Fascicule Technique à l'usage des Géologues Amateurs

1.  Introduction
2.  Les difficultés et la complexité de la géologie
3.  Le pari de ce fascicule
4.  Le travail collectif à l’honneur
5.  Ce qu'il faut pour travailler sur le terrain
6.  Le Géologue sur le terrain
7.  De retour à la maison
8.  Ma méthode d'étiquetage, classement et rangement
9.  Le transport d'une collection ou d'échantillons
10.  En guise de conclusion...

Fascicule Technique à l'usage des Géologues Amateurs

1.  Introduction

Depuis une centaine d'années, la littérature scientifique a comporté des dizaines voire même des centaines d’ouvrages d'initiation technique, des "guides du naturaliste".

Le naturaliste curieux de Géologie et qui ouvre ces "guides" ne verra pas sa curiosité satisfaite. Botanique et Zoologie font l'objet d'importants développements sur la façon de recueillir et de conserver les animaux et les végétaux. Arrivé aux environs immédiats de la table des matières, on découvre le chapitre des géologues réduit à quelques pages. On y conseille l'usage du marteau et du burin et le rangement des collections dans des cuvettes en carton, ou des boîtes en matière plastique et c'est à peu près tout.

N'y a-t-il vraiment que cela à dire aux apprentis géologues ?

2.  Les difficultés et la complexité de la géologie

Le sujet est d'apparence assez pauvre. Je ne vois pas l’utilité d'un filet à papillons pour capturer les insectes fossiles, ni de boîtes d'élevage. La dissection et l'examen des formes vivantes ne peuvent s’appliquer aux formes fossiles. Les plantes du Houiller ne peuvent se ranger en herbiers. Et ainsi de suite.

La plupart des procédés techniques et des outils utilisés et mis à la disposition des naturalistes, zoologistes et botanistes, ne semblent pas trouver leur application à la géologie.

A bien examiner la question, c’est-à-dire à réfléchir aux questions qui m’ont été souvent posées par les débutants, il m’est apparu comme une évidence : Les difficultés que j’ai rencontrées au début de mes recherches sont encore aujourd’hui les mêmes.  Les débutants se trouvent devant un manque cruel de renseignements, un manque de documents, un manque d’explications claires sur le "Comment fait-on pour… ?"

Bien sûr, rien n’est plus facile que d’aller dans une bourse et d’acheter des minéraux et des fossiles et ensuite de les placer dans une vitrine avec l’étiquette fournie par le vendeur… Mais est-ce cela la géologie ?

Assurément non !

La Géologie est avant tout une science de recherches et une science de terrain.  Et donc, je peux admettre que la géologie est une science particulièrement difficile pour les débutants. D’autant plus difficile que si on aborde les roches et les minéraux, il faudra, au préalable aborder la chimie minérale et la géométrie dans l’espace.  D’autant plus complexe que si on aborde la paléontologie, il faudra maîtriser la zoologie, la biologie, la botanique et l’écologie des systèmes vivants.  D’autant plus difficile à appréhender que si on aborde la géologie, il faudra connaître les rudiments de la physique et de la géographie.

Au-delà, la lecture d’un ouvrage ou d’une carte géologique comporte une série de rébus pour le néophyte qui se sent envahi par l’appréhension et le découragement.

Cette difficulté tient peut-être à ce que rien ne nous est familier en matière géologique.  Aucune notion enfantine ne peut servir de support à des greffes.  Nous n’avons aucune image mentale des termes qui nous sont proposés.  On a vu voler des papillons, courir des lapins, on a cueilli des fleurs et admiré de beaux arbres.  Tout cela est vivant, se rencontre en tous lieux et attire la curiosité par la forme et la couleur.

En dehors des tas de cailloux en vue d’empierrer un passage, une entrée de garage, en dehors des moellons destinés à la construction (très souvent remplacés aujourd’hui par des briques), les roches ne se voient pas facilement.  Il faut souvent les chercher dans les chemins creux, dans les carrières, dans les fondations de maison et parfois certains affleurements naturellement visibles ne le sont plus car recouverts de mousses, algues et autres végétaux colonisateurs.  Elles n’attirent pas particulièrement l’attention.  Quant aux fossiles, bien des adultes n’en ont jamais vu… et beaucoup ne soupçonnent même pas leur existence.  Il faut les chercher et parfois dans des lieux d’accès difficile.  C’est dire que parler d’un brachiopode ou bien d’un crinoïde, n’éveille absolument aucune image dans l’esprit du néophyte en géologie, alors que le débutant en zoologie ou en botanique a déjà une image mentale d’une pâquerette ou une tortue.

Retour haut de page

3.  Le pari de ce fascicule

Partir de zéro et tenter d’initier le candidat géologue est le pari que je prends ici.  En effet, si je n’avais pas eu la chance d’avoir un grand-père ingénieur des mines, si je n’avais pas eu la chance de pouvoir rencontrer des géologues de terrain comme Mr Vincent Dimanche employé par la Société Lhoist, et si je n’avais pas pu participer à des stages de géologie animés par des gens comme Michel Daras, professeur à Athénée Royal de Thuin ou Mr Yves Hanoteau, licencié en Géologie à l’U.L.B., j’en serais encore à me demander : "Comment fait-on pour… ?"

Le candidat géologue va rêver de recueillir, lui aussi une collection de minéraux, de roches et de fossiles.  Ceci implique leur recherche sur le terrain et nécessite quelques instruments dont nous reparlerons plus loin.

Pour utiliser ses fossiles, le géologue doit savoir dans quel terrain il les trouve et avant d’entreprendre des recherches personnelles, il lui faut se guider d’après les renseignements de la carte topographique et de la carte géologique.

Ensuite notre débutant devra aller sur le terrain et apprendre comment on relève la coupe d’une carrière : des couches horizontales, des couches inclinées, des couches ondulées, des plis, des failles transformantes… sans oublier les cas particuliers que sont les grottes, les terrains d’origine volcanique ou d’origine glaciaire.

Familiarisé avec les divers aspects des terrains fossilifères, le géologue revient chez lui chargé d’échantillons récoltés au cours de ses excursions.  Il faudra organiser son petit laboratoire personnel et ses collections.

Enfin, avant de ranger ses échantillons, il faudra les classer et donc les déterminer.

Retour haut de page

4.  Le travail collectif à l’honneur

La meilleure manière d’apprendre la géologie est de participer à des excursions collectives. 

Les clubs de géologues amateurs sont souvent de très bons conseils.  Ils expliquent simplement les mécanismes complexes des Sciences de la Terre.  Les membres les plus aguerris guident facilement les plus jeunes et les néophytes, leur montrant où et comment chercher minéraux et fossiles. 

Certains muséums d’histoire naturelle (le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris,  L’institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique et le Musée du Marbre de Rance… pour ne citer qu’eux) organisent des stages sur le terrain afin d’initier les débutants. 

Ce sont autant d’occasions pour le débutant comme pour les autres, d’aller pratiquer sur le terrain sous la direction de guides compétents, ce qui est supérieur à toutes les conférences et à tous les livres.

De plus, au cours de ces excursions le géologue a eu l’occasion de sortir avec des confrères.  En vacances, rien ne l’empêche d’en faire autant.  Le géologue a partout des confrères inconnus faisant partie ou non d’une association. 

Grâce à Internet, le monde est devenu un petit village.  Tous les géologues amateurs peuvent, en quelques "clics", être en contact les uns avec les autres.  Les adresses mail s’échangent facilement, on peut être en contact direct avec son interlocuteur via MSN, des forums de discussions thématiques se créent où chacun peut échanger ses expériences.  On peut se rencontrer virtuellement d’abord et si des intérêts communs naissent on peut organiser une sortie sur le terrain ensemble.  C’est l’occasion de se montrer mutuellement ses collections et de s’échanger impressions, sentiments et renseignements divers.  Les sites web dédiés à la géologie fleurissent un peu partout.  Souvent l’œuvre d’amateurs ou d’associations, ils invitent à la découverte d’un monde merveilleux. 

Enfin, il y a les bourses minéralogiques et paléontologiques.  Outre l’aspect mercantile (achat-vente de minéraux et fossiles), il faut voir ces manifestations comme une occasion d’échanger des informations avec certains "vendeurs" qui ne sont pas que "vendeurs" mais qui sont aussi collectionneurs.

Retour haut de page

 5.  Ce qu'il faut pour travailler sur le terrain

 Nous allons ici examiner tout ce dont le géologue amateur a besoin pour débuter ses travaux sur le terrain.

5.1. Le matériel

Le matériel à emporter doit être réduit au minimum parce qu'il faut le porter, ensuite parce qu'il est inutile de s'encombrer d'instruments qui me peuvent servir à rien.  Dans le vocable "matériel", j'y inclus le matériel de travail et le matériel de sécurité.

D'abord voyons les deux outils essentiels : le marteau et le burin.

Il ne faut pas essayer d'aller travailler sur le terrain avec un marteau de menuisier.  Le manche en bois ne résistera pas aux coups que vous allez porter.  De plus, l'acier de ce marteau est trop faible.  Il va finir par s'écraser et de dangereuses esquilles de métal risquent de s'envoler à chaque coup de marteau.

Il faut faire le sacrifice d'acheter, cher, il est vrai, un vrai marteau forgé dans la masse.

La remarque faite à propos de l'acier du marteau est également valable pour celui du burin.  Mieux vaut un bon burin d'un acier trempé avec pointe au carbure de tungstène qu'un burin qui pliera et deviendra un outil dangereux.

 

 

Outre, le marteau et le burin, il faut une petite loupe, une petite brosse afin d'effectuer un premier nettoyage des échantillons et des petites boîtes garnies de papier essuie-tout pour garder les échantillons.

Pour ce qui est de la sécurité, il ne faut pas lésiner.  Gants, casques de sécurité avec visière (s'il n'y a pas de visière, prévoir une paire de lunettes protectrices), ...

...de bonnes chaussures de marche ou de sécurité (pas de bottes... elle ne protègeraient pas le pied en cas de chute de pierre)...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et n'oublions pas la petite trousse de secours afin de soigner écorchures et coupures...

 

 

Pour le reste, le géologue amateur verra au fur et à mesure de ses recherches.  Parfois certains lieux demandent un équipement plus lourd comme masse et barre à mine et parfois dans d'autres lieux, il aura besoin de petits burins et enfin, parfois, ce sera une petite pelle et un tamis qui lui seront utiles...

Un élément indispensable est le petit carnet de notes.  Il doit être solide et recueillera les notes et croquis pris sur le terrain.

N’oublions pas des journaux et quelques boîtes garnies d’ouate ou de papier essuie-tout dans lesquels il pourra emballer ses découvertes petites et grandes de manière à protéger des cristaux ou les fossiles pendant le voyage de retour.

Retour haut de page

5.2.  Les cartes

5.2.1. Les cartes topographiques aussi appelées "cartes d'état major" ou cartes I.G.N.

 

Petit extrait d'une carte topographique au 1/25.000ème
Photo L.V.B.
Avec l'aimable autorisation de l'I.G.N.

 

Une carte topographique représente d'une façon aussi exacte que possible une certaine région.  Cette reproduction est tout d'abord un dessin orienté et selon la convention, le Nord est toujours au dessus, le Sud, en dessous, l'Ouest à gauche et l'Est à droite.

 

 

Une carte est aussi une réduction de la réalité et la proportion selon laquelle se fait la réduction s'appelle l'échelle.  L'échelle d'une carte exprime donc le rapport entre les dimensions réelles sur le terrain et les dimensions reportées sur la carte.

Toutes les cartes ne sont pas à la même échelle.  Il vaudra mieux privilégier une carte à grande échelle car plus précise et montrant plus de détails... mais l'aire de la portion de terrain reproduite sera plus petite.

Carte au 1/10.000ème, 1 m sur la carte représente 10.000 m dans la réalité, soit 100 m.  Carte au 1/1.000ème, 1 cm sur la carte représente 1000 cm dans la réalité soit 10 m.

Comment calculer les distances ?

Toutes les cartes topographiques portent une échelle. Ici, en l'occurrence il s'agit d'une carte au 1/25.000ème.  On mesure la distance séparant deux points.  On trouve une valeur en cm qu'il faudra multiplier par l'échelle pour obtenir la distance réelle.

 

Petit extrait d'une carte topographique au 1/25.000ème
Explication de l'échelle
Photo L.V.B.
Avec l'aimable autorisation de l'I.G.N.

Exemple : Entre le point A et le point B, sur la carte, le géologue amateur mesure une distance de 12 cm.  Donc en réalité la distance séparant le point A du point B est de 12 cm x 25.000 = 300.000 cm ou 3.000 m.  Ceci est une distance en ligne droite, à vol d'oiseau. 

Si l'on veut connaître la longueur d'une route sinueuse, on peut utiliser le curvimètre, un outil précis et coûteux, qu'on veillera à ne pas utiliser sur le terrain.  Le plus simple est de faire suivre la route à morceau de ficelle depuis le point A jusqu'au point B.  Ensuite tendre la ficelle et mesurer la section utilisée.  On peut alors appliquer la règle de l'échelle et le tour est joué. 

Les cartes classiques analogiques (dessinées) au 1/25.000ème vont progressivement être remplacées par les cartes numériques (réalisées par ordinateur) au 1/10.000ème et au 1/20.000ème.

Chaque feuille porte un nom, un numéro qui lui vient de la place qu'elle occupe dans l'assemblage des cartes de Belgique.  Les premiers numéros étant ceux des cartes du Nord et les derniers étant ceux de la Lorraine belge.

De nombreuses indications se trouvent sur le dessus de la carte :

Dans le coin Nord-Ouest, nous trouverons la longitude, la latitude et le pays concerné.

La longitude est une valeur angulaire, mesurée en degrés (°), minutes (') et secondes (").  Cette valeur exprime le positionnement de l'objet considéré à l'Est ou à l'Ouest d'un méridien de référence.  Dans notre cas, le méridien de référence est le méridien de Greenwich.  Tous les points de même longitude se trouvent donc sur une ligne imaginaire épousant la courbure terrestre (nous considérons la terre comme une sphère), coupant à angle droit l'équateur et passant par le Pôle Nord et le Pôle Sud.  Tous les points de même longitude sont donc situés sur un même méridien.

Le méridien de Greenwich étant donc une ligne imaginaire faisant le tour d'une sphère, on peut le considérer comme un cercle ayant une valeur de 360°.  Où que l'on soit sur terre, on peut donc se situer sur un méridien allant de 0° à 180° de longitude Est et de 0° à 180° de longitude Ouest par rapport au méridien de Greenwich.

Sur l'exemple présenté ici, le coin Nord-Ouest de la carte est situé à 5°12'43" à l'Est du méridien de Greenwich symbolisé par 5°12'43" E.

Petit extrait d'une carte topographique au 1/25.000ème
Coin Nord-Ouest de la carte avec les indications de longitude et de latitude ainsi que le pays concerné par la carte.
Photo L.V.B.
Avec l'aimable autorisation de l'I.G.N.

La latitude est aussi une valeur angulaire mesurée en degrés (°), minutes (') et secondes ("). Cette valeur exprime le positionnement de l'objet considéré au Nord ou au Sud de l'Équateur. Tous les points d'une même latitude sont positionnés sur une ligne imaginaire parallèle à l'Équateur. Où que l'on soit sur terre, on peut donc se situer sur une ligne parallèle à l'équateur allant de 0° (à l'Équateur) à 90° de Latitude Nord (au Pôle Nord) et de 0° (à l'Équateur) à 90° de Latitude Sud (au Pôle Sud).

Sur l'exemple présenté ici, le coin Nord-ouest de la carte est situé à 50°16'57" au Nord de l'Équateur, symbolisé par 50°16'57" N.

Ces deux mesures forment deux perpendiculaires qui se croisent en un point.  L'objet considéré se trouve donc juste à ce croisement.

Le globe terrestre, les méridiens et les parallèles
Dessin L.V.B.

Dans le coin Nord-Est, nous trouverons le numéro de l'édition, la date, le numéro de la carte et sa place dans l'assemblage des cartes du Royaume.

Petit extrait d'une carte topographique au 1/25.000ème

Côté Nord-Est de la carte avec les indications d'édition, date, numéro et assemblage des feuilles.

Détaillons un peu cet "assemblage" des feuilles couvrant tout le Royaume.  Comme je le précisais ci-dessus, les premiers numéros de cartes sont au Nord du pays et les derniers au Sud.

Sur cet extrait de carte nous avons le numéro 54/7-8.  Voyons l'assemblage tout autour...

48/5-6

48/7-8

49/5-6

49/7-8

54/1-2

54/3/4

55/1-2

55/3-4

54/5-6

54/7-8

55/5-6

55/7-8

59/1-2

59/3-4

60/1-2

60/3-4

Enfin, sur chaque carte se trouve une légende, des symboles, couleurs, abréviations et signes conventionnels employés.  Connaître ces symboles et ces abréviations conventionnels est le seul moyen d'utiliser pleinement la carte.  On court sans cela, le risque de ne jamais pouvoir se situer et de se perdre à l'occasion, en confondant un sentier et un cours d'eau intermittent ou une église avec une chapelle ou un moulin à vent...

 

Légende d'une carte topographique
Photo L.V.B.
Avec l'aimable autorisation de l'I.G.N.

