atteindre 30 à 35% de son volume. Donc, les berlines sont dirigées vers le culbuteur, engin dans lequel le wagonnet s'engage, est immobilisé le temps que le culbuteur lui fasse faire un 180°, histoire de le vider de son contenu.  La berline vide est alors désolidarisée de la machine qui en culbute une autre.  Pendant de temps, que le wagonnet vide va rejoindre les autres avant de repartir pour le fond.
 
Tout ce qui a été déversé par le culbuteur part en direction du lavoir.  Dans le lavoir, ce charbon brut subit diverses opérations qui ont pour but d'en éliminer les pierres et de le classer en diverses catégories d'après les dimensions des grains qui le constituent.
Les résidus vont alors dans un bassin de décantation.  Le liquide est alors récupéré pour repartir vers le lavoir et les particules de schistes et de charbon restantes s'accumulent au fond du bassin pour être récupérées par les ouvriers sous formes de "briquettes" à faible pouvoir calorifique appelé "schlamms".
 
Le bon charbon est ainsi réparti en diverses catégories : 0-6 mm, 6-12 mm, 12-22 mm, 22-30 mm, 30-50 mm...
La mise en oeuvre des charbons fins est évidemment plus malaisée que celle des autres catégories dites "Charbons classés"
 
Les société exploitantes de sièges charbonniers ont été innovatrices en matière de gestion de toute la production.  Ainsi le poussier 0/5mm qui représente plus de 50% de la production doit absolument trouver un déboucher
Certains charbonnages ont notamment, installé des centrales électriques assez puissantes dont les chaudières absorbent une forte proportion de charbons fins.  D'autres charbonnages ont édifié des usines d'agglomérés. 
Le poussier 0/5mm ne peut entrer dans les conditions actuelles dans l'usine, servir à la fraction d'agglomérés La fraction 1/5 mm est traitée, après dépoussiérage, dans une installation de lavage pneumatique comprennent en général 5 tables Birtley d'une capacité de 60T/h.  Un silo de 500 T permet de régulariser l'arrivée du poussier
Dans ces usines, le charbon fin est mélangé intimement avec un produit liant, également combustible, comme une espèce de goudron appelé brai.  La pâte ainsi formée est fortement comprimée sous forme de briquettes pesant environ 10 kg , ou de boulets pesant de 18 à 150 grammes.
En détail, cela donne :
Une installation d'ensachage permet de livrer des boulets en sacs de 5, 10, 25; 50 kg.  Les briquettes, surtout destinées à l'industrie sont peu encombrantes, très dures, faciles à manipuler et à stocker, s'allument plus facilement que le charbon et laissent peu de déchets.  Les boulets constituent un combustible propre, facile à utiliser et à emmagasiner.  Ils s'emploient sans préparation spéciale : c'est un combustible domestique de premier ordre.
Les charbons préparés à la mine dans les meilleurs conditions atteignent leur destination d'emploi par les moyens de transport traditionnels : chemin de fer, voies navigables, routes.
 
7.3.  Les métiers dans la mine de charbon.
Abatteur : ouvrier chargé de l’abattage du charbon.
Accrocheur : ouvrier chargé de l’accrochage des wagonnets.
Boiseur : ouvrier chargé du boisage des galeries.
Boutefeu : ouvrier chargé du minage (creusement des puits et galeries à l’aide d’explosifs). Bouteur : ouvrier chargé du travail à la pelle dans le fond.
Bouveleur : ouvrier creusant les bouveaux.
Chargeur : ouvrier chargé de dégager le charbon des galeries en l'évacuant dans des wagonnets. Culbuteur : ouvrier chargé du basculement des wagonnets, en surface ou sur le terril.
Encageur : ouvrier chargé de placer les wagonnets dans la cage de l’ascenseur pour qu'ils remontent en surface.
Forgeron : ouvrier chargé de l'entretien de l'outillage.
Foudroyeur : ouvrier chargé de retirer les étançons situés en arrière du front de taille. Freineur : ouvrier chargé de manoeuvrer les freins des cages.
Galibot : jeune manœuvre, apprenti.
Géomètre : responsable de l'orientation des voies.
Glaneuse : ouvrière chargée du lavage du charbon.
Haveur : ouvrier chargé de la récolte du charbon dans la veine.
Hiercheur (euse) : ouvrièr(ère) chargé(e) de pousser wagonnets pour l’évacuation du charbon.  Lampiste : ouvrier(e) préposé à la lampisterie, chargé de distribuer et d'entretenir les lampes.
 
