8. L'aspect social de la vie du mineur.

Les nouveaux riches
La production
Conditions de vie des mineurs
Les divertissements
Les conditions de travail
Les conflits sociaux de 1886
L'alcoolisme
Autres répercutions
Les changements
Les maladies du mineur

8.1.  Les nouveaux riches.

Une chose est certaine, la Révolution française a décapité au sens propre et figuré la noblesse de sang.  Les grands propriétaires terriens issus de la féodalité ont été soit massacrés, soit spoliés de toutes leurs possessions.

 

Le peuple se croit libre de toute "corvée", de toute "obligation" envers cette noblesse qu'il a fini par haïr.  Cependant, il ignore que dans l'ombre, une autre forme d'esclavage l'attend.

 

A cette époque deux groupes de travailleurs existent : les paysans de la campagne qui cultivent la terre et les ouvriers de la ville qui travaillent dans les manufactures.

 

En effet, les bourgeois, qui ont acquis leur richesse de par leur activité commerciale s'intéressent de près aux progrès de la technique : la machine à vapeur et l'électricité vont révolutionner leurs petites manufactures et les transformer en industries.  Le machinisme s'installe aux côtés des ouvriers.  Si les "seigneurs" et "nobles" d'avant la révolution française géraient leur patrimoine "en bon père de famille" et que, bien souvent, en province, les rapports entre le tiers-état et la noblesse se passaient assez bien, ici, nous sommes maintenant en face d'un chef d'entreprise qui ne possède pas de fortune héréditaire mais pour qui seul le profit compte car s'il s'enrichit c'est grâce à son entreprise.  S'enrichir est son seul et unique but.  La productivité doit augmenter, de même que les cadences de production des travailleurs.  Souvent payés à la pièce, plus ils produisent plus ils sont payés... mais après une journée de 12h à une cadence de production maximale, ils ont à peine de quoi survivre.  C'est pourquoi les femmes et les enfants, dès leur plus jeune âge se retrouvent dans les filatures, dans les verreries, dans les aciéries... et dans les charbonnages.  Cette situation prive les enfants de toute scolarité.  Devenus adultes, cela les rend dépendants de gens qui savent lire et écrire (notaires, médecins, prêtres, instituteurs et patrons d'usines).  Les conditions de travail deviennent de plus en plus pénibles, la misère s'installe et une nouvelle sorte d'esclavage vient de naître, comme l'explique si bien Emile Zola dans son roman "Germinal".

Tout est bon pour asservir l'ouvrier et le rendre dépendant vis-à-vis du patron :

La liberté des travailleurs et l'obtention d'avantages sociaux ne sera possible qu'avec un syndicalisme revendicatif, des grèves qui seront parfois réprimées par des "briseurs de grève" engagés par le patron ou même par l'armée qui tirera sur la foule.

 

On pourrait disserter pendant des heures sur ce sujet.  Les archives syndicales sont pleines d'anecdotes tragiques et sanglantes du combat des travailleurs pour leur bien-être.  Tout ceci nous éloigne de notre but géologique mais je me devais, ne serait-ce que par respect pour ces gens qui ont donné leur sueur, leur sang et même leur vie pour que nous ayons chaud l'hiver, de dire que leurs conditions de travail étaient désastreuses, l'asservissement total et que tout cela ne commencera à changer qu'après la première guerre mondiale.

 

Mais nous aurons tout le temps de développer ces différents points ci-après...

 
"Hommage au Père"
Sculpture en béton polychrome de Valéry Van Impe (mon oncle)
en hommage à son père (mon grand père) qui passa toute sa vie au fond du trou, comme ils disent.
Photo L.V.B.
 