Les courbes de niveau : Sur toutes les cartes d'Etat Major, on trouve des traits fins bruns, ondulants et concentriques sur lesquels sont indiqués des nombres : ce sont les courbes de niveau indiquant l'altitude à laquelle on se trouve par rapport au niveau de la mer.  L'espace séparant deux courbes de niveau équivaut à une différence de 5 mètres.  Cela veut dire que plus les traits sont rapprochés, plus les pentes sont fortes et plus ils sont espacés, plus les pentes sont faibles.  C'est aussi une manière de pouvoir efficacement se repérer.

Un esprit curieux, comme c'est le cas de tout naturaliste, tire beaucoup plus encore de la carte topographique, parce qu'il voit que les formes du terrain se trouvent exprimées graphiquement grâce, justement, aux courbes de niveau.  Or, les formes du terrain résultent principalement de la sculpture du sol par l'érosion aboutissant à la création d'un réseau hydrographique en creux, dont les divers éléments sont encadrés par des reliefs. 

Ces reliefs n'ont pas tous la même forme et la variété de ces formes dépend en grande partie de la nature des roches, de leur situation horizontale ou non, des cassures de l'écorce terrestre.

Toute carte est un schéma qui ne peut prétendre à donner la figure réduite exacte du relief.  A partir de ces observations et des photos aériennes, le topographe doit interpréter et exprimer les reliefs selon un certain nombre de formes élémentaires compréhensibles, parlant à l'œil.  Il est clair que les cartes actuelles basées sur les photos aériennes et numérisées par ordinateur seront d'une bien plus grande précision que celles qui étaient dessinées.

Quoi qu'il en soit, on peut retrouver sur une bonne carte, le tracé d'un pic, d'un escarpement, d'un canyon, d'un dôme, d'un cirque.  on apprend vite le rôle important des roches dures comme le calcaire, sous forme de plateaux terminés par des escarpements, coupés de gorges plus ou moins profondes et des roches plus tendres comme les schistes, les marnes ou les sables, qui donnent des pentes plus douces.  L'étude rationnelle du relief et de sa représentation cartographique n'est possible que si elle est appuyée de bonnes connaissances géologiques, portant surtout sur la lithologie, la tectonique et l'érosion.  En cas de réussite, le géologue, de son côté, peut lire beaucoup de renseignements d'ordre géologiques sur la carte topographique qui lui servira à diriger ses recherches.

Retour haut de page

5.2.2. Les cartes géologiques

La carte géologique est une carte topographique sur laquelle les affleurements des divers étages géologiques sont teintés de couleurs différentes, conventionnelles.

Donc la carte géologique répond aux mêmes lois que la carte topographique. Les mêmes signes, abréviations et dessins conventionnels sont d'application.  A ceux-là, il faut ajouter quelques signes très importants, spécifiques à la géologie:

  ƒ : indique un gîte fossilifère

Car : indique une carrière

: indique une mine en activité

: indique une mine abandonnée

La carte géologique est établie par les soins de l'Institut Géologique National, rue Jenner à Bruxelles, division de l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique.  Chaque carte est accompagnée d'une légende explicative des symboles et des couleurs.  Le même service publie des Bulletins, des mémoires paraissant dans des fascicules et des études spécifiques.

Les diverses teintes des cartes géologiques représentent des étages différents.  Chaque surface teintée est en outre accompagnée de lettres et de chiffres précisant l'étage (Coa, Cob, Gva, Gvb, Fr2a, Fr2b, ...)

Chacun de ces étages a été défini en un lieu donné d'après une faune caractéristique et représente un moment de la vie sur terre. 

Un premier principe, facile à comprendre, détermine le nom des couches rencontrées.  L'endroit où se trouve l'affleurement de roche initial qui a permis la détermination chimique et la datation précise de la dite roche donnera son nom à la couche, additionné du suffixe "ien".  Ainsi si un affleurement de roche situé sur la commune de Givet (Ardennes françaises 08) a pu donner l'occasion aux scientifiques de déterminer une nouvelle couche, elle s'appellera "Givet"+"ien" = "Givetien" et l'affleurement de référence s'appellera le stratotype. On donnera au stratotype une abréviation (Gv).  Ce stratotype sera alors divisé en plus petites subdivisions déterminées par des caractères chimiques, physiques ou paléontologiques et chacune de ces subdivisions recevra une lettre ou un nombre en indice de l'abréviation générale de manière à pouvoir la situer par rapport aux autres couches du même stratotype (Gva, Gvb...)

Le total constitue une liste de couches assez longue allant du plus récent au plus ancien, en indiquant l'origine, le signe conventionnel et la teinte généralement adoptée sur les cartes. 

Attention, les couleurs employées dans l'échelle géologique ci-dessous ne sont pas celles employées sur les cartes...

 

Millions
d'années

Ere      

Période

Epoque

Principaux évènements

Plissements

0,0012

Quaternaire supérieur

Néolithique

Début de l'âge du fer

 

0,0015

Installation de civilisation proto-celtes en Gaule

 

0,0016

Début de l'âge du bronze

 

0,0018

Installation les Ligures en Europe Occidentale

 

0,0025

Début de l'âge du cuivre

 

0,0075

Sédentarisation

Apparition de l'élevage, de l'agriculture, de la poterie, du tissage et des premiers mégalithes

 

0,015

Mésolithique

 

 

Paléolithique

0,020

Fin de la glaciation de Würm

 

0,025

Disparition de l'homme de Neandertal

 

0,035

Début de la civilisation Moustérienne du Châtel

 

0,04

Arrivée de l'Homo Sapiens en Europe

 

0,05

Apparition des premières peintures rupestres

 

0,07

Début de la civilisation Moustérienne

 

0,08

Début de la glaciation de Würm

Premières sépultures

 

0,13

Fin de la glaciation de Riss

 

0,30

Début de la glaciation de Riss

 

0,20

Apparition des premiers Homo Sapiens

 

0,40

Début de la glaciation de Mindel, domestication du feu

 

0,65

Début de la période inter-glaciaire Günz-Mindel

 

0,80

Quaternaire inférieur

Pléistocène Supérieur

Apparition des premiers Hommes de Neandertal en Espagne (Atapuerca)

 

0,95

Début du prépaléolithique

Début de la glaciation de Günz

 

1,2

Apparition de l'Homo Erectus dans le Sud de la France

Disparition de l'Australopithecus Robustus

 

1,3

Disparition de l'Homo Habilis

 

1,6

Pléistocène Inférieur

Apparition de l'Homo Erectus

 

1,8

Première présence d'outils (galets) en France en Haute-Loire

Apparition des premiers outils symétriques (bifaces) près du lac Turkana

 

2

Première présence de l'Australopithecus Robustus

 

2,5

CENOZOIQUE

(Tertiaire)

Néogène

Pliocène

Plaisancien

Apparition de l'Homo Habilis et des premiers outils

Alpin

tardif

 Alpes

 

3

 

Première présence de l'Australopithecus Africanus

3,18

Présence de l'Australopithecus Afarensis (Lucy) près de Hadar

3,5

Empreintes de préhumains près de Laetoli

3,7

Première présence de l'Australopithecus Afarensis près de Laetoli

4

Zancléen

Apparition de l'Australopithecus Anamensis

4,4

Présence de l'Australipothecus Ramidus dans la vallée de Lawash 

5,5

Miocène

Messinien

Présence d'Australopithèques près du Lac Turkana

 

6

 

Premiers Australopithèques près de Lothagam Millenium Ancestor, ancêtre probable de l'homme moderne

8

Tortonien

Séparation de la lignée des Primates et de Hominidés, début de l'East Side Story

15

Serravalien

Apparition du Kenyapithèque

20

Langhien

Apparition du Proconsul

22

Burdigalien

Séparation de l'Australie de l'Antarctique

Alpin

moyen

 (Pyrénées

et

Caucase)

23

Aquitanien

 

29

Paléogène

Oligocène

Chattien

 

35

Stampien

Apparition des Rhinocéridés

42

Eocène

Bartonien

 

49

Lutétien

 

56

Yprésien

Apparition des premiers Primates

Explosion des Mammifères

60

Paléocène

Thanétien

 

65

Dano-Montien

Epanouissement des Mammifères

Apparition des Insectivores

Explosion des plantes à fleurs

70

MESOZOIQUE

(Secondaire)

Crétacé

Supérieur

 Maestrichtien

Chute d'une météorite géante

Fin des
Dinosauriens
et
des Ammonites, apparition des Primates

Formation de l'Atlantique Nord

Apparition des premières plantes à fleurs

 

72

Campanien

83

Santonien

85

Coniacien

88

Turonien

95

 

 

Cénomanien

 

107

Inférieur

Albien

Formation
de l'Atlantique Sud
 

Apparition des oiseaux et marsupiaux

 

110

Aptien

112

Barrémien

114

Hauterivien

119

Valanginien

125

Berriasien

130

Jurassique

Malm

Portlandien

Explosion des ammonites

Autriche

 

 

 

Alpin

 Précoce

 

 

140

Kimméridgien

145

Oxfordien

150

Dogger

Callovien

Bathonien

Bajocien

Aalénien

181 

Lias

Toarcien

Apparition de la famille des palmiers

Apparition des dinosaures aériens et marins

188

Pliensbachien

195

Sinémurien

 204

Hettangien

220

Trias

 

Rhétien

 

Fin de la Pangée

Premiers Mammifères

 

 

Keuper

Muschelkalk

245 

Buntsandstein

250

PALEOZOIQUE

(Primaire)

Permien

Thurringien

Premiers Dinosaures

Asturies
 

 



Hercynien

 

 


Bretagne
 

 

 


Acadie

270

Saxonien

Glaciation 5ème extinction massive des végétaux et des animaux

290

Autunien

Conifères

300

Carbonifère

Stephanien

Reptiles

310

Westphalien

Fougères arborescentes

320

Namurien

Insectes

340

Viséen

Amphibiens

360

Tournaisien

Fougères

Poissons
osseux

367

Dévonien

Famennien

Plantes
terrestres

375

Frasnien

Glaciation

4ème extinction

Premières ammonites

378

Givétien

Stringocephalus burtuni

382

Eifelien

Calceola sandalina

385

Emsien

Geesops sparsinodosus gallicus

387

Siegenien

Paraspirifer cultrijugatus

Ardennes

 


Ecosse
 


Calédonien
 


Baïkal

Appalaches

 

390

Gedinnien

Chlorodictum problematicyum

400

Silurien

Pridolien

Schistes Bigarrés d'Oignies et de Saint Hubert

405

Ludlovien

408

Wenlockien

Poissons
cuirassés

412

Llandovérien

Paradoxides

418

Ordovicien

 

Ashgillien

Apparition des premiers poissons et des mollusques céphalopodes

425

Caradocien

438

Llandeilien

450

Llanvirnien

470

Arénigien

480

Trémadocien

495

Cambrien

Potsdamien

Apparition des éponges, des mollusques, des trilobites, des échinodermes

520

Acadien

540

Géorgien

565

PROTEROZOIQUE

Protérozoïque supérieur

3ème extinction massive

580

Apparition des premiers vers

620

Nouvelle Glaciation

760

Protérozoïque moyen

Glaciation

2.000

Début du règne des Acritarches (algues vertes)

2.100

Apparition des premiers métazoaires (êtres pluricellulaires)

2.200

Protérozoïque inférieur

Glaciation huronienne

2ème extinction

2.330

Apparition des bactéries coccoïdes (ancêtres du phytoplancton)

2.500

Développement des stromatolites

2.680

ARCHEEN

Apparition des Eucaryotes (cellules présentant un noyau)

3.200

Apparition des algues bleues et de la photosynthèse

3.250

Impact d'une météorite géante

(Fig Tree)

  1ère extinction

3.400

Apparition des premières formes de vie (bactéries)

3.800

4.500

Etoiles et planètes

Naissance du système solaire

15.000

Big-Bang

Naissance de l'univers

On peut ainsi trouver des renseignements sur les sols, les matières d'amendement, les eaux douces, salées, minérales, les exploitations forestières et agricoles, les puits, les combustibles solides, et liquides, les matières premières et les usines de poterie, de verrerie, de chimie, les carrières, les mines en activités, les mines abandonnées, les gisements de minerais métalliques et non métalliques, les ateliers et hauts fourneaux, les matériaux de construction, d'étude ou d'ornement, les affleurements rocheux et enfin, les gisements fossilifères.

C'est dire la grande quantité de renseignements que l'on peut trouver sur une carte géologique.  Et ce n'est pas tout. 

En effet, toutes les couches sédimentaires ne sont pas restées horizontales, beaucoup ont été ondulées, voire plissées.  Les parties des plis surélevées en forme de dos d'âne ou de Λ, portent le nom d'anticlinaux, tandis que les parties surbaissées en forme d'auge ou de V portent le nom de synclinaux

Au cours des temps géologiques, ces couches se sont souvent brisées, des fractures se sont produites, des effondrements et des soulèvements de blocs de l'écorce terrestres ont provoqué des décalages.  Ces fractures avec décalage sont appelées "failles" et sont indiquées sur la carte par un trait fort.

Munis de tous les renseignements fournis par la carte géologique, qu'il faut savoir utiliser au maximum, on peut établir des coupes permettant de se rendre compte de l'état actuel de la structure, de l'architecture d'une région donnée.

Ces coupes sont de première importance pour la recherche des matières minérales utiles ou à collectionner mais n'affleurant que rarement ou jamais.

Mais avant de parler de coupe et surtout d'en réaliser une, nous devons envisager quelques principes de base. 

Retour haut de page

5.2.3.  Quelques définitions situant notre champs d'investigation

Géologie : science qui étudie, dans tous ses aspects et applications, la partie accessible de la lithosphère.
Objets géologiques : objets d'origine géologique, tels que roches, minéraux et fossiles; cette catégorie comprend également des objets ayant subi une modification par un processus naturel.
Géologue professionnel : personne dont la profession est la géologie et qui possède les diplômes et/ou l'expérience requise pour l'exercer.
Géologue amateur : personne qui pratique la géologie par loisir, par plaisir et surtout par passion, sans en faire sa profession, ni en retirer un quelconque avantage financier.
Commerçant : personne qui fait de façon légitime et plus qu'occasionnellement, commerce d'objets géologiques.
Collectionneur : personne qui rassemble des objets géologiques d'origines diverses.
La Terre : Chaque homme est reconnu unique.  La Terre est aussi une planète unique.
Notre lien avec la Terre : La Terre nous porte.  Nous sommes liés à la Terre et la Terre est lien entre chacun de nous.
La vie sur Terre : La Terre, vieille de 4 milliards et demi d'années est le berceau de la vie, du renouvellement et des métamorphoses du vivant.  Sa longue évolution, sa lente maturation ont façonné l'environnement dans lequel nous vivons.
La Terre et nous : Notre histoire et l'histoire de la Terre sont intimement liées.  Ses origines sont nos origines, son histoire est notre histoire et son futur sera notre futur.
Notre environnement : Le visage de la Terre, sa forme sont l'environnement de l'homme.  Cet environnement est différent de celui d'hier et différent de celui de demain.  L'homme est l'un des moments de la Terre, il n'est pas finalité, il est passage.
La mémoire de la Terre : Comme un vieil arbre garde la mémoire de sa croissance et de sa vie dans son tronc, la Terre conserve la mémoire du passé.  C'est une mémoire inscrite dans les profondeurs et sur la surface, dans les roches, les fossiles et les paysages, une mémoire qui peut être lue et traduite.
La protection du patrimoine : Aujourd'hui, les hommes savent protéger leur mémoire, leur patrimoine culturel.  Nous commençons à protéger notre environnement immédiat, notre patrimoine naturel.  Le passé de la Terre n'est pas moins important que le passé de l'homme.  Il est temps que l'homme apprenne à protéger et, en protégeant, apprenne à connaître le passé de la Terre, cette mémoire d'avant la mémoire de l'homme qui est un nouveau patrimoine : le patrimoine géologique.
L'impact de l'homme sur le patrimoine géologique : Le patrimoine géologique est le bien commun de l'homme et de la Terre.  Chaque homme, chaque gouvernement n'est que le dépositaire de ce patrimoine.  Chacun doit comprendre que la moindre déprédation est une mutilation, une destruction, une perte irrémédiable.  Cependant, il est économiquement impensable et totalement irréaliste de vouloir faire cesser toute activité humaine sous prétexte de la préservation du Patrimoine géologique.  L'homme utilise la Terre et l'exploite selon ses besoins : mines, carrières, creusements de tunnels, tracements de routes, fondations et constructions de bâtiments, creusements de canaux... Les activités de l'homme marquent la Terre de leurs traces indélébiles.  Les géologues, qu'ils soient professionnels ou amateurs ont le devoir, lors de ces travaux, de récupérer un maximum de matériel géologique (minéraux et fossiles) afin de les sauver, de les protéger et de les préserver.  Il faut, en effet, essayer d'éviter au maximum que du matériel géologique de valeur ne passe au concasseur (dans les carrières) ou ne soit inutilement exposé aux agents atmosphériques (tracés de routes, creusements de canaux...) qui les détruiraient irrémédiablement.
Les réserves géologiques : Le point précédent me fait dire que certaines "réserves géologiques" n'ont aucun sens, si les couches géologiques intéressantes sont mises à nu.  (C'est le cas de Vireux et Foisches (Ardennes), Luc sur Mer et Lion sur Mer (Normandie), Cap de la Chèvre (Finistère), Digne les Bains (Alpes de Haute Provence), et bien d'autres...) En effet, les infiltrations et écoulements d'eau, les gelées de l'hiver et les fortes chaleurs de l'été auront à court ou moyen terme, fait éclater les roches proches de la surface et donc auront détruit les minéraux et fossiles qui y sont contenus. Sans aucune protection valable, (récupération et mise en collection privée ou publique), ce matériel géologique sera par la faute de l'immobilisme des pouvoirs publics, perdu pour tout le monde. 
 
