La carrière Frimoye à

Olloy-sur-Viroin

Introduction
Situation géographique et géologique
Obervations géologiques

Introduction

Nous sommes sur la route Couvin-Nismes-Treignes et nous arrivons à Olloy sur Viroin. En face de l'entrée principale du village, nous prenons à gauche une petite route en macadam puis en béton et là où la route tourne en épingle à cheveux, on prend en face de nous une petite route en terre tout juste carrossable. Elle nous conduit jusqu'à la carrière de Frimoye. 

Cette carrière a un statut tout à fait particulier.  C'est une Réserve Naturelle du Cercle des Naturalistes de Belgique (Centre Marie Victorin de Vierves) car sur les auteurs, niche le Grand Duc, rapace nocturne totalement protégé.  Cependant, si c'est une Réserve Naturelle, l'exploitant y effectue un ou deux tirs de mines par an, histoire de garder le chantier en activité (activité très réduite... mais cela suffit pour qu'aux yeux de la loi le chantier reste en activité et soit toujours considéré comme une carrière en exploitation).

Le statut de Réserve Naturelle implique que l'autorisation de visite et d'exploitation des minéraux et fossiles pour un géologue amateur est impossible à obtenir... oui mais l'exploitant peut utiliser l'explosif et le géologue amateur utilise un marteau et un burin !!!  Allez y comprendre quelque chose...

Jusqu'à présent, il semble que l'activité épisodique de l'exploitant ne gène pas les nichées de l'oiseau.

Le statut de l'endroit risque de changer d'ici quelques années car la carrière va revenir sous la juridiction de l'Administration Communale de Viroinval.  Des tractations entre le Centre Marie Victorin sont engagées en vue de faire classer une fois pour toutes le site mais des rumeurs laissent croire qu'un club d'alpinistes pourrait gérer l'endroit.  C'est plus calme qu'un tir de mines mais en grimpant chaque week-end aux parois, il est possible que les escaladeurs perturbent la tranquillité des lieux. 

Notons aussi qu'actuellement, un sentier de Grande Randonnée partant de Nismes et rejoignant Treignes passe par la carrière.  Lors de la bonne saison, un tas de promeneurs, de scouts, de parents et d'enfants parfois accompagnés par leurs chiens pas toujours tenus en laisse défilent aux abords de la carrière.  Certains s'y arrêtent et y pique-niquent.  Par chance, ces gens, parfois bruyants, ne laissent pas traîner leurs déchets.   Un soupçon de civisme ferait-il son apparition ?

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Situation géographique et géologique

Une petite visite de la carrière et un échantillonnage dans les déblais, à gauche, le long de la route d'accès et sur le crassier qui jouxte le plateau de la carrière en direction du tunnel du chemin de fer nous permet de faire quelques observations intéressantes. 

Le point 1 présente la carrière Frimoye
Dessin L.V.B.

Le site de la carrière Frimoye à Olloy-sur-Viroin est localisé sur le flanc sud du Synclinorium de Dinant, sur le bord de la Calestienne et sur le versant nord de la vallée du Viroin (adret). La roche exploitée est un calcaire bleu noir sur cassure fraîche, ne contenant que bien peu d'argile, si bien qu'il ne prend que difficilement une patine brune avec le temps.  Ce calcaire porte de nets joints de stratification et est bien diaclasé.  C'est nettement un calcaire Givetien du membre des Trois Fontaines. 

Revenons un peu sur le Givetien...

C'est au cours du Givetien qu'a lieu la deuxième phase de la grande transgression marine du Dévonien qui a été entamée au cours de l'Eifelien. La mer s'avance sur une plate-forme peu profonde. Le littoral gagne le bord nord du Synclinorium de Namur.  Cette transgression, qui n'est que la continuation de la précédente, progresse en direction du Nord-Nord-Est.

Au bord nord du Synclinorium de Dinant, à l'est de Gerpinnes et dans la partie méridionale du Synclinorium de Namur, de Presles à la vallée du Samson, le groupement des 3 formations principales du Givetien (Formations de Trois-Fontaines, Terres d'Haurs et Mont d'Haurs) est remplacé par la Formation de Nèvremont. Il s'agit généralement de calcaires fins et de calcaires grenus à faciès oolithique. La Formation de Nèvremont est surmontée de la Formation du Roux, caractérisée par des schistes, des dolomies et des calcaires gréseux, suivis de calcaires et dolomies avec un niveau de stromatopores branchus. Dans la partie orientale du Synclinorium de Dinant, la Formation de Fromelennes surmonte la Formation de Nèvremont.