 
 
Valéry et ses oeuvres
Photo Christian GUNS

 

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8.2. La production

Au milieu du 19ème siècle, la Belgique était la deuxième puissance industrielle mondiale. L'industrie charbonnière y occupait une grande place. La Belgique produisait plus de charbon que la France.
La province du Hainaut, grâce à ses trois bassins, produisait plus des 3/4 du charbon extrait en Belgique.  La province comptait 243 puits d’extraction en 1860 ! Le Borinage était, à cette époque, le plus grand bassin houiller en Europe et le bassin carolo était considéré comme le bassin le plus performant au monde en matière de métallurgie.
Le Hainaut bénéficia, tout au long de son exploitation charbonnière, d'un important trafic à l'exportation.
Cette prospérité ne se fit pas sans d'importants sacrifices humains. Les richesses engendrées par l’exploitation minière ne profitaient bien sûr pas à la population qui vivait dans la précarité et dans des conditions sanitaires déplorables.
 

8.3. Conditions de vie des mineurs

Nous  avons pu nous en rendre compte : le métier de mineur est métier dur, inconfortable, dangereux et récompensé par un salaire de misère.  C'est là tout un peuple d'ouvriers exploités par des patrons pour qui, seul le profit compte, bien souvent, même, au mépris des plus élémentaires règles de sécurité.

D'ailleurs ne dit-on pas que les 2 seuls métiers que le diable n'a pas voulu faire sont pompier et mineur...

Il faut savoir aussi que le mineur est payé au mètre d'avancement de la taille (= abatage du charbon). 

Si les salaires avaient été décents, le mineur aurait pris moins de risques.
Si les salaires avaient été décents, sa femme ne serait pas venue travailler à la mine.
Si les salaires avaient été décents, ses enfants auraient pu être scolarisés et ne pas être obligés d'aller travailler à la mine.  Oui ! les enfants de 8 ans travaillaient déjà à la mine comme le prouvent ces photos

Jeunes galibots vers 1900

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

http://andredemarles.skyrock.com/

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

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Nous sommes ici vers 1900 sur le carreau minier d'une fosse de Liévin, et peut être même avant....
Sans exception, les mineurs conviés pour poser pour la postérité sur ce cliché, arborent tous, une lampe à tamis nu, de type Davy, bien que les lampes de sécurité à cuirasse existent déjà..
Vous remarquerez, que la tenue de travail des mineurs, ici présents, est constituée et confectionnée dans un épais drap de lin blanc écru qu'on dénommait jupon.
Tissus peu coûteux, mais très résistant et surtout usité au fond de de nos mines, pour distinguer plus nettement ces travailleurs de l'ombre à l'ouvrage.
Ils étaient chaussés d'espadrilles en corde, protections, certes inadéquates pour ce dangereux métier, mais d'usage courant à l'époque...
Les galibots, apprentis mineurs, sont eux, à pieds nus.
Certains, en petits nombres, ont la chance de porter des sabots de bois !
Les conditions de travail de ces enfants de la mine, à cette époque, étaient innommables... ,et durent faire preuve d'un courage exemplaire, tant d'un point de vue moral que physique pour accéder un peu plus tard, pour ceux qui avaient résisté à toutes ces contraintes, au métier de mineur...
Telle était leur destinée incontournable pour la plupart....

La misère noire aux abords de la mine, conditions de vie précaires, insalubrité, pauvreté... tel était le lot quotidien de nos mineurs.
Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard
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Les logements des familles de mineur ne comprenaient généralement qu'une seule pièce au rez-de-chaussée. Ces logements étaient assez petits, sans aucun confort, des conditions sanitaires déplorables et ils coûtaient généralement peu d'argent.  Par la suite, les patrons charbonniers firent construire des cités ouvrières afin d'avoir une main d'œuvre plus fidèle. Souvent ce n'étaient que des corons,

Petites maisons peu confortables, toutes pareilles et accolées les unes aux autres : un coron.

Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard

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A l'arrière de ces petites maisons, un petit potager qui apporte par sa production de légumes,  un peu de vitamines supplémentaires.  Ce n'est pas, comme d'aucuns voudraient le faire croire un "délassement" mais bien une nécessité économique.
Avec l'aimable autorisation de Mr André Paillard
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L'alimentation de ces familles ferait pâlir les diététiciens de notre époque.
Plus de la moitié de leur alimentation était constituée de pain ( entre autre pour le fameux briquet du mineur ) ensuite, des pommes de terre et des légumes. On mangeait de la viande le dimanche, souvent des morceaux de deuxième choix.
 