Retour haut de page

5.2.4. Le tableau des roches

Considérons le schéma suivant et expliquons-le

 

Le tableau des roches
Tableau L.V.B.

 

Que pouvons-nous apprendre avec ce tableau ?

Lisons-le et détaillons-le...

Toutes les roches (sauf les calcaires qui une origine chimique (précipitation) ou organique (provenant d'êtres vivants) ont une origine magmatique.

Les roches magmatiques peuvent être endogènes, c'est à dire qu'elles sont restées contenues dans l'écorce terrestre (c'est la grande famille des granites).  Elles peuvent être aussi exogènes, c'est à dire qu'elles se répandent à la surface de la terre lors des éruptions volcaniques (c’est la grande famille des laves).

Qu'elles soient endogènes ou exogènes, elles ont la même composition chimique.  Elles sont composées de quartz, d'orthose et de feldspath. Lorsqu'elles sont en contact avec la surface de la terre, le vent, l'eau, la chaleur, le gel... en un mot, les agents atmosphériques, ceux-ci vont les attaquer et les détruire petit à petit.  C'est le phénomène de l'érosion.

Les grains rocheux ainsi arrachés à la roche-mère vont être transportés par les cours d'eau jusqu'à la mer où ils vont se déposer au fond de la mer en couches horizontales. 

 

Près du littoral, dans les courants forts, seul les galets se déposent. Plus loin, le courant faibli, c'est le sable qui se dépose. Plus loin encore, l'argile se dépose dans les eaux calmes.

A chaque changement du niveau de la mer, se forme une nouvelle strate.

C'est ainsi que se forment les roches sédimentaires.  Les quartz vont se transformer en petits grains de sable tandis que les orthoses et les feldspaths vont devenir des argiles.  Pendant ce temps, dans le fond de la mer, les coraux bâtissent des édifices qui finiront par s'écrouler, les coquilles de tous les coquillages morts vont être réduits en poussière et la chaleur va faire précipiter le calcaire contenu dans l'eau formant ainsi la troisième roche sédimentaire : la boue calcaire.

Pour reconnaître ces différentes roches, rien de plus simple : Les roches siliceuses (de la famille du sable) ne réagissent pas à l'acide mais raient le verre.  Les roches argileuses ne réagissent pas à l'acide et ne raient pas le verre.  Les roches calcaires ne raient pas le verre mais réagissent à l'acide.

A la lecture de ce qui précède, on pourrait croire que 3 grands types de roches sédimentaires existent, bien différentes les unes des autres et n'ayant aucune interaction les unes avec les autres.

Mais rien n'est vraiment aussi simple car les cours d'eau ne transportent pas uniquement des argiles, ni des sables, ni des grains de calcaire... mais un savant mélange de tout cela avec des proportions variables.

 

Les roches meubles et leurs mélanges
Tableau L.V.B.
Les roches cohérentes et leurs mélanges
Tableau L.V.B.
Les roches métamorphiques et leurs mélanges
Tableau L.V.B.
En fait et pour faire court, rien n’est noir, rien n’est blanc, mais tout est un dégradé de gris allant du gris clair au gris foncé.  Comme quoi, la Nature n'aime pas la simplicité...
 
Retour haut de page

5.2.5. La stratigraphie

La stratigraphie est la science qui étudie la succession des dépôts sédimentaires, généralement arrangés en couches (strates).   L'étude de la succession des couches ou des formations rocheuses d'une région permet de reconstruire les événements géologiques. Par exemple, la nature des roches sédimentaires nous informe sur le milieu de sédimentation et comment cet environnement a évolué dans le temps.

5.2.5.1. Les principes de la stratigraphie

En outre, la stratigraphie permet d'établir une chronologie stratigraphique relative, notamment par l'utilisation raisonnée de 5 principes auxquels il ne faut pas donner la valeur d'axiome :

L'observation des couches sédimentaires formant le Grand Canyon aux U.S.A. nous montre un très bel exemple pouvant illustrer les principes ci-dessus : continuité, superposition, horizontalité, recoupement et inclusion.

Ainsi, aboutit-on à des divisions lithostratigraphiques fondées sur la nature des terrains, la chronologie des dépôts et accessoirement sur les fossiles qu’elles renferment (accessoirement car le même fossile peut se retrouver parfois dans plusieurs couches différentes).

[(lithos = roche + strate = couche + graphos = écrire, dessiner)=(le dessin des couches de roches)] 

Un mot important vient d'être prononcé : la couche...

5.2.5.2. Les couches

 

Ainsi, la plus petite division est la couche

Une couche est un ensemble sédimentaire compris entre deux surfaces approximativement parallèles qui correspondent à des discontinuités ou a de brusques variations pétrographiques permettant de délimiter nettement cet ensemble des terrains voisins.  On parle aussi parfois de banc surtout lorsqu’il s’agit d’une roche dure, d’un lit si elle est de faible épaisseur et de niveau, assise ou horizon si on peut la caractériser sur une certaine distance par sa nature pétrographique ou par son contenu paléontologique.

Plusieurs couches forment un membre

Plusieurs membres constituent une formation.

Une formation est un ensemble de couches et de membres possédant des caractères communs et constituant un ensemble qu’il convient de distinguer.  Il s’agit souvent d’un caractère géologique (Formation schisteuse… si elle est entourée de formations calcaires, par exemple).  A cette formation, on associe bien souvent le nom d’un lieu (Formation des Valisettes à Senzeilles).

Plusieurs formations un groupe

Un ensemble de couches rassemblées en membres, formations et groupes auxquelles on fait correspondre un intervalle de temps est un étage défini par rapport à un affleurement type qui sert en quelque sorte d’étalon et que l’on nomme stratotype.   Le nom de l’étage est souvent associé à un lieu géographique actuel ou antique auquel on ajoute le suffixe « ien ».  (Ex.  le Lutétien). 

Plusieurs étages constituent une série ou une époque

Plusieurs séries forment un système ou une période.

Enfin, plusieurs systèmes constituent une ère ou un érathème

Ere

Système

Série

Etage

Groupe

Formation

Membre

Couche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Primaire

 

 Dévonien

 

Inférieur

 

Eifelien

 

Couvinien

 

Des Schistes de Couvin

 

De Saint Joseph

Coaa

Grauwackes, schistes grèseux gris-verts avec calcaire coquiller généralement clair parfois gréseux

Fossiles marqueurs : Stopheodonta Piligera 

Avec tout ceci, que pouvons-nous faire ?

Essayons d'interpréter une carte géologique et essayons de réaliser une coupe géologique.
Commençons par quelque chose de simple...
 

5.2.6. Interprétation d'une carte géologique

Voici une carte géologique fictive... simple (trop simple pour être réelle)... mais ne faut-il pas commencer par quelque chose de simple...

5.2.6.1. Anticlinaux et synclinaux

Pour faciliter la compréhension, nous allons supposer qu'il n'y a aucune faille transformante et que le relief actuel de l'endroit est plat... ce qui est rare... mais encore une fois, il faut faire simple et nous compliquerons plus tard pour arriver à des situations réelles.

Voici donc la carte géologique accompagnée de sa légende...

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

 

…et nous décidons de réaliser une coupe selon la ligne ci-dessous…

 

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

Voici notre carte fictive coupée et retournée afin de visualiser le sous-sol.

Comme nous l'avons signalé au départ, le relief est plat, bien érodé.  A nous d'imaginer les couches avant érosion.

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

En regardant la légende et l'échelle stratigraphique, nous nous rendons compte qu'une couche emsienne (jaune) est entourée de deux couches eifeliennes (vertes) plus jeunes, elles-mêmes entourées de deux couches givetiennes (violettes) encore plus jeunes, elles-mêmes entourées de deux couches frasniennes (bleues) toujours plus jeunes, elles-mêmes entourées de deux couches famenniennes (rouges) toujours plus jeunes.

En fonction de 3 des 5 principes de stratigraphies qui nous disent que :

nous ne pouvons imaginer les couches disparues que comme ceci :

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

..... un anticlinal formé de couches plissées plus ou moins arrondies avec la couche la plus ancienne au cœur de la formation et les couches les plus jeunes à l'extérieur.

 

Reprenons la même carte géologique fictive, toujours sous relief plat, mais modifions la légende et observons les changements...

 

 

 Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

 

 

 ... et nous décidons de réaliser la même coupe ci-dessous...

 

 

 Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

Voici notre carte fictive coupée et retournée afin de visualiser le sous-sol.

Comme nous l'avons signalé au départ, le relief est plat, bien érodé.  A nous d'imaginer les couches avant érosion.

 

En regardant la légende et l'échelle stratigraphique, nous nous rendons compte qu'une couche famennienne (jaune) est entourée de deux couches frasniennes (vertes) plus vieilles, elles-mêmes entourées de deux couches givetiennes (violettes) encore plus vieilles, elles-mêmes entourées de deux couches eifeliennes (bleues) toujours plus vieilles, elles-mêmes entourées de deux couches emsiennes (rouges) toujours plus vieilles.

En fonction de 3 des 5 principes de stratigraphies qui nous disent que :

nous ne pouvons imaginer les couches que comme ceci :

 

 Interprétation des couches

Dessin L.V.B

..... un synclinal formé de couches plissées plus ou moins arrondies avec la couche la plus jeune au cœur de la formation et les couches les plus vieilles à l'extérieur.

Jusqu'ici, nous avons considéré des plissements simples. Nous verrons plus loin que ce n'est pas toujours si simple... mais pas beaucoup plus compliqué non plus.  Disons, pour être simple qu'il existe plusieurs "espèces" de synclinaux et plusieurs espèces d'anticlinaux.  Mais tous répondent aux mêmes lois.  Donc, en un mot : Pas de panique !!!

 Retour haut de page

5.2.6.2.  Les accidents de terrain

Un nouvel aspect des choses est maintenant à envisager.  Les roches sédimentaires se déposent sous formes meubles (non cohérentes) au fond de la mer, en couches successives horizontales, avec les plus anciennes en dessous et les plus jeunes au dessus.  Au fil du temps (des millions d'années), ces roches vont devenir cohérentes et dures.  Quand vont apparaître les mouvements tectoniques, les roches vont se plisser en forme de synclinaux ou d'anticlinaux.

Cela correspond à ce que nous venons de voir au point précédent.

Cependant, dans un but de meilleure compréhension et de simplification, j'ai volontairement passé sous silence un aspect de la problématique qu'il est temps d'aborder.

Les roches cohérentes, quand elles se plissent ne sont pas élastiques.  Donc, lors du plissement, des zones de fractures apparaissent avec des déplacements de blocs rocheux.  Ce sont des failles.  Pour notre facilité, elles aussi sont indiquées sur les cartes géologiques.  Prenons donc une carte géologique fictive et étudions-là.

 

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

 

 

 

et réalisons une coupe de terrain selon la ligne noire présentée ici...

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

En regardant la légende et l'échelle stratigraphique, nous constatons dans le premier cas que nous étudions : une couche emsienne (jaune) est entourée de deux couches eifeliennes (vertes) plus jeunes, elles-mêmes entourées de deux couches givetiennes (violettes) encore plus jeunes, elles-mêmes entourées de deux couches frasniennes (bleues) toujours plus jeunes, elles-mêmes entourées de deux couches famenniennes (rouges) toujours plus jeunes.

En fonction de 3 des 5 principes de stratigraphies qui nous disent que :

nous ne pouvons imaginer les couches disparues que comme ceci :

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

..... un anticlinal formé de couches plissées plus ou moins arrondies avec la couche la plus ancienne au cœur de la formation et les couches les plus jeunes à l'extérieur mais qui a été cisaillé par une faille et qui a glissé le long de cette cassure.

Nous pouvons sans peine remarquer que la faille (en brun) a cisaillé les roches et que celles-ci se sont déplacées en glissant selon le plan de faille.

Reprenons la même carte géologique fictive, toujours sous relief plat, et toujours avec la même faille, mais modifions la légende et observons les changements...

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

Et nous modifions la légende...

 

 

.. et décidons de réaliser une coupe similaire à ce que nous avons déjà fait selon...

 

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

Comme nous l'avons signalé au départ, le relief est plat, bien érodé.  A nous d'imaginer les couches avant érosion.

En regardant la légende et l'échelle stratigraphique, nous nous rendons compte que nous sommes dans de deuxième cas étudié : une couche famennienne (jaune) est entourée de deux couches frasniennes (vertes) plus vieilles, elles-mêmes entourées de deux couches givetiennes (violettes) encore plus vieilles, elles-mêmes entourées de deux couches eifeliennes (bleues) toujours plus vieilles, elles-mêmes entourées de deux couches emsiennes (rouges) toujours plus vieilles.

En fonction de 3 des 5 principes de stratigraphies qui nous disent que :

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

..... un synclinal formé de couches plissées plus ou moins arrondies avec la couche la plus jeune au cœur de la formation et les couches les plus vieilles à l'extérieur mais qui a été cisaillé par une faille et dont une partie a glissé le long du plan de faille.

Jusqu'ici, nous avons considéré une faille simple Nous verrons plus loin que ce n'est pas toujours si simple... mais pas beaucoup plus compliqué non plus.  Disons, pour être simple qu'il existe plusieurs "espèces" de failles.  Des failles, il y en a autant que des synclinaux et des anticlinaux.  Mais ici aussi, toutes répondent aux mêmes lois. Donc, en un mot, ici aussi : Pas de panique !!!

Voici un condensé de ce qu'on peut observer sur le terrain...

 

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

Retour haut de page

5.2.6.3. Le relief

On peut maintenant intégrer le relief à nos coupes de terrains.  Cela peut se faire de deux manières différentes : sur le terrain ou d'après les cartes IGN.

Etant donné que nous ne sommes pas encore sortis sur le terrain, restons dans le domaine du théorique et travaillons sur base de cartes.  Nos hypothèses pourront toujours être vérifiées ensuite lors de notre excursion.

Reprenons la carte principale fictive que nous avons utilisée jusqu'à présent et pour y intégrer la notion de relief, décidons de la faire traverser par un cours d'eau, qui dessine une vallée.  La carte IGN nous indique des courbes de niveau qui sont équidistantes de 5 mètres...

 

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

… et décidons comme précédemment de réaliser la même coupe de terrain tout en reprenant la première légende de carte.

 

Dans ce cas, le plus simple est de dessiner d'abord le paysage en relief sur base des courbes de niveau et ensuite d'y intégrer les notions géologiques... Cela nous donne évidemment un anticlinal évidé par le cours d’eau, cisaillé par la vallée...

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

 

En gardant la même carte et en modifiant la légende géologique, comme nous l'avons déjà fait...

... nous allons retrouver le synclinal que nous avons déjà observé, un peu modifié par le fait de l'adjonction des éléments du relief...

 

Interprétation des couches

Dessin L.V.B.

Voilà, nous avons fait à peu près le tour de la question... tout en sachant bien que ce qui a été présenté ici est purement théorique.  Sur le terrain, il en est tout autre.  Cependant, avec de l'observation et de la patience cette mise en bouche devrait permettre à tout un chacun de s'y retrouver et de pouvoir dresser une coupe géologique d'un endroit précis.

Retour haut de page

5.2.6.4.  Un conseil

Avant de se lancer dans l'observation et la retranscription des couches rencontrées, rappelons nous le tableau au point 5.2.4.  Il nous présente les différentes roches et les manières de les reconnaître.  Au cours de nos promenades, nous allons être amenés à les rencontrer à divers moments.  Il est donc intéressant de se composer un système de symboles colorés à reproduire sur le carnet de notes afin de pouvoir s'y retrouver.

Je vous livre mon système.  Il m'est propre et il ne tient qu'à vous de l'améliorer ou de le modifier.

Symbolique des roches

Dessin L.V.B.

5.2.6.5.  Un dernier conseil

Utilisez votre échelle stratigraphique à outrance.  En effet, chaque fois que vous allez observer un affleurement de roche, que vous allez le dater, le déterminer, en prélever des échantillons, y rechercher des minéraux et fossiles, notez ces renseignements dans votre carnet et ensuite, reportez-les dans votre échelle stratigraphique.

Au fur et à mesure de vos sorties sur le terrain, votre échelle va se nourrir d'informations toujours nouvelles qui, après un certain temps vont vous permettre de constituer une synthèse des observations pour une couche observée à différents endroits, pour une série dans un lieu dit...

5.2.6.6. Quelques coupes

En guise d'exemples, voici quelques coupes réalisées...

 

 

 

 

5.2.6.7. Transgressions et régressions

Un fait est certain : si aujourd'hui, nous trouvons dans des roches émergées, en plein centre de la Belgique, des fossiles marins, c'est qu'à une certaine époque, la mer s'y trouvait.