Au nord du Synclinorium de Namur, le Givetien est limité à l'ouest de Namur. Dans la vallée de l'Orneau, il s'agit de la Formation du Bois de Bordeaux. Cette formation est constituée de trois membres, à savoir le Membre des Mautiennes constitué de conglomérat et roches argilo-gréseuses rouges, vertes ou bigarrées, le Membre d'Alvaux contitué d'une alternance de calcaire organoclastique, parfois oolithique et de schistes; localement, stromatolithes, et le Membre de Mazy formé de "roches rouges": siltites, calcaires rougeâtres, paléosols.

Comparons ces différents faciès :

Bord Sud du Synclinorium de Dinant

Formation de Fromelennes Calcaire argileux à brachiopodes, calcaire gris à stromatopores,
Formation de Charlemont Calcaire à polypier du Membre des Monts d'Haurs Calcaires biostromaux massifs.
Calschiste du Membre des Terres d'Haurs Calcaire argileux foncé parfois crinoïdique
Calcaire du Membre des Trois Fontaines Calcaire bleu-noir brillant, massif, dur, peu stratifié en gros blocs, portant des veines de calcite massive blanche avec par endroits, de petites mouchetures de fluorite et dolomitisé vers le haut

Bord Nord du Synclinorium de Dinant

Formation de Roux Schistes, dolomies et calcaires gréseux, suivis de calcaires et dolomies avec un niveau de stromatopores branchus.
Formation de Nèvremont  

Calcaires fins et de calcaires grenus à faciès oolithique

 

Bord Nord du Synclinorium de Namur

Formation du Bois de Bordeaux Membre de Mazy "Roches rouges": siltites, calcaires rougeâtres, paléosols.
Membre d'Alvaux Alternance de calcaires organoclastiques, parfois oolithiques et de schistes et localement de stromatolithes,
Membre des Mautiennes Conglomérat et roches argilo-gréseuses rouges, vertes ou bigarrées

 

Dans la région-type de Givet, région que nous prendrons comme référence puisqu'elle se situe au centre de la Calestienne, le Givetien comprend

D'un point de vue géomorphologique, au bord sud du Synclinorium de Dinant, la présence d'une bande calcaire de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur, encadrée de roches plus argileuses se marque nettement dans les paysages. La bande calcaire, appelée "Calestienne", forme un relief bordant au sud la dépression schisteuse de Fagne-Famenne. Cette dépression est limitée au nord par le Condroz, d'altitude plus élevée, suite à la présence des grès famenniens.

Les roches du Membre des Trois Fontaines
Photo L.V.B.

En fait, pour être complet sans être trop long ni ennuyeux, je dirai que la carrière est ouverte au cœur du Calcaire Givetien extra-dur dans l'assise des Trois Fontaines.  cette roche fût notamment choisie par Vauban, qui en fit une large utilisation pour la construction et la restauration d'ouvrages militaires régionaux importants. Entre les deux dernières guerres, en raison de l'évolution du marché, l'activité de la taille de pierre entra progressivement en récession au profit du concassage de la roche. Les performances obtenues par ces matériaux concassés dans les emplois en viabilité et pour la construction ont amené les carrières de la région à réaliser un complexe industriel pour l'élaboration de granulats, de graves traitées pour assises de chaussées, de bétons bitumeux à usage routier et de bétons hydrauliques prêts à l'emploi pour la construction.

Les couches verticales de la carrière Frimoye
Photo L.V.B.
 
 
 
 
 
Quelques vues de la carrière avec parfois l'apparition d'une machine
Photo L.V.B.
 

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Observations géologiques

Les couches au départ, déposées horizontalement au fond de l'océan Paléozoïque ont été, à la faveur des plissements, redressées à la verticale, ce qui fait de cette carrière, un objet pédagogique de grande valeur.  Je pense qu'un autre intérêt pédagogique de grande valeur que présente cette carrière est le fait que de nombreux blocs présentent des Stylolites.  Ce sont des structures en forme de colonnettes s'interpénétrant au sein de roches calcaires ou marno-calcaires en dessinant des joints irréguliers,
généralement soulignés par une surface noirâtre ou brunâtre (produits charbonneux ou argileux). 

Les stylolithes (joints sombres irréguliers)
Photo L.V.B.

Les figures, que l'érosion peut mettre en relief, correspondent à des surfaces de dissolution sous pression, et permettent notamment de déterminer la direction de la compression qui leur a donné naissance et qui est parallèle à l'allongement des colonnettes.

Les stylolithes à découvert
Photo L.V.B.