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8.3.1. Les divertissements

Lors de fouilles dans un site minier du Haut Moyen Age dans le Siegerland, les chercheurs ont découvert un puits dans lequel ils tombèrent sur un jeu de quilles. Cette trouvaille singulière posait question : comment en effet justifier un tel jeu dans un contexte minier? Après quelques investigations, il s'avéra que les mineurs du 14e siècle aimaient jouer aux quilles. Cette constatation que l'on retrouve dans des légendes et nombreux récits, reflète un trait caractéristique de la vie et du travail des mineurs.

Les distractions étaient plutôt rares au 19ème siècle car les 14 à 16 heures de labeur quotidien ne laissaient pas beaucoup de temps pour les divertissements, surtout avec le budget d'une famille de houilleur. En semaine, sur le chemin du retour, beaucoup d'hommes de fosses repassaient au cabaret, au café, à l'estaminet, à la cantine, souvent propriété intégrante de la mine. 

C'est souvent dans un de ces endroits que le salaire était payé aux mineurs. Généralement, le salaire mensuel était payé en deux parties :

Toutes les deux semaines, il y avait donc un "jour de paie" et à chacune de ces occasions il était communément admis de boire l'une ou l'autre bière pour fêter l'évènement.  Ce qui avait pour conséquence de diminuer le budget déjà bien maigre du ménage, et de faire rentrer de l'argent dans la caisse de la mine.

Le dimanche était jour de repos et les distractions peu variées : le jardinage, la pêche, la messe ou le bistrot avec les jeux de quilles (bouloirs), les jeux de cartes, les bals populaires, ainsi que des ducasses. Très populaires chez les prolétaires, on y retrouvait divers jeux de dont les fameux mats de cocagne.

Je vous invite à relire les paroles de la chanson "El quézenne au Mambourg", vous y retrouverez la truculence des moeurs de l'époque.

Pays de Charleroi - La quinzaine au Mambourg

Les mineurs sont des spécialistes qui, outre l'usage d'un langage propre, se distinguent des autres ouvriers par le fait qu'ils travaillent dans un monde privé de lumière.

Des dangers, dont l'homme "normal" ne peut se faire une idée précise, les guettent partout.

Le mineur vit dans une autre "sphère". L'indispensable solidarité, le sentiment ou la nécessité de devoir et aussi de pouvoir compter sur les autres au fond de la mine, ont soudé les mineurs en une communauté fermée capable le cas échéant de violences.  Certains actes (que la misère peut justifier mais pas excuser...) lors de grèves ont pu être qualifiés de "sauvagerie" (incendie, mise à sac de la maison du propriétaire de la mine, sabotage du puits de la fosse destruction de l'outil de travail...).

Leurs excès dans les années 1850 - 1890 sont encore dans toutes les mémoires.

Ainsi apparaît le mineur, rude et grossier, certes, mais d'un courage digne d'admiration. Aujourd'hui encore un certain "mystère" issu principalement de la fascination qu'exercent les dangers encourus entoure sa figure et explique le succès de films comme "Germinal".

L'Allemagne et la Belgique faisaient déjà partie des régions industrielles pilotes d'Europe occidentale avant d'acquérir respectivement leur indépendance nationale. Tant dans la Ruhr qu'en Wallonie se développa, sous l'égide de magnats de l'industrie comme Cockerill et Krupp (pour ne citer que ces deux noms), une concentration industrielle inimaginable auparavant, qui s'implanta là où se trouvaient les gisements houillers. Ainsi des régions autrefois agraires se transformèrent rapidement, des localités à caractère rural se métamorphosèrent fondamentalement par l'afflux d'une main-d'oeuvre étrangère à la région.