La mer se déplace.  Si elle avance et recouvre les terres, on parlera d'une transgression marine.  Par contre, si elle recule et laisse derrière elle des terres émergées, on parlera alors d'une régression marine.

Il est tout à fait possible d'observer ces mouvements en observant la succession des couches de roches. 

Revenons pour cela à notre tableau qui nous expliquait l'origine de la stratification et rappelons-nous ce que nous en disions : "Près du littoral, dans les courants forts, seul les galets se déposent. Plus loin, le courant faibli, c'est le sable qui se dépose. Plus loin encore, l'argile se dépose dans les eaux calmes."

 

 

Imaginons une première séquence : un bord de mer.  Qu'observons-nous ?

 

 

 

En partant de la plage et en allant vers le large : des galets, suivis de sables aux grains plus fins, suivis d'argiles aux grains encore plus fins. 

Imaginons que la mer se déplace vers la gauche, transgressant les terres.  La plage va se déplacer et la séquence va devenir...

 

La mer continue sa progression à travers les terres.  La plage se déplace encore vers la gauche et la séquence devient...

 

Observons les trois couches d'âges différents en un même endroit géographique...

 

... et pour autant que les couches n'aient pas été bouleversées par des mouvements tectoniques, une succession de bas en haut de couches d'une granulométrie plus fine indique une transgression marine.  Le contraire nous indique une régression marine.

Ainsi, nous pouvons constater que lorsque les formations rocheuses sont disposées régulièrement les unes sur les autres sans qu'il manque d'étage, il s'agit d'une structure concordante.

À certains endroits dans une série sédimentaire l'information fait défaut; soit que les roches ont disparu suite à l'érosion, soit que la sédimentation s'est interrompue. Ces manques, ces absences d'informations correspondent à des intervalles de temps dans la succession des événements géologiques. L'intervalle de temps peut être restreint et ne toucher qu'une localité, ou peut être de longue durée et s'étendre à toute une région.

Lorsqu'un étage est absent, en tout ou en partie, il s'agit d'une lacune. Une lacune suppose l'interruption provisoire de la sédimentation (lacune de sédimentation) ou une période d'érosion (lacune d'érosion) d'une durée inconnue.

La discordance elle, implique un arrêt de la sédimentation, un soulèvement suivi d'une période d'érosion puis un nouveau dépôt. Cette période d'érosion, souvent associée à des déformations, correspond à un soulèvement tectonique et au retrait de la mer (régression). Si la mer réenvahit la région (transgression) suite à de nouveaux mouvements, la surface des roches anciennes sera recouverte, c'est la surface de discordance. Il s'agit d'une surface de contact entre des formations d'âge différents.

La discordance angulaire est une surface d'érosion recoupant d'anciennes séquences déformées. Elle implique le plissement ou le basculement, le soulèvement, l'érosion et la sédimentation de nouvelles couches.

Tout ceci peut évidemment nous aider à comprendre les modifications écologiques ayant affecté une région au cours du temps... dont voici quelques exemples...

Les coupes suivantes représentent schématiquement les divers types de contacts que l'on peut rencontrer entre différentes formations rocheuses. Les contacts sont en rouge et l'âge relatif est symbolisé par des lettres. 

Armés de ces nouvelles connaissances, nous pouvons nous livrer à un exercice de style : analyser une coupe complexe.  C'est une coupe schématique et totalement théorique illustrant la plupart des types de contacts que l'on peut rencontrer entre des formations rocheuses. Les formations sont numérotées dans l'ordre chronologique de la plus ancienne à la plus récente. Les contacts sont représentés par des lettres ou des doubles-lettres en rouge.

 

Retour haut de page

6.   Le Géologue sur le terrain

6.1.  Les règles à respecter

6.1.1.  Avant de partir…

  1. Quel que soit l’endroit où nous allons prospecter (travaux de creusement de route, fondations de maison en construction, carrière en activité, carrière abandonnée, talus de route, haldes d’anciennes exploitations minières…) nous sommes toujours sur un terrain public ou privé. En un mot, on est toujours chez quelqu’un. La plus élémentaire des corrections est de demander l’autorisation de pénétrer sur le chantier, sur le terrain ou dans la carrière.

  2. Ce n’est que muni de cette autorisation et après avoir averti le propriétaire de la date et même des heures de notre présence sur le site que nous pourrons partir en chasse.

  3. Ces autorisations ne sont pas des permis pour enfreindre les lois. Même munis de toutes les autorisations requises, le géologue amateur devra respecter les prescriptions légales en vigueur au lieu et au moment de son activité de recherche.

6.1.2.  Sur le terrain…

  1. Dès son arrivée sur le terrain, le géologue amateur veillera à prévenir le propriétaire ou le chef de chantier de sa présence. 
  2. Le géologue amateur doit se souvenir qu'il n'est pas venu pour faire un cours de géologie aux carriers, mais qu'il vient chez eux dans l'intention de trouver des minéraux et des fossiles qu'il désire emporter.  Il faut donc s'assurer, même si on dispose d'une autorisation verbale ou écrite, de l"assentiment des personnes présentes qui pourraient très bien lui interdire l'entrée de la carrière.
  3. Beaucoup de carriers ont remarqué les fossiles et les minéraux et savent ce que c'est.  Certains les ramassent pour les céder aux amateurs de passage.  Pour le géologue amateur, c'est une manière de se constituer une collection qui n'est pas fatigante, mais il faut au moins s'assurer qu'il n'existe qu'un seul niveau minéralier ou fossilifère.  S'il y en a plusieurs, tout se complique, car les carriers ont bien pu tout mélanger.  Leur aide est alors essentielles pour démêler l'écheveau et retrouver les différentes couches porteuses.
  4. Ces réflexions peuvent paraître étranges mais les néophytes ne se rendent pas toujours compte de l'importance des relations personnelles avec les carriers, ouvriers et paysans.  Les géologues passent purement et simplement pour des maniaques et des fous.  Les uns se sont signalés à l'attention des foules par des équipements de Tartarins, les autres ont tenu des discours incompréhensibles; bref, il faut faire attention.  En un mot comme en cent, ne pas se singulariser et entrer en relations avec les gens du village et les carriers.  Une bouteille de vin ou une bonne bière arrive toujours à propos pour bonifier le cœur de l'homme qui serait réfractaire aux conversations stériles.
  5. Si personne n’est présent sur le site un petit mot ainsi qu’une décharge de responsabilité dûment signée seront déposées à l’entrée du site, dans la boîte aux lettres, à la barrière...
  6. Le géologue amateur n’emprunte pas les lieux de passages interdits (cultures, propriétés privées, etc.…) et maintient les clôtures fermées. S'il y a une clôture et seulement s'il est en possession d'une autorisation formelle des propriétaires, le géologue pourra la traverser.  Ne pas oublier que les lieux clos sont des lieux privés et non publics.  A toute interpellation du garde-champêtre ou des autorités compétentes, l'autorisation écrite devra être produite afin d'éviter procès-verbal et amendes.
  7. Sur le terrain public, il en va de même.  Nos superbes forêts, en Wallonie, sont surveillées par les agents de la DNF (Division Nature et Forêt).  Ces hommes en vert sont "officiers de police judiciaire" et peuvent donc verbaliser, au besoin,  ils sont armés.  Leur travail est de gérer une parcelle "en bon père de famille".  Ils ont des comptes à rendre à la Région Wallonne.  Si on quitte les chemins balisés, si on casse des cailloux, si on arrache des plantes, si on emporte des matières minérales, végétales ou animales, ils peuvent dresser procès-verbal.  Bien que ce soient des êtres humains, souvent, leur propos reste donc inévitablement et strictement au niveau de la Loi. En fait les agents de la DNF ont un tout petit pouvoir d'appréciation et la Loi souvent parle de motif légitime ou de quantités raisonnable ...etc., notions évidement un peu élastiques. Qu'est-ce qu'une quantité "raisonnable" de jonquilles ? Chercher à retrouver les traces d'une exploitation minière pour alimenter un historien local ou une collection d'objets géologiques en prélevant un carton de spécimens, est-ce un prélèvement en "quantité raisonnable"?  Les agents des Eaux et Forêts en ont vu de toutes les couleurs : une camionnette, au petit matin, déverse dix Roumains pour ratiboiser une parcelle de jonquilles, d'autres arrivent et modifient le relief d'une butte pour emporter le plus possible d'échantillons de roche sans se rendre compte que ce gros tas de cailloux héberge une colonie de lézards plutôt rares mais invisibles car en hibernation...  Souvent, ces agents n'ont qu'une seule alternative afin de ne pas se laisser déborder : Dira lex, Dura lex, Sed lex,....La loi est cruelle, elle est dure, mais c'est la loi. Mais oserais-je répondre : Summum jus, summa injuria,....Excès de justice, excès d'injustice.
  8.  Par contre, en "dialogue singulier" les situations sont parfois bien différentes pour autant qu'on communique et respecte et d'ailleurs cela va ensemble, il n'est pas possible de communiquer sans respecter. J'ai de très bonnes expériences de recherches où ce sont des agents de la DNF qui, avec l'aide de fermiers et de forestiers (gens proches de la terre) m'ont permis de retrouver des sites minéraliers "oubliés".  Eux aussi s'intéressent à la Nature et n'ont pas qu'un règlement à la place du cerveau.  Eux aussi s'intéressent de savoir que sur leur "parcelle" qu'ils doivent gérer, il y a des sites minéralier ou fossilifères.  Évidemment il faut leur demander l'autorisation, choisir le bon moment (pas le moment des orchidées, ni le moment de la chasse, ni le moment où le gibier met bas)... mais là aussi ils sont de bons conseils.  Ce sont des gens charmants, qui font leur travail mais qui aident le publics... pour autant qu'on ne détruise pas tout et qu'on remette le terrain en place après la recherche.  Il y a des règles et une interprétation de ces règles... encore une fois, tout est question de civisme et de savoir vivre.  échantillonner et pas dévaliser, prendre son dû géologique en sachant qu'il y a des entomologistes, des botanistes, des chasseurs, des pêcheurs, des photographes, des herpétologistes... qui doivent aussi avoir leur plaisir et que le nôtre ne doit pas supprimer ou endommager le leur.  Comme on dit toujours : "Notre liberté se termine là où commence celle des autres".  Respect, discrétion, protection doivent rester des maîtres mots...
  9. Le géologue, essentiellement pacifique et protecteur de la Nature ne doit entrer en conflit avec personne.
  10. Au cours de ses recherches, le géologue amateur n'exposera personne à un quelconque danger, par négligence des règles élémentaires de sécurité.
  11. Le port d'un gilet fluorescent (comme celui que tout conducteur doit posséder dans sa voiture) est un plus qu'on ne saurait négliger.  Il permet d'être vu à bonne distance.
  12. Une carrière, même abandonnée, est un lieu où le danger est permanent.  Donc le port du casque homologué et de bonnes chaussures de sécurité est obligatoire lors de toute prospection.
  13. Il est formellement interdit de se rapprocher des bords supérieurs des fronts de taille, de stationner ou de creuser sous des surplombs, de tenter de se glisser dans des failles ou grottes mises à jour par des explosions successives.
  14. Le géologue amateur emploiera exclusivement l’équipement manuel traditionnel du géologue.  D’autres outillages ou techniques ne seront utilisées que moyennant autorisation.
  15. La plus élémentaire des courtoisies est de mise et les règles de bienséance et de civisme doivent être respectées ainsi que les us et coutumes en vigueur entre géologues amateurs…
  16. Lorsque des minéraux, des roches ou des fossiles sont déposés à côté d’un gant, d’un burin ou d’un marteau, c’est à dessein.  Cela veut dire qu’ils « appartiennent » à leur découvreur… ce n’est donc pas un « libre service ».
  17. Lorsqu’un géologue trouve un minéral ou un fossile dans un bloc, dans un trou, il faut se dire qu’il y en a d’autres ailleurs et même parfois bien plus beaux.  Ce n’est donc pas la peine de se presser à cet endroit de manière à « éjecter » la personne de son endroit de fouille.
  18. Un burin, un marteau déposé à un endroit précis est souvent là pour marquer un endroit, un bloc… que l’on veut retrouver par la suite.  Ce n’est donc pas un « objet perdu » que l’on peut mettre dans sa poche et emporter.
  19. Le géologue amateur a le devoir de respecter le milieu naturel.  Il ne commet aucune dégradation (arbres arrachés, fossés comblés) Il est de son devoir de remettre le lieu de ses activités dans son état d'origine. Toute forme de vandalisme, tout vol ou bris de matériel sont à proscrire dans tous les cas.
  20. Les mesures prises par les autorités en vue de la protection des sites doivent être respectées dans tous les cas.  Le géologue amateur veillera aussi à conserver dans leur état primitif les grottes et cavités naturelles dignes d’intérêt et les sites classés qu’il est amené à visiter.
  21. Le géologue amateur veillera à ce que son passage soit aussi discret que possible.  Il respecte et fait respecter le cadre naturel dans lequel il évolue et lui rend, le cas échéant, son aspect initial (trous à combler…) Il s’interdit toute forme de pollution (abandon de détritus…)
  22. Le géologue amateur se limitera au prélèvement des échantillons nécessaires à leur propre collection, en pensant au géologue suivant qui devra lui aussi trouver son dû.

Cette photo-montage a fait le tour des clubs et des géologues amateurs.  Même si c'est un montage, elle prend toute sa valeur après les nombreux accidents de ce type ayant eu lieu en Champagne là où les chercheurs de Cerithium giganteum creusent des tranchées dignes de celles de '14-18.  Cette image prend aussi toute sa valeur après l'accident mortel survenu en ce début septembre 2005 à la carrière de Ciply. Le point 12 ci-dessus est donc très important voire vital.

Au risque de paraître dur et implacable, je considère qu'un accident n'est jamais dû à la fatalité, mais est la conséquence d'un certain nombre de facteurs se produisant ensemble à un instant donné et en un lieu donné. Et donc, bien souvent, un accident est dû à un manque de prudence ou de précaution qui se retourne immanquablement sur la personne.  Chacun doit être conscient que, dans les clubs, tout un chacun, dirigeant, guide sur le terrain mais aussi membre participant est coresponsable au niveau civil ou pénal dans certaines situations et actes audacieux.  Dans les activités où les risques graves ou mortels sont potentiels, bienveillance, laxisme ou "je-m'en-foutisme" sont humainement et pénalement coupables.

Retour haut de page

6.2.  L'entrée dans la carrière

Muni de ses autorisations, de son matériel, ... de son courage et surtout de sa patience, le géologue amateur est donc arrivé à pied d'œuvre dans la carrière.

Il va pouvoir se mettre en chasse.

Et c'est là, à ce moment précis, qu'un sentiment assez confus envahit l'amateur, sentiment que nous avons tous connu et que nous connaissons tous encore régulièrement.

Il pénètre dans une carrière immense, s'étendant parfois sur une surface de plusieurs hectares, profonde de plusieurs dizaines de mètres répartis sur plusieurs étages.  Chaque étage fait le tour de la carrière et sur chaque étage , tout comme sur le fond de la carrière se trouvent des tas de blocs de pierre. 

Cette photo nous montre une petite partie de la carrière de la Boverie à Rochefort.  Gigantisme garanti.  Chaque front de taille mesure 15 mètres de haut.  Profondeur totale depuis le pied des arbres, au sommet de la colline jusqu'au fond de la carrière : plus de 80 mètres.  Imaginons la taille des tas de blocs ainsi que la taille des blocs eux-mêmes. Colossal... fantasmagorique... phénoménal... Tous les superlatifs sont ici de mise.

Ce sentiment qui peut nous envahir est une espèce d'étourdissement devant le gigantisme de la carrière.  On se sent tout petit, minuscule devant ces fronts de taille de 15 mètres de haut, devant ces parois longues de plusieurs centaines de mètres, devant ces énormes tas de blocs de pierre. 

Que faire ?  Comment s'y prendre ?  Où chercher ? Le géologue sait que la journée comportera quelques heures de recherches, en se ménageant un temps de midi pour se restaurer et se reposer un peu.  Il se dit, à juste titre, qu'il ne pourra pas tout voir, que c'est trop grand, qu'il y a trop de tas de blocs de pierre.

Il a envie alors de courir d'un tas de blocs de pierres à l'autre, de papillonner, de survoler pour en voir le maximum... mais il sait que cette technique risque de lui faire perdre des informations, risque de le faire passer à côté de LA pièce qu'il aurait fallu extraire mais qui était cachée derrière un bloc.  Pour éviter cela, il se dit alors qu'il faut inspecter consciencieusement un maximum de blocs de tous les tas afin de ne pas laisser passer LA pièce importante... mais alors il sait pertinemment bien qu'il ne pourra observer qu'un petit nombre de blocs... et que dans ce qu'il n'aura pas inspecté il y a peut-être LA pièce qu'il voulait ramener.

Le problème est insoluble.  La carrière est trop grande, les distances sont trop importantes, les tas trop imposants et les blocs trop massifs.

Il faut donc mettre au point une technique de recherche appropriée. 

Je vous livre la mienne, qui n'est pas la seule ni la meilleure.  A vous d'en prendre le plus intéressant, ce qui vous parle le mieux.