 

La lampisterie

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

 
 
Mécanicien d'extraction ou Machiniste : ouvrier préposé à la machine d'extraction.
Meneur : ouvrier chargé du transport du charbon ou du matériel.
Mesureur : ouvrier chargé de mesurer le charbon abattu.
Moulineur : ouvrier affecté à la recette du charbon (réception des wagonnets de charbon en surface).
Niveleur : ouvrier chargé du nivellement du sol.
Palefrenier : ouvrier chargé de soigner les chevaux.
Piqueur : ouvrier chargé de l'abattage du charbon (à l'aide du marteau-piqueur).
Pompier ou tireur d'eau : ouvrier chargé de pomper l'eau d'infiltration de la mine.
Porion : chef d'un chantier ou d'un puits, responsable des travaux au fond de la mine.
Chef porion : responsable hiérarchique des porions mais était aussi, de par son expérience, assistant technique de l'ingénieur de fond. 
 
 
Conseil d'administration à l'étage -650 m regroupant l'Ingénieur, le Chef Porion et les Porions d'un étage
Photo 1928, charbonnage de la région liégeoise
 
Raccomodeur : ouvrier qui remplaçait les mauvais boisages dans les galeries.
Racheur : ouvrier qui ré-élargit les voies resserrées.
Rachaneuse : femme qui ramasse le charbon au terril.
Recarreur : ouvrier chargé de l'élargissement des galeries.
Rebacteur : ouvrier chargé de nettoyer les fossés destinés à l’évacuation des eaux.
Remblayeur : ouvrier chargé de remblayer les vides après l’extraction du charbon.
Reculeur : ouvrier chargé de reculer le charbon abattu.
Robineur : ouvrier qui assure l'emplissage des chariots.
Sclôneur : ouvrier chargé d'assister l'abatteur (très anciennement).
Taqueur : ouvrier chargé de l'évacuation des chariots de charbon de la cage.
Trieuse : ouvrière chargée du triage du charbon ou des berlines.
 
7.4.  Aérage et éclairage.

Plus profond est une bonne chose pour le profit car de nouvelles veines purent être exploitées... mais l'aération et l'éclairage restèrent des soucis permanents d'autant plus que la méconnaissance  de l'existence du méthane (le grisou) causa les premières explosions accidentelles et les premiers morts.

Sans vraiment en avoir une analyse chimique (la science en était encore loin) le mineur, de manière empirique comprit qu'un gaz émanant du charbon et des terrains encaissants pouvait stagner dans les galeries et exploser au contact d'une flamme ou d'une étincelle d'un outil frappant une roche dure.

Ce fut alors le temps des "pénitents".  Le métier de pénitent fut confié au départ à des ouvriers mais vu la dangerosité de la chose, ce sont rapidement des repris de justice qui firent ce travail.  En quoi consistait le travail de "pénitent"?  Deux personnes étaient désignées et descendaient dans les travaux quelques heures avant leurs camarades, avec des habits de fortes toiles, et la tête couverte d'une espèce de capuchon. Ils avançaient à une certaine distance des fronts de taille et tandis que l'un d'eux se tenait caché dans une galerie voisine, l'autre armée d'une perche portant une mèche allumée à son extrémité, s'approchait en rampant, jusqu'à ce que la flamme de la mèche commençât à s'allonger. Alors il s'allongeait face contre terre après avoir mouillé ses vêtements et élevait la perche jusqu'au faîte de l'excavation. Il se produisait une détonation qui avait souvent pour effet de blesser grièvement le pénitent. Celui-ci était secouru par son camarade.

Cette pratique pour le moins barbare fut interdite en 1825.

Le Pénitent

Il fallait continuer à s'éclairer pour pouvoir travailler et dans le même temps, il fallait éliminer le grisou et amener de l'air frais aux ouvriers.

On utilisa des conduites d'aérage placées le long des parois des puits, on creusa des puits d'aération (qui pourraient servir d'issue de secours en cas de danger), on échauffa par des foyers placés à la sortie des puits l'air sortant de la mine pour accélérer son mouvement et ainsi créer un courant d'air.  Jusqu'au jour, pas tellement éloigné, où furent inventés les ventilateurs actuels qui, placés au dessus d'un puits d'aération aspirent violemment l'air vicié, les gaz et les poussières qui se trouvent dans la mine.  L'air frais entre par un autre puits se répand dans toutes les voies et dans tous les travaux

Cela n'empêcha pas les catastrophe de survenir.  Ainsi, la plus importante catastrophe minière en France eut lieu le 10 mars 1906.  Dite catastrophe de Courrières, elle fit 1 099 morts sur les territoires de Billy-Montigny, Méricourt et Sallaumines. Toutefois, la cause généralement admise est le poussier et non pas le grisou.  A partir de cette époque, les lampes à feu nu seront bannies.