A cet égard "l'appel en Mazurie" est significatif : il promettait aux volontaires de Prusse orientale et de Pologne des conditions de vie paradisiaques dans les bassins houillers du Rhin et de la Ruhr. On constate alors un vaste mouvement de migration à partir de la Pologne, et de la Prusse Orientale, d'abord vers la Ruhr, plus tard vers la région d'Aix-la-Chapelle, puis vers la Lorraine et la Wallonie. L'augmentation de la productivité dans les houillères du 19e siècle n'a été possible que par la mise au travail de cette main d'oeuvre importée.  Dans les années 1920, des trains entiers venant d'Italie apportèrent en Belgique les bras nécessaires à redresser la pays après la 1ère guerre mondiale.

Tous ces étrangers (le mot "étrangers" n'a ici aucune connotation péjorative !) apportent avec eux leur culture, leurs jeux, leurs danses et tout cela fait une mélange socio-culturel qui se tisse sur fond de mine de charbon, sur fond de vie de labeur, sur fond de travail dangereux et c'est pour refouler la peur du danger que le mineur "vit" si intensément après avoir quitté sa fosse.

L'industrie minière a développé son propre univers. Contrairement à celui du paysan, le travail du mineur de fond ne dépend pas de la lumière du jour ni des saisons. C'est une différence essentielle par rapport aux autres professions. Ainsi naquit le travail par équipes qui divise systématiquement le temps de travail en périodes. De cette répartition fixe, totalement différente du rythme de la nature, découla dans le déroulement de la vie quotidienne un nouveau rapport travail-loisir. 

Le travail dangereux et exigeant du fond explique que le mineur, qu'aucun recours humain ne peut alors protéger, se soit mis sous la protection de divinités et de saints patrons: la déesse Hathor dans les bassins miniers de l'Egypte antique, les Saints «locaux» en Europe centrale et occidentale. Ce fut d'abord Daniel déjà connu dans la Bible comme «expert du métal» puis, au 16e siècle, avec l'introduction des explosifs au fond, ce fut Sainte-Barbe dont l'image est associée à l'éclair et au tonnerre.

Le jour de la Sainte Barbe fut reconnu jour de fête pour les mineurs.  Ce n'était pas un jour de congé légal (jour férié) mais un jour de congé octroyé par la direction (jour chômé)

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8.4. Les conditions de travail

Bien que le travail d'ouvrier n’ait jamais été facile, il faut néanmoins reconnaître que les conditions de travail des mineurs étaient, avant le 20ème siècle, exécrables.  Le patronat n'avait aucun état d'âme à l’égard des ouvriers mineurs. La population ouvrière était très souvent  analphabète et inculte. L'ignorance facilitant l'exploitation, le système n’avait pas intérêt à ce que le monde ouvrier soit "instruit".

Si le mineur voulait avoir une vie décente ( ce qui à notre époque représenterait la misère ), il devait travailler 6 jours sur 7, et selon les sociétés, de 12 à 16 heures par jour.  Pas de congés payés, pas de sécurité sociale. Les conditions sanitaires étaient inexistantes engendrant toutes sortes de maladies. La température au fond pouvait varier de 20° ( 350 mètres ) à presque 50° ( 1.150 mètres ) dans une atmosphère poussiéreuse. Les accidents étaient courants ( coups de grisou, éboulements, inondations, …) et réguliers, entraînant des dizaines, voir parfois des centaines de morts.
 

 

Au 19e siècle et jusqu'au début du 20e siècle, il y eut peu d'innovations techniques. L'énorme accroissement de la production ne fut rendu possible que grâce à des effectifs toujours plus nombreux, constitués souvent par une main d'oeuvre non qualifiée, payée bien moins encore que les "mineurs qualifiés". C'est ainsi que naquirent au sein du personnel, des tensions que l'on essayait de prévenir par des règlements sévères. Ce traitement forcément inégal des mineurs lié aux exigences d'une production accrue, devait déboucher sur des conflits sociaux inévitables dont les plus graves eurent lieu en 1886.

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8.4.1. Les conflits sociaux de 1886

Les mineurs ont toujours eu recours à la grève que ce soit pour la défense de leurs salaires et de la justice sociale ou contre des mesures gouvernementales modifiant la structure du secteur ou débouchant sur la fermeture de leurs puits.