6.3.  La mise au travail

Que faire et comment procéder quand on pénètre dans une carrière ?

6.3.1.  Le temps de l'observation

  1. Regarder et qui mieux est : observer.  Avant de noter quoi que ce soit, avant de chercher minéraux et fossiles, il faut regarder longuement l'aspect général de l'ensemble, choisir l'endroit de la carrière le plus propice pour établir une coupe verticale. (Un endroit dégagé de tous gravats permettant une vue verticale complète).
  2. S'approcher de l'endroit choisi.
  3. Adopter une couche repère.  Celle-ci devra se trouver plus ou moins au centre.  Le géologue la choisira en fonction de sa couleur ou de sa nature lithologique.
  4. A partir de ce choix, dans son carnet, il veillera à établir une coupe lithologique verticale, en partant de sa couche repère et en allant d'une part vers le haut et ensuite vers le bas.
  5. Il s'approche ensuite de la parois et il peut alors déterminer la nature lithologique de chaque couche.  En fonction du principe de continuité selon lequel une même couche a le même âge sur toute son étendue, il ne faut pas observer toute la couche sur toute sa longueur pour la caractériser : une section suffit.  Plusieurs informations doivent être notées pour chaque couche :
    • La couleur.
    • La nature lithologique.
    • La puissance de la couche (son épaisseur).
    • La présence ou non de fossiles.
      • En moules internes.
      • En moules externes.
    • La présence ou non d'inclusions de galets arrondis ou anguleux dans la roche.
    • La présence ou non de minéraux.
      • En placages sur des surfaces de roches.
      • Sur les parois d'alvéoles plus ou moins sphériques (géodes).
      • Dans des filons (fractures de la roche, failles, cheminées de dissolution...).
  6. Il faut maintenant numéroter les couches.
  7. Lors du dessin de la coupe verticale, il vaut mieux, comme nous l'avons vu au point 5.2.6.4., adopter les signes conventionnels de représentation des roches.   Cela facilite la lecture d'une coupe.
  8. Le géologue veillera à noter les éventuelles lacunes stratigraphiques, transgressions, régressions et les discordances.
    • Une lacune stratigraphique est marquée par l'absence de plusieurs étages.  Puisqu'il n'y a pas de dépôt marin faisant suite normalement à la couche inférieure, on peut en conclure que la mer s'est retirée, puis qu'elle n'est revenue que bien plus tard.  C'est ce retour de la mer inondant une zone continentale qui se nomme une transgression. 
    • Si les dépôts antérieurs à la transgression n'ont pas été plissés, ni inclinés, ils restent horizontaux.  Si au contraire, ils ne sont plus horizontaux, ils se trouvent visiblement érodés et les nouveaux dépôts de la mer transgressive (horizontaux cf. "le principe d'horizontalité") forment un angle avec les séries antérieures.  Au lieu d'être concordants avec eux, ils sont discordants.
    • Le géologue amateur cherchera aussi la présence de glauconie, minéral vert, se formant exclusivement en milieu marin.
    • Lorsqu'il examine la couche de base d'une série succédant à une lacune stratigraphique, il faut y chercher les traces éventuelles de couches antérieures, détruites par l'érosion marine lors de la dernière transgression.  Il trouve alors dans la même couche, des fossiles en place et en bon état, mêlés à d'autres fossiles remaniés et roulés, appartenant à un niveau disparu.

    • Certaines couches sont parfois inclinées.  Cette inclinaison s'appelle le pendage.  Il faut que le géologue mesure ce pendage et pour cela, se servir de la "boussole de géologue" qui permet de mesurer le pendage en degré par rapport à l'horizontale tout en mesurant l'orientation de la dite couche.  Nous verrons au point 6.3.3. une erreur courante d'évaluation du pendage d'une couche.

6.3.2.  Le temps de la  réflexion

Lorsque l'observation est terminée, c'est au tour de la réflexion et je dirais même de l'imagination du géologue de se mettre en œuvre.  Le géologue doit imaginer ce qui a pu produire la série de couches de roches observées. 

Parfois une cassure et un dérangement ont pu déterminer un arrangement contraire à l'ordre naturel des dépôts.  Il peut alors observer une cassure au long de laquelle un glissement des blocs rocheux s'est produit.

Si cassure il y a, par exemple entre deux couches qui ne devraient pas être superposées, le géologue la dessinera d'un trait hardi et il peut voir l'effet produit.

Voici ci-dessous une ancienne coupe réalisée dans la région de Besançon.

La même coupe avec placement de la faille et interprétation du mouvement des couches (synclinaux et anticlinaux, comme nous l'avons déjà fait en fonction du principe de superposition)

A vrai dire, l'effet est excellent et, cette fois, c'est à partir du croquis que nous allons comprendre la structure de la région.  Il restera à parfaire le croquis pour arriver à une figure harmonieuse et même plus correcte.

Avant d'abandonner le débutant à ses premiers essais, il faut encore lui signaler l'existence de contacts anormaux, qui ne sont plus verticaux, ni obliques, mais plus ou moins horizontaux.  Ils proviennent en principe de plis couchés, qui ont pu se trouver plus ou moins arrachés, séparés de leur racine, entraînés et "charriés" sur une certaine distance. 

C'est ce qu'on appelle des "mappes de charriage".  Je conseille fortement aux géologues en herbe de faire connaissance avec ces terrains difficiles à observer en compagnie de spécialistes régionaux car il s'agit d'observations délicates et suscitant même parfois d'ardentes controverses entre professionnels.

6.3.3.  Les erreurs d'observation éventuelles

Connaissant le pendage en degrés, le géologue doit encore savoir vers quelle direction s'inclinent ou s'enfoncent les couches.  Il doit cependant faire attention de ne pas prendre le pendage à un affleurement vertical pour le pendage vrai vers une direction donnée.

Prenons un exemple...

Soit un front de taille (A-B-C-D).  Sur ce front de taille nous observons une couche qui affleure en (X-Y).  Par rapport au front de taille, on dirait que la couche s'incline de Y vers X (du Nord-Est vers le Sud-Ouest), ce qui est complètement faux.

Si le géologue regarde mieux et qu'il dégage un peu au marteau, le dessus de la couche (X-Y), il s'aperçoit que la couche en réalité elle s'enfonce vers le Nord-Ouest ou l'Ouest.

Le géologue doit toujours avoir à l'esprit que l'inclinaison d'une roche à l'affleurement n'est pas forcément celle de la tranche qu'on voit.

Certaines couches sont parfois inclinées.  Cette inclinaison s'appelle le pendage.  Il faut que le géologue mesure ce pendage et pour cela, se servir de la "boussole de géologue" qui permet de mesurer le pendage en degré par rapport à l'horizontale tout en mesurant l'orientation de la dite couche.

6.3.4.  Le temps de la recherche active

  1. C'est le moment de chercher les minéraux et les fossiles couche par couche.
    • Les couches stériles en minéraux et fossiles sont laissées de côté.
    • Il faut laisser de côté les tas de blocs issus de couches stériles.
    • Les couches riches seront prospectées.
    • Jamais directement sur le front de taille... c'est trop dangereux de taper dans le front de taille.  Les vibrations des coups de marteau pourraient faire tomber des blocs.  Par contre, si le front de taille présente une poche d'argile, on peut la vider délicatement de son contenu au moyen d'outils en bois.  Des minéraux ou fossiles flottants, dégagés naturellement de leur gangue peuvent s'y trouver souvent dans un état de conservation sublime.
    • Dans les tas de blocs aux abords des couches riches.
      • Inutile de vouloir extraire un minéral ou un fossile s'il est situé au centre d'un bloc de plus d'un mètre cube.  La roche aura raison de nos forces et de notre matériel et même si on parvient à la briser, la somme de coups de masse qu'il a fallu déployer aura provoqué assez de vibrations pour détruire le minéral ou le fossile.
      • Les cristaux doivent être recueillis avec précaution s'ils adhèrent à une gangue.  Détacher un morceau de gangue avec quelques cristaux dessus semble la meilleure solution car vouloir détacher les cristaux de leur support les brise bien souvent.
      • Dans une carrière en activité, les blocs présents sont souvent "fraîchement produits" puisqu'on procède à des tirs de mines chaque semaine.  Dans une carrière abandonnée, les blocs épars sont peut-être là depuis plusieurs années et donc les agents atmosphériques ont eu le temps de les altérer.  Dans ces cas, il vaut mieux fouiller un peu les éboulis afin de trouver des roches les plus fraîches possible.
      • La fossilisation ne laisse habituellement subsister que tout ou partie des squelettes, que ce soient des os ou des coquilles.  Plus les animaux étaient petits et mieux leurs tests se sont conservés intacts.  Les mollusques à grande coquille ont été souvent brisés et les ossements de Vertébrés ont été généralement dispersés et cassés.
      • En dehors de ceux qui sont trouvés dans les sables, les fossiles sont plus ou moins emprisonnés dans une gangue dure, qui en dissimule une partie.  Dans toute la mesure du possible, un fossile doit être aussi dégagé que possible de sa gangue et nettoyé avec soin.  Il est ainsi bien plus facile à déterminer et participe à l'esthétique de la collection.
  2. Il faut veiller à ne pas mélanger les récoltes.  Si les fossiles ou les minéraux récoltés sont fragiles, le géologue les enveloppe chacun dans un morceau de papier essuie-tout ou dans un morceau de plastique à bulles et tout ce qui vient d'une même couche est enfermé dans un même sac portant le numéro de la couche.  Si plusieurs sacs d'échantillons contiennent des pièces d'une seule couche, chaque sac portera le numéro de la couche et une lettre qui l'identifiera (exemple : 3a, 3b, 3c...).  Le géologue veillera dans le carnet de notes, en face de la couche intéressée d'inscrire en retour les sacs correspondants (fossiles : sac 3a, minéraux : sac 3b)... les fossiles et les minéraux étant déterminés plus tard, Le géologue saura leur provenance exacte.
  3. Le géologue ne négligera rien : il recherchera, non seulement toutes les carrières, mais tous les chemins creux, les tranchées, tous les affleurements possibles et les notera dans son carnet et sur son échelle stratigraphique.  Lorsqu'il aura ainsi étudié une région, il aura tous les éléments pour en établir une coupe géologique générale.  Aux points visités, il peut dessiner, en s'aidant des courbes de niveau, le tracé des affleurements observés d'abord.  Ensuite, par interpolation, il peut établir une carte géologique complète, s'il dispose d'un nombre suffisant de coupes locales.
Retour haut de page

7.  De retour à la maison

7.1.  Les règles à respecter

  1. Devant la négation des géologues amateurs par certains professionnels, il est indéniable que l'amateur ne devra compter que sur ses propres forces.
  2. Le géologue amateur visera dans tous ses actes l'excellence.
  3. Le géologue amateur sera patient.  Un travail de qualité ne se réalise pas dans la rapidité et encore moins dans la précipitation.
  4. Même si on est amateur, on doit pouvoir agir en professionnel.
  5. Le géologue amateur devra toujours être à la hauteur de la confiance des autres.
  6. Il devra, par ses actes, son charisme, sa philosophie et son mode de vie, forcer le respect des autres, se forger une réputation à toute épreuve et ainsi être un modèle pour les plus jeunes.
  7. Le géologue amateur ne vend pas et n’achète qu’occasionnellement, seuls les échanges en vue d'enrichir leur propre collection sont permis et même encouragés.  Cela crée des liens, des contacts autres que la vente et l’achat.
  8. Le géologue amateur se refuse à tirer un quelconque profit commercial de ses trouvailles et il n’utilisera pas ses connaissances en matière de géologie, minéralogie et paléontologie à des fins lucratives.
  9. Le géologue amateur devrait acquérir les connaissances élémentaires pour être à même d'évaluer l'intérêt scientifique des objets récoltés.
  10. Le géologue amateur s'engage à informer les institutions scientifiques compétentes, de chaque découverte importante.
  11. Le géologue amateur s'engage à gérer sa collection d'une manière correcte, chaque échantillon sera répertorié d'une façon suffisamment explicite.
  12. Il est inadmissible de commettre des fraudes en présentant comme vrais ou naturels, des objets géologiques artificiels, falsifiés, réparés ou transformés. La diffusion délibérée de fausses informations constitue également une faute grave.
  13. Les géologues amateurs devraient faciliter l'accès à leurs collections aux géologues professionnels et aux autres chercheurs, sur demande courtoise et sur rendez-vous.
  14. Les géologues amateurs devront rechercher la collaboration et la coopération des autres mais devront s'abstenir d'accepter l'assistanat.

7.2.  Le laboratoire et les collections

Nous employons le mot "laboratoire" parce qu'il est commode et qu'il a un sens exact : c'est le lieu de travail. 

A quoi sert le "laboratoire" ?  Il sert à préparer les roches et les fossiles qui seront déterminés et classés dans une collection.

C'est dire tout de suite qu'il n'y a pas besoin de disposer de locaux immenses pour travailler.  Il n'y a pas besoin non plus d'un matériel considérable et très coûteux.  Chacun peut travailler selon ses ressources personnelles.  Nous dirons que la question financière n'intervient que comme une commodité ou un luxe.

7.2.1.  Le contenu du laboratoire

Même le laboratoire le plus sommaire doit contenir un certain équipement que nous allons citer ici et que nous détaillerons ensuite.

  • Une table de travail
  • Une étagère ou un tiroir pour les outils
  • Une armoire pour les produits chimiques
  • Une bibliothèque
  • Une armoire à collection
  • Une vitrine
  • Un studio photo
  • Une réserve

7.2.1.1.  La table de travail

Choix de la table

Le géologue ne cherchera pas de grandes complications.  Il s'agit d'une table de travail et non d'une table d'apparat.  Cette table va lui servir à préparer les minéraux, les roches et les fossiles avant de les placer dans la collection.  Donc il veillera à sa solidité et à son esprit pratique plutôt qu'à sa beauté.  Rien de tel qu'une table de cuisine en bois.  Une table en vrai bois et non en bois reconstitué, triplex, multiplex... ou autres imitations d'une solidité très limitée.  Le géologue en trouvera de bien bonnes à bons prix dans les brocantes.  Une table avec un tiroir est un atout indéniable, il servira à entreposer les petits outils qui lui seront utiles.

Préparation de la table

Sur cette table vont se retrouver des minéraux, roches et fossiles à préparer, c'est-à-dire à dégrossir, à nettoyer, à laver en utilisant parfois des produits chimiques.  Il faudra donc prévoir de bien préparer cette table en lui administrant quelques couches de bouche-pores et au moins deux bonnes couches de vernis ou de peinture.  On y adaptera un petit étau et on y placera une petite enclume afin de pouvoir maintenir les objets géologiques pour les dégrossir.

7.2.1.2.  L'étagère ou le tiroir pour les outils

Si la table possède un tiroir, le problème est résolu

Si la table ne possède pas de tiroir, il est intéressant d'avoir une petite étagère pour y garder les outils dont le géologue aura besoin.

Détaillons-les et expliquons-en l'utilité.  En préambule, je dirai que certains magasins spécialisés peuvent fournir ces instruments... mais qu'il est tout aussi facile d'en fabriquer une partie soi-même.  Je présenterai donc les outils "professionnels" mais aussi ceux que j'ai conçus moi-même et qui peuvent rendre les mêmes services.

  • Aiguilles montées.  Les aiguilles montées, emmanchées, droites et lancéolées, utilisées en dissection sont utilisées au laboratoire pour le nettoyage des petits échantillons fragiles.  On peut en fabriquer sans problème en emmanchant un fil de fer rigide (morceau de cintre métallique, clou...) dans un fin manche (section de tuteur en bois) et de façonner le bout au marteau pour l'aplatissement ou à la meule pour la pointe.

  • Brosses.  Là non plus, ne cherchons pas la complication.  Une bonne brosse à poils rigides en plastique semblable à celles utilisées pour se décrasser les mains est impeccable.  Une brosse de chiendent est aussi bien utile.  Pensons aussi à utiliser une vieille brosse à dent pour pouvoir atteindre les petites cavités.

 

  • Burins.  Un jeu de petits burins en acier permet de dégager les fossiles de leur gangue et permet aussi de casser les roches.
  • Colle.  Il n'y a qu'une seule colle valable pour consolider les fossiles : le lait de colle à bois.  Il se prépare facilement avec 1/3 de colle blanche à bois et 2/3 d'eau.  On consolide le fossile en le plongeant dans cette mixture et ensuite en le laissant sécher à l'air libre.
  • Enclume.  Le géologue n'en a pas besoin d'une grosse.  Une petite enclume de cordonnier trouvée sur une brocante fera très bien l'affaire.
  • Étau.  Un petit étau à mâchoires d'acier permettra de maintenir les pièces pendant leur nettoyage avec les différents outils nécessaires à cette opération.  Pour ne pas endommager les minéraux et les fossiles avec les mâchoires de l'étau, il convient de protéger la pièce de part et d'autre avec deux petites planches de bois.
  • Loupe binoculaire de Berland.  Cette loupe binoculaire, réglable, à écartement variable laisse les deux mains libres et se porte comme des lunette pour les anciens modèles ou comme un casque pour les modèles plus récents. Voici ci-dessous une gravure représentant un modèle ancien et une photo d'un modèle dernier cri.  Celle que je possède est intermédiaire...