Et la plus grande catastrophe minière belge eut lieu le 8 août 1956 à Marcinelle au Bois du Casier, elle fit 262 morts

Marcinelle, 8 août 1956 : 262 hommes de 12 nationalités perdent la vie dans la catastrophe minière la plus meurtrière qu'a connue la Belgique. Sur 275 mineurs descendus au fond ce matin-là, seuls treize seront sauvés. «Tutti cadaveri»    ( tous des cadavres) : ce sont les mots du sauveteur Angelo Berto, ne pouvant contenir sa peine. «Allen dood» (ils sont tous morts) ajoutera un sauveteur flamand...

Ceci nous amène tout naturellement à parler des méthodes d'éclairage.

Le premier mode d'éclairage du mineur fut une bougie ou une chandelle fixée sur un bâton et plantée dans la paroi de la galerie. 

De chute de pierre en chute de pierre, l'homme tenta de se protéger un minimum : des sabots et un casque en cuir bouilli. 

Le Mineur (Fusain par Christian Hocquet)

La chandelle fut alors fixée au casque par une motte d'argile.  Mais cela restait très archaïque.

Première avancée : fixer un réservoir d'huile ou de pétrole à une pointerolle que l'on plantait dans la paroi ou que l'on pouvait fixer au casque.  La flamme était toujours nue et pouvait à tout moment enflammer le grisou.

Dans la Sarre, on utilisa un modèle de lampe assez similaire aux anciennes lampes à huile romaines mais avec un réservoir en métal. Mais là aussi, la flamme était encore nue... tout comme en Grande Bretagne où la lampe ressemblait à une cafetière...

Il fallut attendre 1817 et la lampe d'Humphry Davy.  La lampe Davy est une lampe à combustible dont la flamme est entourée d’un grillage fin. Sans ce grillage, la flamme aurait pu enflammer les gaz de la mine, ou les poussières (coup de grisou ou coup de poussier). En effet, les flammes ne traversent pas les grillages fins. Le métal absorbe la chaleur de la flamme. Ainsi refroidie à proximité du grillage, la flamme ne peut pas le traverser.

C’était la première lampe de sureté : un tamis métallique à mailles très serrées empêche la propagation d’une flamme de l’intérieur vers l’extérieur de la lampe.

Des perfectionnements successifs ont été apportés : double grillage, réflecteur, lentilles. En cas de présence de gaz combustible, la flamme se contentait de grandir, conduisant ainsi à un signal d’alerte.

Ultérieurement les lampes ont été équipées d’abord d’un verre puis d’une cuirasse en tôle. L’essence minérale s’étant substituée à l’huile, on adapta aux lampes un système de rallumage interne. enfin vint la lampe électrique à pile.

Pour voir la collection de lampes en grand cliquer ici :collection de lampes de mineur

Dernière innovation : la frontale attachée au casque qui lui aussi a évolué et est devenu de la bonne tôle.

Le mineur peut regarder fièrement le monde car c'est lui qui l'a changé !

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

 

7.5.  Exhaure

 

L'exhaure est une partie très importante de la mine.  Sans elle, les mines s'ennoieraient doucement mais sûrement, rendant tout travail impossible et sonnant le glas de l'exploitation.

Il s'agit donc d'évacuer les eaux d'infiltration qui s'accumulent au point le plus bas, le puisard, partie inférieure des puits.

Au départ, dans les mines de petite importance, cela se faisait au moyen du cufat, cet espèce de tonneau en bois ou en métal à bord duquel les mineurs descendaient dans la mine (ancêtre de la cage) et qui servait à remonter le charbon qu'on y déposait à l'aide de paniers.

Descendant jusqu'au fond du puits, il plongeait dans le puisard (aussi appelé bougnou) et remontait une charge d'eau.

Dès que les mines prirent de l'importance, le cufat ne suffit plus à remonter l'eau.

Nous en avons déjà parlé, des galeries d'exhaure indépendantes furent construites, reliant parfois plusieurs fosses et évacuant l'eau vers une cours d'eau local. 