Nous sommes au printemps 1886 et le peuple touche aux limites extrêmes du désespoir.  En effet, l'afflux de la main d'oeuvre extérieure fait augmenter le prix de revient du charbon.  Le patron s'en trouve ennuyé car ses bénéfices sont moindres. Ce constat est quasi général. Alors pour pallier à ce problème les directeurs de mines vont recourir à diverses méthodes...

  • Licenciements de mineurs qualifiés

  • Chômage technique : On ne travaille plus que 5 jours sur 6 (payé 5 jours)

  • Diminutions salariales

Ces nouvelles ne font qu'une trainée de poudre dans toute la Wallonie.  De Liège à Mons en passant par Namur et Charleroi, les rumeurs les plus folles courent dans les corons... on parle même de fermeture pure et simple de puits.  Les faux bruits portés par l'intrigue de certains politiciens et par l'inquiétude des familles ne fait que gonfler la frayeur des gens du peuple.

Les premiers syndicalistes tiennent des meetings à Charleroi, Lodelinsart, Marchienne,... et leurs paroles ne sont pas pour apaiser les gens... au contraire.

Le 14 mars, un puits se met en grève à Quaregnon.  Le 18 mars à Liège, une manifestation d'ouvriers sans travail dégénère.

Les troupes sont envoyées sur place afin, par leur simple présence, de calmer les esprits.

Le 25 mars, à Fleurus, le puits Ste Henriette part en grève suite au refus du directeur d'augmenter les salaires.  Les mineurs vont alors de puits en puits faire arrêter le travail.  Ils passent ainsi au Nord de Gilly et au Marquis (Campinaire).  Ils poursuivent leur mouvement sur Châtelineau, Gilly, Montignies sur Sambre.  Le mouvement s'étend et les bourgmestres demandent l'aide de la garde civique, de l'armée et des forces de l'ordre.

L'armée se déploie de Tournai à Liège.  Bataillons de chasseurs, escadrons de lanciers...  Le pays de prépare à une guerre civile.

Le 26 mars, les mineurs sont rejoints par des verriers, des métallurgistes, des jeunes, des femmes.  Les grévistes descendent sur Gilly et Charleroi.  Les verreries Jonet, Lambert sont saccagées.  La foule atteint Lodelinsart et Dampremy.  Les verreries Fourcault, Frison et Schmidt subissent le même sort.  C'est alors près de 5000 personnes qui déboulent fin d'après-midi sur Jumet-Hamendes.  La verrerie Baudoux et le château du propriétaire deviennent l'exutoire de la folie destructrices des pauvres submergés par le désespoir.  L'usine et le château sont incendiés.

Au même moment, un groupe de grévistes qui se rendait de Châtelineau à Châtelet rencontre une troupe de gendarmes qui les chargent sabre au clair.  Un escadron de chasseurs arrive en renfort et on peut compter de nombreux blessés ainsi que deux morts au puits Sébastopol.

Le soir, deux groupes venant de Marchienne, montent sur Roux, s'attaquent au puits du Martinet, aux verreries Monseu et aux glaceries de Roux.  5 morts restent sur le carreau.

Le samedi 27 mars, les grévistes, au nombre de 700 se dirigent vers Roux et sont arrêtés par le 3ème chasseurs qui ouvre le feu fauchant 14 personnes.  Ivres de vengeance, les grévistes s'en vont piller les symboles de l'oppression des propriétaires : les châteaux, les maisons de maîtres, les couvents...  Les gendarmes feront encore 3 victimes à Gilly Duchère.

Au même moment, à La Louvière, les syndicalistes tiennent un meeting.  Craignant des évènements semblables à ceux qui ont embrasé le Pays Noir, les autorités mobilisent et dépêchent sur le Borinage les 7ème et 8ème de ligne, 2 bataillons du 13ème de ligne, 1 bataillon du 11ème de ligne et 1 bataillon du 2ème chasseur de ligne.  Ils se montrent de manière ostensible et protègent les biens immobiliers des propriétaires terriens (maisons particulières et usines)

Le 28 mars, à Flénu, plusieurs centaines de mineursdemandent une augmentation salariale et devant le refus de la direction, ils se mettent en grève.  Craignant à nouveau des évènements semblables à ceux qui ont embrasé la veille, le Pays Noir, les autorités mobilisent d'autres éléments de l'armée.  Le Borinage est ceinturé par l'armée.