Loupe binoculaire de Berland (ancienne gravure 1935)

Photo L.V.B.

Loupe binoculaire de Berland : modèle actuel avec lumière intégrée qui éclaire le sujet observé.

Photo L.V.B.

 

Mes loupes : à gauche une loupe binoculaire de type Berland et une loupe montée sur pied totalement pliable.

Photo L.V.B.

  • Tamis : Un tamis comme ceux que l'on trouve dans les "Brico" pour tamiser le sable, avec des mailles d'un demi cm de côté peut être très intéressant, surtout pour recherches les petits fossiles dans les faluns ou les sables tertiaires.

Petite panoplie d'outils simples et faciles d'utilisation...

Détails ci-dessous...

Photo L.V.B.

 

 

De haut en bas : une petite brosse en laiton (le fer est trop dur), deux brosses à dent, deux pinceaux de peintre et à droite un petit tournevis dont le bout a été limé pour en faire une pointe...

 

 

 

... de gauche à droite : l'aiguille montée et une série de lames de formes différentes pouvant être "clipsées" sur les 3 manches de scalpels de droite...

 

 

... de gauche à droite : les 3 scalpels et 7 petits ciseaux d'ébéniste... en dessous une cuillère à café aplatie et dont le bord a été aiguisé afin d'en obtenir un tranchet coupant comme un rasoir.

Photo L.V.B.

 

Retour haut de page

7.2.1.3.  Une armoire pour les produits chimiques

Dans le domaine que nous allons juste effleurer ici car nous en reparlerons abondamment plus loin dans le chapitre consacré au nettoyage des minéraux et fossiles, le géologue amateur doit faire preuve de sérieux, de responsabilités et de précautions.  En effet, certains produits utilisés dans le cadre de la géologie sont dangereux, très dangereux voire même mortels.  Il faudra donc utiliser ces produits avec de très grandes précautions et surtout les conserver dans une armoire sécurisée fermant à clé.  Le géologue veillera à toujours laisser ces produits enfermés et ne les utilisera qu'à bon escient. Il ne laissera jamais traîner ni ces produits, ni les flacons les ayant contenus et surtout, il fera attention à ce qu'aucun enfant ne puisse d'une manière ou d'une autre être en contact avec un de ces produits.  Enfin, il se conformera aux règles en vigueur en ce qui concerne la destruction des emballages, des flacons et des résidus de ces produits.  En général, les parcs à containers et autres déchetteries ont des espaces prévus à cet effet.

7.2.1.4.  Une bibliothèque

Dès les premières récoltes, le géologue n'aura de cesse que de déterminer ce qu'il a trouvé.  C'est évidemment le propre de l'homme que de vouloir à tout prix donner un nom à toute chose.  Psychologiquement, ce fait d'avoir la possibilité de donner un nom à une chose est une marque de pouvoir vis-à-vis de cette chose, c'est, en quelque sorte, la posséder.

Pour pouvoir assouvir ce besoin, le géologue devra se constituer une bibliothèque.

Les débutants ont une tendance à se figurer qu'il est facile de déterminer des minéraux et des fossiles.  Il n'en est rien et les professionnels le savent bien. 

Le géologue essaiera de déterminer les minéraux et fossiles en utilisant les figures d'un manuel.  Malheureusement, les manuels ne peuvent représenter qu'un très petit nombre d'espèce, les espèces dites "caractéristiques".  Il est donc essentiel d'en posséder plusieurs afin de pouvoir effectuer des comparaisons.

Certains minéraux ne se trouvent que dans certaines roches ou ne se forment que dans certaines conditions.  Certains fossiles sont, en effet, caractéristiques d'un étage ou d'un niveau.  Cependant les uns comme les autres, sont parfois absents de l'endroit où on les attendait.  On en recueille d'autres qui leur ressemblent de près ou de loin,

Mais comment faire ?  Quels livres choisir ?  Certains livres proposent des minéraux et des fossiles ensemble... Est-ce judicieux ?  Certaines "collections" proposent une série de deux livres : un pour les minéraux et un pour les fossile... Est-ce meilleur ?

Je vais proposer au géologue amateur ma méthode.  Ce n'est certainement pas la meilleure... mais elle me convient.  A chacun d'en prendre ce qui lui semble intéressant et de l'améliorer selon ses sensibilités ou ses besoins.

7.2.1.4.1.  Les ouvrages de minéralogie

Pour ce qui est des minéraux de nombreux livres existent dans de nombreuses collections, produits par de nombreuses maisons d'éditions.

Le choix est vaste et donc il appartient à chacun de choisir, mais je vais tout de même vous proposer quelques critères pour aider le géologue en herbe à choisir. 

D'abord, trois grands groupes de livres sont proposés.  Des livres qui classent les minéraux par les couleurs (sur la tranche un trait de couleur permet de situer plus ou moins l'endroit où on peut trouver le minéral découvert sur le terrain), et d'autres livres présentent les minéraux en fonction de leur groupement chimique.

  • Pour le néophyte, le premier type de livres semble le plus simple à utiliser... cependant, étant donné que certains minéraux peuvent avoir plusieurs couleurs différentes, cela risque de ne pas aider le géologue amateur.  De plus, il faut bien le reconnaître, ce classement n'aborde absolument pas une démarche scientifique (mais nous en reparlerons ensemble plus tard).
  • Un autre type de livre est de présenter les minéraux par ordre alphabétique.  Ce n'est pas plus scientifique que le précédent.
  • Le livre scientifique par excellence est celui qui présente les minéraux classés par groupement chimique, une classification totalement scientifique :
    • Eléments natifs
    • Sulfures
    • Halogénures
    • Oxydes
    • Hydroxydes
    • Carbonates
    • Nitrates
    • Sulfates
    • Phosphates
    • Borates
    • Silicates
    • Organiques

Evidemment, il est indéniable que dans ce cas, le géologue amateur doit déjà avoir une bonne base de chimie. 

Mais il faut aussi savoir que la géologie est une science qui demande des connaissances physique, chimie, géographie, histoire, minéralogie, cristallographie, paléontologie, botanique et zoologie.

Ben oui, je n'ai jamais dit que ce serait simple...

Donc, pour moi, un bon livre de minéralogie scientifique est un ouvrage qui va présenter les minéraux en les classant selon leur appartenance à un groupe chimique.

Ensuite, cet ouvrage devra offrir au lecteur de belles photos en couleur, d'une belle grandeur montrant bien les caractéristiques du minéral. Enfin chaque minéral sera accompagné d'un texte à caractère scientifique donnant les propriétés physiques et chimiques ainsi qu'un dessin montrant un monocristal afin de pouvoir discerner sa cristallographie ainsi que les macles possibles (macle= interpénétration de plusieurs cristaux).

Voila donc ma vision d'un bon livre de minéralogie...

7.2.1.4.2.  Les ouvrages de paléontologie

Pour ce qui est des fossiles, ma vision du livre est tout autre.  En effet, un fossile, par définition est le reste d'un animal mort il y a des millions d'années.  Les parties molles ont disparu tandis que les parties dures, enfouies dans des boues ont pu se transformer en pierre  au cours des millions d'années.  Cette transformation a pu avoir lieu grâce à des échanges de minéraux avec le milieu ambiant.

Donc, par définition, le joli coquillage multicolore quand il était vivant est devenu un fossile qui aura perdu ses couleurs d'origine et aura maintenant la même couleur ou tout au moins une couleur approchante de celle de la roche dans laquelle il est resté prisonnier.

Ensuite, puisqu'il est resté prisonnier des sédiments pendant des millions d'années, le fossile et les roches qui l'entourent ont pu subir des mouvements tectoniques... ce qui veut dire que le fossile découvert n'a peut être plus tout à fait la forme qu'il avait lorsque l'animal était en vie.

C'est pour ces raisons que je me méfie des livres montrant de belles photos en couleurs de fossiles.  Le fossile que vous avez découvert est peut-être celui présenté dans le livre mais n'aura peut-être pas la même couleur ni tout à fait la même forme, ce qui complique les choses.

En effet des livres, encyclopédies, répertoires, atlas, clés de détermination existent, la plupart réalisés avec soin, par des gens très compétents, voire même des spécialistes en la matière.  Souvent, ces documents sont richement illustrés par des photos présentant le fossile dans sa réalité. (On y voit les couleurs naturelles de la gangue, les déformations et les écrasements dus aux mouvements tectoniques et à la pression des couches).  Parfois, les illustrations sont des dessins, parfaitement réalisés qui idéalisent le fossile et qui souvent, le présentent en position de vie.

Tout cela est magnifique mais bien souvent, l’amateur se retrouve avec différents livres qui proposent différentes photos et différents dessins d’une même espèce… et bien souvent, il a bien du mal à se persuader que toutes ces photos et tous ces dessins ne sont en fait qu’une seule et même espèce.  Les couleurs étant différentes, les déformations, les écrasements ayant pris des directions différentes, il a devant lui des fossiles qui ne semblent pas se ressembler… et qui ne ressemblent pas vraiment à ce qu'il a découvert.

Depuis les travaux de Monsieur Béclard, Dupont, Gosselet et consort, la littérature paléontologique a  pris une extension considérable.  Elle a produit, dans la synonymie, une incroyable confusion qui n’a fait qu’augmenter avec le nombre toujours croissant des publications.

Avec le temps, j’ai été amené à étudier bon nombre d’ouvrages consacrés à la Paléontologie.  Ces ouvrages montrent bien la diversité des points de vue, le manque de coordination des recherches mais aussi et surtout le manque de concertation des chercheurs.  Pour peu que l’on soit Européen de l’Ouest, Européen de l’Est ou même Américain, les dénominations des couches géologiques changent et les espèces paléontologiques qui y ont été découvertes aussi. 

Je peux comprendre que les européens aient été pendant de longues années séparés politiquement par le Rideau de Fer et que, par conséquent, les contacts entre chercheurs aient été au cours de ces années proscrits par les pouvoirs politiques.  Je peux aussi comprendre, que les Américains, forts de leur puissance économique, militaire et intellectuelle, ne voient plus en l’Europe que « l’Ancien Monde » et que donc, par conséquent, ils n’ont plus l’humilité de faire part aux autres de leurs découvertes et d’en discuter avec eux, de comparer leurs trouvailles au cours de séances de concertations globales.

Et comme si cela ne suffisait pas, nous sommes aujourd’hui en pleine "guerre de spécialistes ".  Nous assistons impuissants au "démontage" des espèces que les "anciens" ont déterminées et à leur "remontage" par les "jeunes-paléontologues-qui-veulent-se-faire-un-nom.

Je considère donc que le dessin d'un fossile est bien supérieur à une photo... pour autant que celui-ci ait été réalisé par un spécialiste en dessin scientifique qui n'invente rien mais propose un dessin en noir et blanc fidèle à la réalité, comme celui présenté ci-dessous...

Il me semble essentiel d'acquérir plusieurs livres de plusieurs auteurs, tant Européens, que le l'ancien bloc de l'Est (Il existe de très bons livres tchèques traduit en français, évidemment, et parus chez Gründ) qu'américains (en Anglais, ceux-là...)

  • Ah oui, vous ai-je dit que le géologue amateur devait aussi détenir une maîtrise en langues modernes... et en latin (puisque les noms des fossiles sont en latin) ?
  • Non ?
  • Oups... Heu... bon, ben maintenant, vous le savez !
  • Eh oui, le géologue est un maître ès sciences et polyglotte accompli de surcroît....

Il me semble donc qu'un bon livre de paléontologie devrait comporter des dessins.  Il est vrai que certaines photos, bien préparées, sur des échantillons de valeur (non pas "de valeur marchande"... mais "de valeur scientifique"), avec un éclairage adéquat peuvent apporter un plus.

Un bon livre de paléontologie doit aussi comporter des renseignements complets à propos des couches susceptibles de les receler mais aussi à propos de sa classification, de sa vie, de son écologie.  Il faudrait aussi qu'une bonne description de l'espèce soit présente.

Retour haut de page

7.2.1.4.3.  La géologie

Ces livres présentant les roches magmatiques endogènes et exogènes, les volcans, l'érosion des roches magmatiques et le transport des éléments, la sédimentation, la stratification, la formation des roches sédimentaires, les fossiles, les minéraux, les roches métamorphiques, la dérive des continents, les accidents tectoniques, les mouvements tectoniques... à travers le monde, histoire de se familiariser avec tous les processus géologiques que la nature a mis en oeuvre sur notre Terre.

7.2.1.4.4.  Une étude "régionale"

Après avoir acquis divers livres de minéralogie, de paléontologie et de géologie générale, venant de divers horizons, de divers auteurs, de diverses maisons d'éditions, le géologue amateur pourra se lancer dans une étude régionale. 

Pour ce faire, il devra trouver des livres de géologie, de paléontologie et de minéralogie régionale.  Dans cette seconde gamme de livres, une partie seulement des processus détaillés dans le "précis de géologie générale" seront développés plus complètement (juste ceux qui intéressent la région envisagée... Inutile de parler des volcans en Famenne, alors que ce sera le sujet de prédilection si on aborde l'Auvergne...), ainsi qu'une partie des minéraux et fossiles (juste ceux qui peuvent être observés dans la cette région.)

Je pense qu'avant de se lancer dans l'étude d'une région, il faut pouvoir maîtriser et comprendre les mécanismes généraux du cycle des roches.  Le transfert des acquis au niveau mondial se fera plus facilement lors de l'étude d'une région particulière.

Le géologue amateur devra alors essayer de trouver ces ouvrages.  Peu répandus, il devra faire appel aux clubs (d'où l'importance des clubs à cet égard), aux géologues amateurs et professionnels locaux et surtout aux monographies d'amateurs qui lui seront d'une grande utilité.

7.2.1.4.5.  En conclusion...

La bibliothèque du géologue amateur est donc composée d'un nombre important de livres de minéralogie, de paléontologie, de géologie.

En minéralogie, un ouvrage scientifique sera :

  • un ouvrage qui va présenter les minéraux en les classant selon leur appartenance à un groupe chimique;
  • un ouvrage qui va offrir au lecteur de belles photos en couleur, d'une belle grandeur montrant bien les caractéristiques du minéral;
  • un ouvrage qui accompagnera chaque minéral d'un texte à caractère scientifique donnant les propriétés physiques et chimiques ainsi qu'un dessin montrant un monocristal afin de pouvoir discerner sa cristallographie ainsi que les macles possibles (macle= interpénétration de plusieurs cristaux).

En paléontologie, un ouvrage scientifique sera :

  • un ouvrage qui devrait comporter surtout des dessins mais aussi des photos, bien préparées, sur des échantillons de valeur (non pas "de valeur marchande"... mais "de valeur scientifique"), avec un éclairage adéquat peuvent apporter un plus,
  • un ouvrage qui devrait comporter des renseignements complets à propos des couches susceptibles de les receler mais aussi à propos de sa classification, de sa vie, de son écologie. 
  • un ouvrage présente des photos, des dessins mais aussi une bonne description de l'espèce.

7.2.1.4.6.  Et Internet ???...

Il est vrai qu'aujourd'hui, Internet est LE réseau mondial de communication et d'information.  Converser avec d'autres géologues par mail ou en direct via un "Tchat" ou via MSN est un moyen rapide d'obtenir des renseignements.

Il faut savoir qu'aujourd'hui, de nombreux sites internet amateurs ou professionnels permettent d'aider les débutants.

Visiter des sites internet est aussi un très bon moyen de glaner des informations... tout en sachant qu'en géologie, tout comme dans plein d'autres matières d'ailleurs, on trouve de tout sur "la toile" : du très bon, du bon, du moins bon et du franchement mauvais, des vérités et des erreurs flagrantes, des théories sérieuses et des élucubrations de pseudo-scientifique complètement déjanté, de vrais amateurs et de "parfaits agités du bocal qui n'ont pas l'électricité à tous les étages".

Sur le Net, tout est une question d'esprit critique, de comparaison et surtout de vérification d'informations.  Savoir choisir judicieusement ses documents et ses interlocuteurs est LA condition à remplir pour ne pas se faire berner.

7.2.1.4.7.  Les collections privées et publiques

Pour déterminer utilement des éléments géologiques, il faut d'abord suivre des excursions et se renseigner près des confrères qui ont déjà beaucoup plus de pratique et connaissent un certain nombre d'espèces.  C'est le plus sûr moyen d'apprendre à connaître les éléments géologiques.

Au delà, il faut se rendre dans les collections publiques ou privées et comparer ses échantillons avec ceux qui sont exposés.  Dans ces collections, l'amateur pourra trouver des clés de détermination, des planches explicatives...  Lorsque le débutant aura acquis quelque pratique, l'accès des laboratoires lui sera permis et il pourra y rencontrer ceux de ses confrères spécialisés dans un étage ou un groupe et qui pourront l'aider dans les déterminations délicates.

7.2.1.5.  Une armoire à collection

Pour ranger ses collections de minéraux et fossiles, le géologue amateur peut acheter des meubles somptueux et pratiques, il y a aussi les meubles de rangement tout faits (prêt à porter du meuble, style Kewlox... Hein Raoul, retiens ça... retiens ça !) mais on peut aussi aménager convenablement une vieille armoire ou des placards.  Cela est laissé à l'appréciation de chacun, en fonction de ses compétences en bricolage ou de la grosseur de son portefeuille.