 

 

C'est grâce à de vieux plans et à des heures de recherches que j'ai fini par trouver la galerie d'exhaure d'une ancienne mine désaffectée depuis les années 1850. Comme on le voit, cette galerie est toujours en fonction et évacue toujours de l'eau vers un ruisseau tout proche.  Région namuroise.

Photo L.V.B.

 

Lorsque ce ne fut pas possible, ce sont de puissantes pompes qui évacuèrent les eaux du puisard et quand ce dernier ne fut plus assez volumineux pour contenir les venues d'eau et que les galeries inférieures menaçaient d'être inondées, (je me rappelle que mon grand père me disait travailler à -750 mètres de je ne sais plus quelle fosse les pieds dans l'eau), une galerie d'albraque est aménagée afin de concentrer toutes les eaux d'infiltration.

Ainsi, les eaux des étages 440, 540 et 650 m sont concentrées dans l'albraque de l'étage

750 m. Des pompes centrifuges de 200m3/h les refoulent dans le pahage (autre nom pour l'albraque) de l'étage 360 m.  Là, des pompes de 150m3/h et une de 200m3/h les refoulent vers la surface en même temps que les venues propres à l'étage 360 m. Les écoulements d'eau arrivant dans le puisard (750 m ) sont de quantités variables et sont éliminées par des pompes secondaires électriques immergées et pourvues d'un dispositif de fonctionnement automatique vers l'étage 360 m.

Ce travail hyper important se fait sous la surveillance d'une équipe d'ouvriers qu'on appelle les "pompiers d'exhaure"

 

7.6. Les ennemis du mineur

Les principaux ennemis du mineur sont : l'eau, le grisou, les éboulements et les coups de poussier, le feu

7.6.1. Le grisou

Il est très difficile de préciser l'époque à laquelle le grisou apparut pour la première fois, néanmoins, l'historien Fisen signale un désastre dû au grisou en 1514 dans une mine située à Wez, près de Liège et qui fit 98 victimes.

Le grisou est en fait du méthane à 99,5%, plus léger que l'air, inodore et incolore.  Il s'accumule au toit de la galerie et à pression et température ordinaires, les teneurs limites d'inflammabilité sont de 5,6 et 14 %. La combustion a une allure explosive entre 6 et 12 %.

L'inflammation d'un volume gazeux constitué d'un mélange d'air et de grisou, dans les travaux souterrains, entraîne :

  • la production d'une flamme dont l'expansion est assez limitée ;

  • la formation d'une onde de pression élevée qui se propage très loin à des vitesses de l'ordre de 250 m/s ;

  • le dégagement de gaz brûlés (CO2 et CO) ;

  • la combustion du méthane peut mettre le feu à des matières aisément inflammables, en particulier à des poussières de charbon soulevées par le souffle de la flamme.

Le coup de grisou est une explosion accidentelle de gaz dans une mine, liée à son exploitation. Il s'agit d'un accident souvent mortel, et très redouté des mineurs ; il est en général aggravé par un effondrement des galeries, et parfois par un coup de poussier. si bien qu'il est souvent difficile de savoir après-coup si c'est le gaz ou la poussière qui a provoqué la catastrophe.

La première mesure pour s'en prémunir consiste à éviter les flammes nues et les étincelles. Les lampes de mineur à flamme ont vite évolué vers une flamme protégée : l'air entre par un tamis spécial pour alimenter la flamme, l'atmosphère globale n'est pas en contact avec elle. C'est pour cette raison aussi que la mécanisation des mines s'est faite, au départ, en utilisant l'air comprimé. L'acheminement et l'utilisation de l'électricité dans les mines grisouteuses nécessitent des précautions particulières. Les moteurs électriques et autres générateurs d'étincelles électriques, tels que les contacteurs, doivent être enfermés dans des « enceintes ou coffrets antidéflagrants » qui empêchent la propagation vers l'atmosphère ambiante d'une éventuelle inflammation de l'atmosphère peut-être grisouteuse contenue dans l'enceinte antidéflagrante.

La deuxième mesure consiste à détecter le grisou, qui est incolore et pratiquement inodore. La légende prétendant qu'on emmenait jadis des oisillons dans des cages au fond des mines (ils succombaient en présence de gaz, avertissant les mineurs) est en grande partie erronée. En effet, le grisou n'est pas toxique, il peut remplacer l'oxygène de l'air (anoxie) si sa concentration est supérieure à 30% auquel cas il est déjà trop tard. Les oiseaux sont en revanche sensibles au monoxyde de carbone (CO) (autre ennemi invisible des mineurs), produit par l'oxydation des poussières de charbon. Ils réagissent la plupart du temps en gonflant leur plumage.