Le 29 mars, c'est le jour de l'enterrement des victimes du samedi.  L'armée a reçu l'ordre de tirer à vue sur d'éventuels manifestants.  Le mouvement de grève se propage aux carrières de Tournai, Soignies, et Dinant... mais tout reste calme.  Les soldats terminent d'investir les lieux industriels. et déjà le 1er avril un communiqué indique que "La tranquillité est rétablie"

Les meneurs seront arrêtés et sommairement condamnés au cours de simulacres de procès.

Il n'en reste pas moins que c'est à partir de 1886 qu'on va s'intéresser aux droits des travailleurs... mais il faudra attendre 1948 pour que tous les Belges (hommes et femmes de toutes conditions sociales) soient égaux face à notre système électoral qui devient un système au suffrage universel.

8.5. L’alcoolisme

Durant la révolution industrielle, grâce à la découverte de la machine à vapeur, les grandes distilleries virent s'ouvrir à elles d'innombrables possibilités. En effet, aux alentours de 1830, le feu direct, servant à chauffer les appareils de distillation, fut supplanté par la vapeur. Avec la machine à vapeur disparut la main-d'oeuvre nécessaire à la réalisation de l'empâtage. De plus, la colonne de distillation fabriquée par Cellier-Blumenthal écourta le processus. Signalons encore que la plupart des brevets et inventions (y compris de l'étranger) furent d'abord appliqués en Belgique.

Le régime d'accises favorable appliqué dans le nouvel Etat belge encouragea la naissance de nouvelles distilleries. En effet, la taxe portait non pas sur le produit fini, autrement dit l'alcool, mais bien sur le grain utilisé pour sa fabrication. A partir du milieu du 19e siècle apparurent un grand nombre de distilleries de mélasse qui transformaient les déchets des raffineries de sucre, selon le procédé de Dubrunfaut, en une substance alcoolisée peu coûteuse à haute teneur en alcool. A la fin du 19e siècle, ce liquide devint un concurrent sérieux du genièvre traditionnel.

Si l’on imagine les conditions de vies de ces gens, il n’est pas étonnant que beaucoup sombraient dans l’alcoolisme. En effet, à cette époque, plus de 50 % du prolétariat était alcoolique. Nombre de travailleurs noyaient leur désespoir dans l’alcool. Fin du 19ème siècle les cabarets pullulaient dans les rues, la moyenne Belge, était de 1 pour 30 habitants. Mais aux alentours des charbonnages la concentration étaient plus forte. Chaque année, plus de 20.000 personnes mouraient à cause de l’alcool, et dix fois plus étaient atteintes d'une maladie liée à l'alcoolisme. De nombreux accidents dans le fond étaient provoqués par des ouvriers ayant consommé de l’alcool. Sans oublier les crises de folie, les délires, les violences et les suicides qui en découlaient.

Les prisonniers purgeant une peine pour ivrognerie représentaient 75% de la population carcérale. Sans compter, ce que ce fléau engendrait comme problèmes au sein du foyer : dilapidation du maigre salaire, violence conjugale, misère, famine, hygiène déplorable, épidémies...

La loi sur les accises de 1896, appelée communément qui entraîna notamment une forte augmentation des droits d'accises, et l'intense lutte du parti des ouvriers en vue de la suppression du droit de servir du genièvre dans les débits de boissons aboutirent, en 1919, après la Première Guerre mondiale, à la Loi Vandervelde. Cette loi allait interdire aux aubergistes d'écouler des boissons alcoolisées d'une teneur en alcool supérieure à 18 degrés. Cette fameuse loi et le fait que l'occupant allemand démantela la majorité des distilleries afin d'en détourner le cuivre hautement stratégique eurent pour effet de faire s'effondrer le marché du genièvre et de favoriser fortement la bière comme boisson de consommation courante dans les débits de boissons.