Pour ranger des minéraux et des fossiles, il semble, puisque, somme toute, ce ne sont que des cailloux, qu'il n'y a pas de précautions à prendre.  C'est une grande erreur !!!

Il faut savoir que le pire ennemi de la collection du géologue est la poussière qui s'insinue partout, s'infiltre partout, dans tous les interstices des cristaux, se dépose sur tous les fossiles.

Quel que soit le modèle d'armoire ou de rangement choisi, il est donc absolument nécessaire de prévoir un système qui va permettre de protéger les minéraux de cet ennemi sournois et insidieux.

Evidemment, si on n'a pas les moyens de s'offrir, comme dans les musées bien tenus, des tiroirs vitrés fermant hermétiquement, il va falloir innover.  Tout est permis pour protéger sa collection de minéraux et fossiles : l'enfermer dans des placards ou des meubles étanches ou dans des tiroirs qui ferment très bien, sans jeu.  Il n'est pas simple de combattre cette ennemi. 

Je vous livre mon système : un placard mural, composé de tiroirs... le tout de ma fabrication, puisque l'étendue de mes finances est limité.  Malheureusement, ce "bricolage maison", s'il est pratique et répond bien à mes besoins est loin d'être étanche.  Aussi, mes échantillons sont-ils protégés dans des boîtes en plastique de récupération (margarine, beurre...) fermant hermétiquement.  Ces boîtes sont garnies de papier essuie-tout ou de plastique à bulle de manière à éviter les chocs éventuels.

Un placard mural de 4 portes

Photo L.V.B.

13 tiroirs par porte : total 52 tiroirs

Dans chaque tiroir, une multitude de boîtes de toutes les grandeurs contenant minéraux et fossiles

Photo L.V.B.

Mon système a pour avantage de bien protéger les échantillons mais a pour désavantage de les dissimuler du regard.  Pour les voir, il faut ouvrir les boîtes.  Cependant, les boîtes étant numérotées et portant une étiquette d'identification, il est facile de savoir, grâce au catalogue (nous en reparlerons plus loin) quel minéral ou quel fossile y est conservé.

Retour haut de page

7.2.1.6.  Une vitrine

Il y a deux types de vitrines possibles :

  • la vitrine que j'appellerai "normale"
  • la vitrine fluo

7.2.1.6.1.  Une vitrine "normale"

La vitrine normale est d'abord et avant tout un lieu d'exposition, pour son propre plaisir mais aussi pour le plaisir des autres personnes qui viennent vous rendre visite (qu'elles fassent ou non partie du monde des géologues). 

Il faudra donc penser à un endroit propice pour l'installer.  Un endroit où la lumière du jour pourra mettre les pièces exposées en valeur... ou alors prévoir un système d'éclairage artificiel qui le fera.  Il faudra ensuite choisir avec circonspection les pièces destinées à être exposées.  Les pièces (que ce soient des minéraux ou des fossiles) doivent immanquablement être parfaites :

  • ni coups
  • ni ébréchures
  • ni trace de clivage
  • ni trace de fracture interne
  • ni recollage
  • ni restauration d'aucune sorte

De plus, la grosseur des pièces exposées doit être en rapport avec la grandeur de la vitrine. (il est inconcevable de présenter une pièce minuscule dans une grande vitrine... elle passerait inaperçue... tout comme il serait de mauvais goût de présenter une pièce énorme dans une petite vitrine... elle monopoliserait le regard et ferait de l'ombre aux pièces de taille plus modeste.  Il faut donc veiller à ce que les pièces présentées soient en harmonie les unes avec les autres.

Que l'on utilise l'éclairage naturel ou artificiel, il faudra étudier l'emplacement de chaque pièce afin d'éviter les reflets qui pourraient éblouir le visiteur.

7.2.1.6.2.  Une vitrine "fluo"

7.2.1.6.2.1.  Introduction

De nombreux minéraux sont fluorescents, c'est à dire que, plongés dans le noir et éclairés par une lampe fluorescente (donc d'une longueur d'onde différente de celle de la lumière visible) ils vont apparaître d'une couleur particulière parfois bien différente de celle qu'ils ont à la lumière du jour.

 

Pour plus de renseignements, voir la Fluorescence.

 

Pour le minéralogiste, c'est alors un réel plaisir de voir des minéraux parfois bien ternes à la lumière du jour devenir jaunes, rouges, verts, bleus, blancs.... sous la lumière fluo.

 

Si vous souhaitez donc montrer vos minéraux et créer une vitrine d'exposition, il faut d'abord choisir un endroit facilement occultable.  L'armoire qui va recevoir les minéraux devra être en bois et peinte en noir mat.  A l'intérieur de cette armoire, prévoir des "gradins" en bois, eux aussi peint en noir mat.  Le noir mat n'est pas fluorescent et donc ne reflètera rien.  Ne jamais vernir l'intérieur de l'armoire ni les gradins car certains vernis sont fluorescents.  Pour les gradins, éviter le verre, les matériaux plastiques... car certains sont naturellement fluorescents de par la présence de plomb ou de matières organiques issues du pétrole.  Cela pourrait donner un effet perturbateur.  Au plafond de votre armoire, il faudra prévoir un système électrique pour connecter des néons fluorescents. Ici, deux choix sont possibles :

·         Les ondes longues

·         Les ondes courtes

Les lampes et tubes UV ont une longueur d'onde inférieure à celle de la lumière visible.  Les longueurs d'ondes qui nous intéressent pour la fluorescence sont les 365 nm (ondes longues), les 254 nm (ondes courtes) et dans une moindre mesure les 312 nm (ondes moyennes).  À chacune de ces longueurs d'ondes correspondent des lampes ou tubes fluorescents spécifiques.

 

Le plus simple est de se procurer une lampe de poche pour philatéliste ou pour la recherche de faux billets.  Il s'agit d'une lampe équipée d'un tube à lumière noire ("Blacklight"; BLB) de couleur noire de 4 Watts. Acheter également un tube à lumière ultraviolette à onde courte (tube UVC dit "germicide") de même puissance dans une boutique spécialisée.

 

Ces deux outils, vont permettre au géologue amateur, sur le terrain de repérer les minéraux fluorescents et de les ramener même si de prime abord, ils semblent n'offrir aucun intérêt ni minéralogique ni esthétique.

 

7.2.1.6.2.2.  Les ondes longues

 

Pour les ondes longues, rien de tels que ces néons bleus utilisés dans les discothèques.  Pour une vitrine de 80 cm de long x 60 cm de profond et 60 cm de haut, prévoir 2 néons de 60 cm de long de 15 Watts montés en série avec un ballast de 30 Watts et 2 starters "série".  Ces néons coûtent +- 20 euros pièce, ce qui démocratise fortement la vitrine fluo.  Il faudra aussi prévoir aussi une protection (un déflecteur) afin que les rayons ultraviolets ne viennent pas toucher l'oeil, non pas qu'ils soient nocif ou dangereux mais le cristallin de notre oeil étant fluorescent, si les rayons les touchent, un halo bleu illuminera notre oeil et masquera la beauté des minéraux. 

Les lampes procurant une émission d'UV ondes longues, principalement dans les longueurs d'ondes de 350-370 nm sont soit de type BLB (black-light-blue / lumière noire bleutée) ou BL (black-light / lumière noire).

Les lampes de type BLB sont bleues plus ou moins foncées car elles possèdent un filtre interne sous forme de poudre absorbante spéciale qui ne laisse passer que les UV longs et aussi une petite quantité de lumière bleue visible qui modifie parfois la couleur de la fluorescence de certains minéraux.

Un autre problème provient de la longueur d'onde émise par ces tubes et qui est très variable. Certains tubes produisent des pics à 350 nm, tandis que d'autres ont des pics plus proches des 365-370 nm, ce qui peut modifier considérablement la couleur de la fluorescence.

7.2.1.6.2.3.  Les ondes courtes

Pour les ondes courtes, (germicides, UVC), il est également nécessaire d'ajouter un filtre spécialement adapté.  Ceux-ci sont très coûteux : 130 euros pour un filtre de 160 mm x 80 mm importé directement de la fabrique aux U.S.A. ou +- 400 euros pour un dispositif de 250 mm x 130 mm complet comportant une fonction ondes longues et ondes courtes, vendu par un spécialiste en matériel optique pour géologie.  Ils sont donc très coûteux mais absolument indispensables car les radiations sont dangereuses pour les yeux et la peau. Toutefois ces ondes sont arrêtées par le verre classique (ce qui n'est pas le cas des ondes longues).  Regarder une lampe ondes courtes sans protection pendant quelques secondes équivaudrait à fixer le soleil de midi pendant 30 secondes.  Cela peut entraîner une cécité partielle ou totale pas toujours réversible.  Il est donc aussi tout à fait nécessaire de prévoir ici aussi des déflecteurs.  Pour une vitrine de 80 cm de long x 60 cm de profond et 60 cm de haut, il faudra aussi prévoir au moins 2 dispositifs complets, ce qui, je le conçois aisément, n'est pas à la portée de chacun. 

Les lampes procurant une émission d'UV ondes courtes (type germicide) et UV ondes moyennes sont en quartz clair sans poudrage et doivent aussi être équipées d'un filtre spécial pour ondes courtes filtrant la lumière visible. À long terme les UV courts provoquent une solarisation de ces filtres, les rendant moins performants.  Après 5000 heures d'utilisation il convient de les changer.

7.2.1.6.2.4.  Comment procéder ?

Tester d'abord votre collection pièce par pièce d'abord avec les ondes courtes et ensuite avec les ondes longues.  Par la suite je vous conseille d'emmener avec vous votre lampe de poche 4 Watts quand vous avez l'occasion de croiser des minéraux sur votre chemin : ballades, brocantes, expo... Il n'y a rien de mieux que de pouvoir tester sur place un minéral avant de l'acheter ou de l'échanger même si les conditions de test ne sont pas idéales. 

Je considère la poussière comme un ennemi, le pire ennemi de la collection du géologue car elle s'insinue partout, s'infiltre partout, dans tous les interstices des cristaux, se dépose sur tous les fossiles, c'est encore plus vrai dans le cas des vitrines.  La poussière se déposant sur les minéraux ou les fossiles va rapidement se voir et si le géologue amateur ne combat pas cet ennemi sournois et insidieux, la vitrine va devenir une réplique de ces musées vieillots et poussiéreux où tout semble figé depuis des siècles.

 

Dans le cas de la vitrine fluo, c'est encore bien plus grave.  En effet, qu'on le veuille ou non, dès qu'on ouvre la vitrine, ou si celle-ci ne ferme pas hermétiquement, des minuscules poussières, invisibles à l'œil nu vont y pénétrer et se déposer sur les minéraux.  Ces poussières viennent à 90% de nos vêtements et d'un phénomène qu'on appelle "la destruction naturelle des matériaux".  Malheureusement, le tissu qui forme nos vêtements a été blanchi au chlore avant son impression colorée, son découpage et sa couture.  Le chlore est hautement fluorescent et donc la moindre poussière de tissus se déposant sur un minéral sera invisible à l'œil nu, mais dès l'allumage des lampes fluos, un point bleu ou gris ou blanc flashant apparaîtra.

 

Il est donc nécessaire de prévoir régulièrement d'aspirer minéraux, armoire et gradins.  Ne jamais essuyer quoi que ce soit avec un chiffon humide.  Celui-ci déposerait un nombre incalculable de particules parasites du plus mauvais effet. 

 

Liste les principaux minéraux fluorescents avec leurs couleurs (liste non exhaustive)
 
ADAMITE

Vert Pomme.  L'activateur de fluorescence est la présence d'uranium.  Réagit aux U.V. longs et courts.

AGRELLITE

Rose Magenta.  L'activateur de fluorescence est la présence de terres rares.  Réagit aux U.V. courts. 

ALBITE et MICROLINE

Bleu Violacé à Fuchsia.  Faible florescence.  L'activateur de fluorescence est la présence de fer.  Réagit aux U.V. courts.

ANDERSONITE

Vert Clair à Vert-Jaune avec parfois des reflets Bleus.  Réagit aux U.V. longs et courts.

ARAGONITE

Blanche ou Grise ou Rose ou Rouge ou Orange ou Jaune ou même Vert Clair ou un mélange subtil de plusieurs de ces couleurs.  Réagit aux U.V. longs et courts.

AUTUNITE

Vert Pomme Très Brillant. L'activateur de fluorescence est la présence d'uranium. Réagit aux U.V. courts et longs.  

BARATOVITE

Bleu Brillant.  L'activateur de fluorescence est la présence de soufre.  Réagit aux U.V. courts.

BARYTOCALCITE

Ocre.  Réagit aux U.V. courts. 

CALCEDOINE

Blanc à Verdâtre avec des reflets bleutés.  Réagit aux U.V. longs.

CALCITE

Blanc Bleuté ou Blanc Flash ou Blanc Verdâtre ou Blanc Jaunâtre ou Rouge ou Orange ou même Jaune Citron.  L'activateur de fluorescence des couleurs allant du Rouge au Rose sont des particules de manganèse, le Blanc Jaunâtre pourrait être dû à la présence d'hydrocarbures naturels.  Certaines calcites présentent une forte phosphorescence après exposition aux ondes courtes.  Réagit aux U.V. longs et courts.

CATAPLEIITE

Vert Clair.  Réagit aux U.V. courts.

CELESTITE

Bleu Ciel.  Réagit aux U.V. longs. 

CERUSITE

Jaune Citron.  L'activateur de fluorescence est la présence de plomb.  Réagit aux U.V. longs.

CLINOHEDRITE

Orange.  Réagit aux U.V. courts.

CYMRITE (CELSIAN)

Bleu à Bleu Vert.  L'activateur de fluorescence est la présence de manganèse.  Réagit aux U.V. courts.

DIAMANTS

Brun ou Vert ou Blanc ou Bleu Ciel.  Réagit aux U.V. longs.

EUCRYPTIQUE

Rouge.  Réagit aux U.V. courts.

FLUOBORITE

Blanc Crème, légèrement Jaunâtre.  Réagit aux U.V. courts.

FLUORAPATITE

Jaune Citron.  Réagit aux U.V. courts.

FLUORITE

Jaune Verdâtre pour celle provenant de Villabona, déclinaison de couleurs entre le Blanc et le Gris pour cette de Dalnegorsk, Rouge Pourpre à Rose pour celle de Seille à et Bleue intense pour les autres.  L'activateur de fluorescence bleue est la présence du samarium ou de l'europium.  Réagit aux U.V. longs.

GYPSE

Bleue avec des reflets Gris combinée à une forte phosphorescence.  Réagit aux U.V. courts.

HACKMANITE

Jaune Orangé aux U.V. longs et Bleu Violacé aux U.V. courts.

HALITE

Déclinaison de couleurs entre l'Orange et le Rouge en fonction de la concentration de manganèse et de plomb qui sont les co-activateurs de cette fluorescence.  Réagit aux U.V. courts.

HARDYSTONITE

Bleue.  Réagit aux U.V. courts.

HYDROZINCITE

Vert Pomme aux U.V. longs et Bleu Brillant aux U.V. courts.

IDRIALITE

Déclinaisons de couleurs entre le Bleu Vert et le Bleu Turquoise pour ce minéral d'origine organique (C22H14).  Réagit aux U.V. courts.

LAZURITE

Bleu Ciel.  L'activateur de fluorescence est la présence de soufre.  Réagit aux U.V. courts.

MARGAROSANITE

Bleu Clair.  Réagit aux U.V. courts.

MOLYBDENITE

Jaune Vif.  Réagit aux U.V. courts.

NATROLITE

Vert Clair.  Réagit aux U.V. courts.

OPALE + HYALITE

Vert Pomme.  L'activateur de fluorescence est la présence de petites quantités d'uranium.  Réagit aux U.V. longs.

PECTOLITE

Jaune Citron à Rouge Brique en passant par le Jaune Ocre.  Réagit aux U.V. courts. 

PHLOGOPITE

Ocre Clair.  Réagit aux U.V. courts. 

POLYTHIONITE (variété de micas)

Jaune Verdâtre. L'activateur de fluorescence est la présence de lithium.  Réagit aux U.V. longs.

POWELLITE

 Jaune Verdâtre.  La fluorescence est due à la présence d'oxyde de molybdène.  Réagit aux U.V. courts.

QUARTZ

Blanc à Blanc Bleuté ou Jaunâtre à Jaune Vert.  La fluorescence est due à la présence d'uranium ou de gouttelettes d'hydrocarbures.  Réagit aux U.V. courts 

QUINCYTE

Rouge Carmin. Réagit aux U.V. longs.

ROSENBRUSCHITE

Bleu Vert.  Réagit aux U.V. courts.

RUBIS

Rouge Carmin.  Réagit aux U.V. longs.

SCAPOLITE (=WERNERITE)

Jaune Citron.  Réagit aux U.V. courts et reste phosphorescent très longtemps.

SCHEELITE

Bleu Ciel.  La coloration est due à la Wolframite (minerais de tungstène) qui la compose. 

Des atomes de tungstène peuvent être remplacés par du molybdène.  En fonction de l'augmentation du molybdène, la couleur passe du Bleu Ciel au Blanc, du Blanc au Jaune et du Jaune au Jaune Vert.  Réagit aux U.V. courts.