Les stylolithes : le même bloc mais à contre-jour afin de bien visualiser ces formations
Photo L.V.B.

L'origine des pressions de dissolution peut-être sédimentaire (charge lithostatique, contrainte maximale verticale) ou tectonique (contrainte maximale verticale ou horizontale). On les trouve principalement dans les roches sédimentaires telles que les grès et les calcaires. Leur étude a pour but de comprendre leur rôle dans la compaction des séries géologiques, induisant de forts changements de porosité par des déplacements de matière et des cimentations.

Quelques explications supplémentaires...

Leur nom vient de l'ancien Grec : stylo qui veut dire colonne rappelant la forme des pics stylolitiques et de lithos signifiant pierre. On trouve fréquemment des joints stylolitiques parallèles à la stratification dans les calcaires, les morphologies des pics sont très variés et étudiés depuis ces dernières années grâce aux méthode mathématiques comme les fractales.

Les joints stylolitiques apparaissent toujours plus sombres que leur roche hôte car les résidus de dissolution qui remplissent les épontes sont essentiellement constitués d'argiles, de matières organiques, de sulfures et parfois de quelques minéraux néoformés. A l'échelle d'un front de taille les joints stylolitiques se rencontre sur plusieurs dizaines voire centaines de mètres!

Dans la croûte terrestre, sous l'effet des contraintes mécaniques régnant dans les roches poreuses saturées en fluide intersticiel, ont lieu des processus de pression dissolution. Aux interfaces fluide/roche, des réactions de dissolution ont lieu dans les zones les plus chargées mécaniquement, puis un transport a lieu sous forme dissoute, ensuite les matériaux reprécipitent dans les zones de moindres contraintes. Ces processus ont lieu dans des roches sédimentaires sous l'effet des contraintes lithostatiques, et au sein des gouges des zones de failles sous l'effet des contraintes tectoniques.

Ils donnent naissance à des motifs caractéristiques reconnaissables sur des faciès rocheux ou des coupes, laissant une fois le fluide évacué, de fines interfaces rugueuses solide/solide, nommées stylolites. Celles-ci sont couramment utilisées en géologie comme marqueurs de la direction de contrainte principale. La modélisation du processus créant de telles morphologies constitue donc un défi important pour l’interprétation des données de terrain.

De plus, ces processus jouent un rôle important dans la dynamique de la croûte fragile : notamment, dans les roches sédimentaires, ils permettent d'accommoder une partie importante de la déformation. Ils jouent dans ce contexte un rôle clé dans les processus de compaction, dont la modélisation a notamment d'importantes applications pour la compréhension de la formation et dynamique des réservoirs d'hydrocarbures – en créant des zones de perméabilité préférentiels et des barrières scellées.

Au cours de cet été 2004, l'exploitation a repris.  Quelques tirs ont eu lieu et un superbe filon de calcite massive de près d'un mètre de puissance sur toute la hauteur du front de taille a été mis à jour.

Dans ce filon j'ai pu observer de la superbe calcite rhomboédrique et dans une poche au centre de la calcite, de la superbe limonite, brillante, très dense.  Aux abords de cette "poche" de 75 cm de haut et 30 cm de large j'ai pu récolter de superbes lentilles de calcite brune qui semblent être de la sidérite.

Le filon de calcite
Photo L.V.B.

Calcite massive, un peu de baryte, d'aragonite et de sidérite
Photo L.V.B.

Bloc de calcite grise avec des cavités remplies de cristaux lenticulaires de sidérite brune.
Collection L.V.B.
Photo L.V.B.

Les taches de sang de ce bloc sont en fait des noisettes de marcassite qui s'oxydent et coulent sous forme de rouille.

Mais nous pouvons aussi y découvrir d'autres minéraux qui sont présents à divers degrés d'occurrence : fluorine (CaF2) en mouchetures, blende (ZnS) en cristaux micro, pyrite (FeS2) en "noisettes" et plaquages, galène (PbS) en plaquages et mouchetures dans le calcaire.

Calcite recouverte d'un plaquage de minuscules cristaux brillants de marcassite. Pour voir l'autre face aller voir la page consacrée à la "calcite". (Échantillon 6 cm x 4 cm)
Collection L.V.B.
Photo L.V.B.

Point de vue paléontologique, le constat est assez maigre : quelques Stringocephalus burtini et quelques gastéropodes pulmonés totalement indégageables, mais à part cela,aucun autre fossile en vue.

Un gastéropode pulmoné
Photo L.V.B.
 

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Luc Van Bellingen

 

 

 

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