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8.6. Autres répercutions

Dans les premiers temps des mines, les femmes étaient employées sous terre pour tirer les wagonnets de charbon. Par la suite, c'est essentiellement en surface que l'on trouve les emplois féminins.
Les trieuses : Pour la plupart, il s'agit de femmes ou de jeunes enfants qui trient le charbon de la terre avant le chargement. Ce tri était fait à l'origine avec une grande pelle et des paniers en osiers, puis ensuite sur des tapis roulants. C'est un travail dur, demandant beaucoup de résistance. Pourtant les femmes s'affairent par tous les temps, chaussées de sabots et coiffées d'un fichu pour se protéger de la poussière de charbon. 

La femme, quand elle ne travaille pas à la mine, est toujours présente aux côtés du mineur. C'est elle qui se lève à 4 heures du matin pour préparer le café fort du mineur ; c'est elle qui prépare le briquet (casse-croûte) qu'il prendra à la pause ; c'est elle qui frottera son dos meurtri quand il se lavera dans le grand baquet au retour de ses 10 heures de fosse. C'est aussi la femme du mineur qui gère le budget du ménage. Ce sont également les femmes de mineurs qui entretiennent les grèves quand la situation devient trop difficile.

Les jeunes filles sont employées à la lampisterie, où elles remettent, en échange d'un jeton numéroté, la lampe aux mineurs qui descendent. Ce système permettait de savoir quel était le nombre de mineurs dans la mine et de connaître les manquants en cas d'accident.

Les enfants travaillaient très jeunes, en général vers 7 ou 8 ans (parfois, pour les embaucher plus jeune, on trichait sur leur âge ). On les affectait à de petites tâches mais pas moins dangereuses. A l'instar des femmes, les enfants sont toujours descendus très jeunes à la mine. Ils représentaient pour l'employeur une main-d'oeuvre bon marché, et pour la famille un appoint de revenu non négligeable. Chez les mineurs, pas de contrôle des naissances : les enfants se suivent, d'autant plus que la mortalité infantile est très importante. De plus la mine fait payer un lourd tribut à la famille (accidents, conditions de travail pénibles...). Ce n'est qu'en 1813 qu'une première loi interdit l'emploi des enfants de moins de 10 ans. Mais cette loi est peu respectée. Le galibot continuera à faire taire ses peurs d'enfant et, aux côtés d'un autre mineur, il passera par tous les postes de la mine pour apprendre le métier.

Plus tard, juste adolescent, il sera hiercheur, c'est-à-dire qu'il évacuera la houille et la terre, d'abord avec des paniers, plus tard en poussant des berlines. En 1804, un hiercheur conduit 21 douzaines de paniers de 120 kg par jour, soit un poids transporté de 30 tonnes sur 5 km.

Les mineurs étaient en général peu disciplinés, les bagarres n'étaient pas rare, et les mœurs n’existaient presque pas. Les femmes travaillant au fond subissaient souvent les "assauts" de leurs collègues masculins et/ou de leur chef. Les viols n’étaient pas rares et donc les enfants illégitimes non plus.

8.7. Les changements

En résumé, les conditions de vie et de travail de cette couche de la population étaient extrêmes. L’ignorance de ces gens était entretenue, ce qui les entraînaient dans un cercle vicieux.  Les enfants en bas âge étaient mis au travail et donc sans instruction à leur tour. En somme un peuple complètement abruti et se détruisant à cause de leur précarité. Alors que d’autres s’enrichissaient sur le dos de cette misère, voilà la réalité du mineur avant le 20ème siècle.