Les lampes de mineur à flamme protégées permettaient également de détecter le grisou : si l'air entrant par le tamis antidéflagrant était chargé de gaz, il se produisait une combustion visible (dite « auréole ») du grisou autour de la flamme normale, ce qui permettait d'apprécier la teneur en grisou de l'air.

7.6.2. Le poussier

Le poussier est un ensemble de fines particules de poussières de carbone hautement inflammables présent durant l'exploitation des mines de charbon.
En suspension dans l'air, le poussier est à l'origine d'explosions meurtrières. On parle alors de coup de poussier.  C'est la cause généralement admise de la catastrophe de Courrières, la plus importante en Europe, ayant fait officiellement 1 099 victimes.

Comment cela fonctionne t'il ?  De par l'extraction du charbon, une grande quantité de poussière jonche le sol des galeries.  Un coup de poussier survient généralement après un coup de grisou, même minime.  L'onde de choc d'un coup de grisou soulève la poussière et la mer en suspension dans l'air.  Le charbon a besoin d'air pour brûler, or en fine poussière, il présente une grande surface de contact avec l'air. Il s'enflamme et met le feu aux galeries, ne laissant aucune chance aux mineurs présents.  Souvent le feu remonte même par les puis d'extraction et d'aération et met le feu aux installations de surface.

7.6.3. Le feu

Parmi les causes d'accident qui peuvent être retenues actuellement dans l'industrie charbonnière, il faut ranger le feu.  Celui-ci est l'ennemi implacable du mineur moderne.

Un coup de poussier, même minime, peut mettre le feu à des poussières dans un coin de la taille.

Le charbon en place peut commencer à s'y consumer, doucement, lentement, sans faire de grandes flammes comme dans un poêle à charbon puisqu'il y a peu d'air.  Cette combustion lente dégage non pas du CO2 (dioxyde de carbone) mais du CO (monoxyde de carbone), gaz inodore, incolore, insipide qui se colle aux globules rouges et empêche l'oxygène de se fixer.  Le mineur commence à avoir la tête lourde, des étourdissements, des maux de tête avant de s'effondrer dans un coma conduisant à la mort par asphyxie.

 

7.6.4. L'eau

 

L'eau est aussi un des plus grands ennemis du mineur.  En effet, chaque trou de perforateur, chaque tir de mine peut déboucher sur une poche d'eau qui peut inonder complètement la galerie piégeant les mineurs comme des rats sur un navire qui sombre leur laissant bien peu de chance de s'en sortir vivant.

Le mineur doit être attentif et inspecter régulièrement les parois afin de détecter une infiltration d'eau suspecte qui, par exemple, augmenterait en puissance avec le temps.  C'est sans doute l'indice qu'une poche d'eau proche de la galerie exerce une pression sur les parois et tente de s'y infiltrer.

C'est là que les araines ont toute peur importance.  Une arrivée d'eau subite peut être drainée par les araines et évacuée de la mine sans que les mineurs aient à trop en souffrir.

C'est là que le pompier prend toute son importance pour les mines n'étant pas raccordées à des araines.

L'eau d'infiltration (et il y en a toujours) s'accumule au point le plus bas, c'est à dire au fond des puits (puisard) ou dans une galerie de récolte des eaux appelée albraque .  Les pompes sont alors chargés de remonter l'eau à la surface et de les évacuer.

 

7.6.5. Les éboulements

 

 

Les chutes de pierre et éboulements sont combattus par un soutènement rationnel.  Ce soutènement est effectué en bois de sapin qui émet un bruit de craquement avant de céder à la pression des terrains.  Cela permet aux ouvriers de s'éloigner à temps. 

Cependant, comme nous l'avons déjà souligné, le temps passé à boiser pour les soutènements est du temps perdu, du temps pendant lequel on ne produit pas du charbon et donc du temps qui ne rapporte rien.  Le mineur lui-même se met parfois en danger en boisant rapidement sans trop prendre de précaution.

Parfois même, ce sont les compagnies minières qui imposent des cadences et des quotas de production tels que le mineur n'a pas réellement le temps de boiser correctement.

 

Il est évident qu'un boisage de fortune comme celui-ci est une aberration et ne peut qu'amener des accidents mortels.

 


Pour me contacter, me faire part de vos idées, me poser vos questions, me laisser vos remarques...

cliquez ici : Luc Van Bellingen

 

 

Retour vers le sommaire