Mais, des lois furent votées pour stopper cette hémorragie (1889 : interdiction de travail dans les houillères, pour les enfants de moins de 12 ans, 1914 : aux enfants de moins de 14 ans, 1919 grâce à Emile Vandervelde : interdiction de la vente d’alcool dans les lieux publics,...). Des hommes se sont battus pour améliorer la vie des ouvriers (syndicats, nombreuses grèves, amélioration de la sécurité, …). Et c’est ainsi que les conditions de travail des ouvriers en général se sont considérablement améliorées au cours du 20ème siècle. En 1936, une grève générale entraîna plusieurs réformes qui améliorèrent la condition ouvrière : la semaine de 40 heures, l'octroi des congés payés, le salaire minima. Par la suite, la bataille du charbon eu d’autres effets positifs pour les mineurs et pour la classe ouvrière plus généralement.

Dans tous ces mineurs, beaucoup ont commencé à travailler très jeunes à la mine, certains y ont certainement travaillé très vieux aussi. Pour d’autre la vie s’est arrêtée au fond, très tôt.

8.8. Les maladies du mineur

 

Outre les rhumatismes et autres maladies articulaires dues à l'humidité régnant dans les galeries, il est un mal sournois, un fantôme invisible, une faucheuse implacable qui traîne dans les galeries : la silicose.

Ce mal a tué, tue encore et tuera encore bon nombre de mineurs.  La silicose est une maladie pulmonaire provoquée par l'inhalation de particules de poussières de silice dans les mines, les carrières, les percements de tunnel. 

Cette maladie professionnelle irréversible entraîne une inflammation chronique et une fibrose pulmonaire progressive. 

Elle se traduit par une réduction progressive et irréversible de la capacité respiratoire (insuffisance respiratoire) même après l'arrêt de l'exposition aux poussières. Elle se complique quelquefois d'une tuberculose.  Elle peut être aggravée par l'inhalation concomitante de poussière de charbon (antracosilicose).

C'est une histoire de morts, de vivants et de morts vivants, tous mineurs en plein bassin houiller, gueules noires, cernes de suie autour des yeux. Au-delà de ce cliché, il y a la Faucheuse qui traîne au-dessus des têtes.

Il y avait Bob.  Il vivait dans le coron d’Appaumée à deux pas de chez moi.  La soixantaine, marchant courbé en avant comme un bossu… faire deux pas puis respirer, chercher l’oxygène et refaire deux pas… savoir doser son effort.  Maigre comme un clou… un mort vivant.  Il restait cloîtré chez lui, dormait assis dans son fauteuil de peur de s'étouffer.  Quand il lui prenait la fantaisie d’aller se promener un peu, on l’entendait souffler, siffler, grincer, chuinter, comme s’il avait une nichée d’oisillons affamés dans la poitrine.  Puis il s’arrêtait, toussait, et crachait de la poussière noire mêlée à du mucus et à du sang. 

Il parlait doucement, respirait entre chaque mot et quand on lui parfait de sa vie au fond, c’était toujours pareil : «Ça fait partie du train-train et du métier. On se protège plus ou moins avec un mouchoir. De toute façon, on n'a pas le choix. C'est ça ou on est muté au jour. Si vous voulez gagner de l'argent, il faut aller au fond, il faut aller au charbon.  Un mineur, il est fier, il va gratter, il sait pourquoi, malgré qu'il y laisse sa santé. Aussi longtemps que la bourrique elle tire, on l'utilise. Après, c'est comme le citron, on peut jeter la peau. Et puis, de toute manière, la silicose, c'était une maladie d'ouvrier, tout le monde s'en foutait. »

Le rapport qu'entretiennent les mineurs avec cette maladie est complexe. Bob savait que c’est l’environnement poussiéreux qui l’a tué, car il va en mourir, il le sait… en fait c’est le contraire… il est déjà mort mais il ne le sait pas encore alors il continue à vivre.  Et pourtant il dit aussi : «Le gars qui n'a pas de silicose, c'est un fainéant. Cela veut dire qu'il n'a jamais bien travaillé.» Comme si la silicose était une blessure de guerre, une décoration funeste qui faisait de lui un mineur de fond.

Ben oui, c’est ça aussi un mineur…

 

 

 

Avec l'aimable autorisation André PAILLART
      http://andredemarles.skyrock.com/

 

Mineurs de fond : un diaporama superbement fait qui illustre le vie des mineurs de fond... A voir...

 

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