SODALITE

Déclinaison de couleurs entre le Jaune Citron et le Jaune Orangé.  Réagit aux U.V. longs.

SPHALERITE

Orange si présence de manganèse, mais aussi Bleu Clair, Bleu Vert, Turquoise.  Réagit aux U.V. courts. 

SVABITE

Déclinaison de couleurs entre le Jaune Ocre et l'Orangé.  L'activateur de fluorescence est le manganèse et le plomb.

TREMOLITE

Orange ou Bleu ou verdâtre.  Réagit aux U.V. longs et courts.

TUGTUPITE

Déclinaison de couleurs entre le Rouge Vif et le Rouge Orangé.  Réagit aux U.V. longs et courts.

USSINGITE

Orange à Rouge.  Réagit aux U.V. longs.

WILLEMITE (=TROOSTITE + de 12% de Zn remplacé par du Mn)

Déclinaison de couleurs entre le Vert Clair et le Vert Foncé.  Réagit aux U.V. courts.

WOLLASTONITE

Jaune Citron.  Réagit aux U.V. courts.

ZIRCON

Jaune Citron à Jaune Orangé.  L'activateur de fluorescence est le dysprosium.  Réagit aux U.V. longs et courts.

Retour haut de page

7.2.1.7.  Un studio photo

Un studio photo est aujourd'hui presqu'indispensable pour tout géologue amateur ou professionnel.  En effet, à de nombreuses occasions, le géologue aura besoin de photos de ses minéraux et fossiles. 

Quelles occasions ?

  • Préparation de son catalogue personnel (nous en reparlerons plus loin)
  • Présentation de montages dias pour le club auquel il est affilié
  • Comparaison entre minéraux ou entre fossiles sans devoir pour cela les déplacer de leurs boîtes, évitant ainsi les risque de casse
  • Réalisation de montages PowerPoint
  • Photos de comparaison entre minéraux naturels et minéraux fluorescents

La démocratisation des prix des appareils numériques et les logiciels performants de rectification des photos permettent à tout géologue amateur de se constituer à moindre frais un atelier photo simple et efficace.

Comment procéder ?

  • Se choisir un espace (dessus de meuble de rangement, petite table...).
  • Installer un système d'éclairage qui couvre tout l'espace et qui éclaire le centre (endroit où sera placé l'objet à photographier) de tous côtés afin d'éliminer au maximum les zones d'ombre.

  • Fixer l'appareil photo sur un trépied ou sur une table de reproduction.
  • Uniformiser le fond de la photo avec un tissu noir uni.
  • Travailler en "macro" et sans flash

µ

Mon studio photo : simple, rudimentaire mais efficace
Photo L.V.B.

Pour photographier des minéraux fluorescents,

  • Utiliser un trépied ou un support,
  • Régler son appareil manuellement, (éviter tout ce qui est automatique)
  • Diminuer la sensibilité a 100/200 iso (bien que ce soit dans le noir...)
  • Et prévoir un temps de pose variant de 0.5 a 3 secondes en général.
  • Faire quelques essais au préalable afin d'affiner les réglages... et le tour sera joué.

Retour haut de page

7.2.1.8.  Une réserve

Mettons les choses au point et appelons un chat un chat !

Si le géologue amateur se rend dans une carrière en activité pour prélever des minéraux et des fossiles, il faut bien se dire que ce qu'il n'aura pas ramassé finira dans le concasseur en vue d'en faire du granulat ou dans le four afin d'en faire du ciment (dans le cas d'une carrière de craie ou de calcaire).

Dans une carrière, j'estime que l'action de tout géologue amateur et/ou professionnel a un but de sauvetage.

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit... je n'ai pas dit qu'il fallait ramasser tout et n'importe quoi et j'ai bien parlé d'une carrière en activité et non d'un talus de route, d'une falaise au bord de la mer...

Ceci dit, tout ce qui est de qualité irréprochable devrait être sauvé... mais le géologue amateur n'a peut-être besoin pour sa collection que d'un ou deux spécimens. 

Quel dilemme !!!  Prendre un maximum de beaux échantillons... alors que seuls un ou deux se retrouveront dans sa collection?  Mais que faire avec les autres ???

Avec les autres ? C'est simple : le géologue amateur pourra se constituer une réserve de minéraux et fossiles.  Encore une fois, cette réserve ne devra contenir que des pièces parfaites, dignes de figurer dans une collection, dans SA collection.

Pour quoi faire ? C'est tout aussi simple :

  • en faire profiter les autres géologues amateurs qui n'ont pas l'opportunité de se rendre sur le site... et donc opérer avec eux des échanges. 
  • Ensuite, ce n'est pas à souhaiter mais cela arrive parfois, il se peut, lors du nettoyage d'une vitrine, lors d'une présentation ou d'une manipulation quelconque, qu'une maladresse ou qu'un coup du sort fasse d'un minéral ou un fossile se casse.  C'est évidemment, pour le géologue amateur, une perte irrémédiable car chaque minéral ou chaque fossile est unique... mais il est toujours bon de pouvoir se dire, maigre consolation, je l'avoue, que dans la réserve, il pourra y trouver une pièce de la même espèce, différente, mais de qualité équivalente.

Retour haut de page

7.2.2.  La collection

7.2.2.1.  Les logiciels de gestion des collections

Dès le départ, le débutant a tout intérêt à adopter de bons principes :

  • de l'ordre
  • du soin

Il ne faut pas tout abandonner pêle-mêle, en fouillis.  Il faut ranger les échantillons le plus vite possible.

Pour ranger des roches, des minéraux et des fossiles, il semble toujours qu'il n'y a pas de précautions à prendre.  C'est une grande erreur.  Les collections géologiques, comme nous l'avons déjà souligné, doivent impérativement être gardées à l'abri de la poussière mais aussi parfois de la lumière (le réalgar se décompose en une poudre orangée par l'action de la lumière) et parfois aussi de l'humidité (certaines marcassites, en présence d'humidité se décomposent en une poudre verdâtre tout en dégageant de l'acide sulfurique qui démange tout sur son passage). 

En principe, les échantillons doivent être isolés les uns des autres.  Chaque échantillon devrait avoir sa propre boîte.  Il existe sur le marché des boîtes de toutes dimensions pouvant accueillir chacune un échantillon... mais cela coûte cher.  Aussi, comme je l'expliquais plus haut lorsqu'on a abordé le problème de l'armoire, mes échantillons sont protégés dans des boîtes en plastique de récupération (margarine, beurre...) fermant hermétiquement.  Plusieurs petits échantillons peuvent se retrouver dans la même boîte, aussi sont-elles garnies de papier essuie-tout ou de plastique à bulle de manière à éviter les chocs éventuels. 

Certains collectionneurs, et je me suis laissé tenter par cette technique, préfèrent fixer l'échantillon sur un carré ou un rectangle de carton fort.  L'échantillon est fixé à la colle à bois et les indications nécessaires sont inscrites sur le carton même.  C'est évidemment un excellent procédé qui évite tout ennui de perte des étiquettes ou de mélange de boîtes.  Le carton étant épais, il ne s'use pas et les collections se rangent aussi facilement qu'avec des boîtes.  Cependant, je ne peux pas recommander ce procédé car certains fossiles ou minéraux fragiles peuvent se détériorer au contact de la colle, si une tache survient sur le carton et qu'il convient de le remplacer, il y a fort à parier de lors de l'arrachage de l'échantillon de son support, une partie de la colle avec un bout de carton restera solidaire du spécimen ou au contraire, c'est un morceau du spécimen qui restera fixé sur le carton.  Quoi qu'il en soit, cette méthode risque d'abîmer les collections.

Après avoir recueilli des échantillons, on les prépare comme on le verra plus loin, puis on les conserve en constituant une collection... car c'est seulement maintenant que l'acte de collectionner débute réellement.

Une collection n'est évidemment pas constituée par une série d'échantillons rangés sans ordre ajoutés les uns à la suite des autres au fur et à mesure de leur arrivée. 

Il existe sur le marché tout un tas de logiciels de gestion de collections (de timbres, d'étiquettes de boîtes d'allumettes, de bagues de cigare, de pièces de monnaie, de CD de musique, de films DVD...) qu'il suffit d'adapter pour en faire un logiciel de gestion de minéraux et fossiles.  Il existe aussi sur certains sites consacrés à la Minéralogie et/ou à la Paléontologie et chez certains revendeurs de minéraux et fossiles, des logiciels spécialement étudiés pour la gestion d'une collection géologique (micro-minéraux, macro-minéraux, roches, fossiles)

J'en ai testé plusieurs et je les ai évalués.  Evidemment, cette évaluation n'engage que moi et pour ne choquer aucune sensibilité, je me garderai bien de citer ici l'un ou l'autre nom.  Je ne peux pas m'instaurer juge en la matière et mon but n'est pas ici de décerner les Oscars, ni les étoiles du guide Michelin des logiciels de gestion de collection géologique.

Néanmoins, voici ce que j'ai pu observer :

  • Certains logiciels se sont révélés non satisfaisants parce que peu attractifs, trop rudimentaires, limités dans l'acceptation de photos de spécimens... en un mot, insuffisants...
  • D'autres, au contraire, fourmillent d'infos sur les sites, les minéraux, les fossiles, avec des cartes géographiques, des cartes géologiques, avec base de données, avec une gestion en temps réel de la collection, des emplacements photos... Cependant, ces logiciels s'ils sont super-performants, se sont révélés difficile d'utilisation pour un novice, trop complexes.  Des programmes mammouths pour des pros ou tout au moins pour des amateurs très éclairés.  Ces logiciels sont de vrais labyrinthes.  Je m'y suis allègrement perdu.
  • Beaucoup de ces logiciels sont en Anglais... la barrière de la langue existe réellement car si on peut tenir une conversation "de tous les jours" en Anglais, il y va tout autrement quand plus de 50% des mots sont des termes techniques applicables à la chimie, à la cristallographie, à la minéralogie, à la géologie...
  • D'autres, enfin sont en Français, produits par des Français, pour des Français... et on y parle que de la France (évidemment !!!), comme si les Français ne cherchaient des minéraux et des fossiles qu'en France... et comme si il n'y avait que les Français qui parlent Français.  (les Belges, les Suisses... oubliés dans la base de données.) Encore une belle preuve du "nombrilisme" de nos voisins d'outre Quiévrain.

Je n'ai donc pas trouvé mon bonheur... bien que la présentation et l'organisation de certaines pages m'aient séduit...

Enfin, il faut pousser la réflexion plus loin.  Pour cela, je me suis rendu chez d'anciens collectionneurs afin de voir comment les "conservateurs d'un âge pré-informatique" s'y sont pris.  Une telle visite n'est absolument pas dénuée d'intérêt, bien au contraire.  Le fait de pouvoir discuter avec eux et de comprendre leur mode de pensée permettent de cerner les enjeux qui ont motivé leur sens de la collection.

N'entrant pas dans le moule informatique prédigéré pour nous par d'autres, ils ont dû apprendre à organiser leur collection.  De leur aveu, cette activité semble être la plus compliquée lorsqu'on commence une collection.
"Chacun peut faire comme bon lui semble, en fonction de la place disponible et de ses goûts" me dit l'un.  Son frère, lui aussi collectionneur de minéraux et fossiles et présent lors de notre discussion ajoute : "Mais il faut quand même tenir compte de quelques "techniques" nécessaires voire indispensables si on ne veut pas, au bout d'un certain temps, se retrouver possesseur d'un tas de cailloux plus ou moins indéterminés dont on n'a que de vagues souvenirs."... et là, je dois dire qu'il marque un point !

Il faut donc garder en tête 2 points importants:

  • Pouvoir retrouver facilement ce que je cherche.

  • Savoir donner une valeur scientifique à toute pièce qui pourrait être intéressante pour une étude ultérieure.

   Pour cela vous devez suivre 3 principes importants: l'étiquetage, le classement et le rangement.

Retour haut de page

7.2.2.2. L'étiquetage

Après le nettoyage et la détermination du minéral ou du fossile, vous devez l'étiqueter, faire un acte de baptême si vous préférez.

D'abord, vous lui attribuez un code, un numéro qui l'identifiera parmi tous les autres fossiles. Ce numéro doit ABSOLUMENT être inscrit SUR le fossile lui-même (ou sa gangue) de façon indélébile. Pas de papier collé car le propre d'un papier collé est de se décoller à la première occasion! Par exemple, faites une petite tache de peinture blanche sur laquelle vous noterez le numéro avec une encre qui perdurera (comme l'encre de chine).

Ensuite vous créez une fiche "technique" sur papier qui reprendra les données principales concernant la pièce étudiée:
        - son numéro de code (bien sûr!)
        - ses noms de genre, d'espèce suivis si possible du nom de l'auteur qui lui a attribué ce nom pour la première fois, pour les fossiles; ses noms, formules chimiques, classe minérale, propriétés chimiques et physiques pour les minéraux
        - l'étage géologique d'où il provient. Vous pouvez aussi préciser la nature de la roche et autres données géologiques telles que le pendage, l'orientation..etc.
        - le numéro de la boîte où il sera rangé.
        - son mode d'acquisition (trouvaille, achat, échange, don)
        - le lieu exact de sa découverte que vous pouvez accompagner d'un plan rapide.
        - la date de la trouvaille qui peut être intéressante lorsque de nombreux sites disparaissent.
        - et pour le plaisir, pourquoi pas une photo, des notes, un article, des renseignements sur l'évolution du genre ... Bref, tout ce qui pourra améliorer la valeur scientifique du fossile qui sans cela resterait un simple caillou pour les curieux.

Retour haut de page

7.2.2.3. Le classement et le rangement

Ici, tous les goûts sont permis du moment qu'il vous sera possible, dans les temps les plus brefs, de retrouver la pièce "exceptionnelle" que vous désirez faire admirer à un autre collectionneur ou à tout autre personne plus ou moins intéressée par votre passion.

Si vous n'avez pas d'idée bien arrêtée, voici en vrac quelques idées de classement... (liste non exhaustive...!)

1.  Pour les minéraux :

  • Le rangement en fonction de la dureté des minéraux (échelle de Mohs),

     

    • Dureté

      Minéral

      Composition chimique

      Structure cristalline

      1

      Talc, friable sous l'ongle

      Mg3Si4O10(OH)2

      monoclinique

      2

      Gypse, rayable avec l'ongle

      CaSO4·2H2O

      monoclinique

      3

      Calcite, rayable avec une pièce en cuivre

      CaCO3

      rhomboédrique

      4

      Fluorine, rayable (légèrement) avec un couteau

      CaF2

      cubique

      5

      Apatite, rayable au couteau

      Ca5(PO4)3(OH-, Cl-, F-)

      hexagonale

      6

      Orthose, rayable à la lime, par le sable

      KAlSi3O8

      monoclinique

      7

      Quartz, raye une vitre

      SiO2

      hexagonal

      8

      Topaze, rayable par le carbure de tungstène

      Al2SiO4(OH-, F-)2

      orthorhombique

      9

      Corindon, rayable au carbure de silicium

      Al2O3

      rhomboédrique

      10

      Diamant, rayable avec un autre diamant

      C

      cubique

       

    • L’utilisation d’une telle méthode nécessite de posséder déjà une belle collection, car vous vous

      doutez bien que certaines parties sont difficiles à remplir (notamment celles qui correspondent aux

      trois derniers niveaux de l’échelle de dureté). Nous avons alors souvent affaire à des pierres fines, et

      il est rare qu’un collectionneur débutant ait déjà de telles pièces dans sa collection. Néanmoins,

      cette méthode est très cohérente et repose sur des bases scientifiques souvent utilisées par les grands musées.

  • Le rangement en fonction de leur appartenance chimique (classes chimiques),

    • Les minéraux peuvent aussi être rangés en fonction de leur appartenance à tel ou tel ordre chimique (composition chimique). Communément, on distingue neuf classes (Strunz, 1970).

      Classe

      1

      Eléments natifs

      2

      Sulfures

      3

      Halogénures

      4

      Oxydes et hydroxydes

      5

      Nitrates,

      6

      Carbonates et Chlorates

      7

      Sulfates, Phosphates, Arséniates, Vanadates

      8

      Silicates

      9

      Minéraux organiques

      A l’instar de la classification précédente, celle-ci est recommandée pour les petites collections. De même, elle est souvent employée par les plus grands musées, combinée parfois avec la classification reposant sur l’échelle de Mohs.

  • Le rangement en fonction de la couleur,

    • C’est évidemment la méthode qui nous vient en premier à l’esprit. Simple d’utilisation, elle s’adapte à tous les types de collections, à condition évidemment de posséder des minéraux aux couleurs variées (ce qui n’est pas souvent le cas, contrairement à ce que l’on pourrait croire).   Je vous rappelle ainsi les couleurs de l’arc-en-ciel (autant reprendre cette disposition, puisque c’est la nature elle-même qui en est à l’origine) :

       

      Couleur

       

      Rouge

       

      Orange

       

      Jaune

       

      Vert

       

      Bleu

       

      Indigo

       

      Violet

      L’inconvénient, c’est que certaines couleurs ne figurent pas (elles se situent en fait entre

      certaines couleurs de l’arc-en-ciel). Vous pouvez mettre alors à part les minéraux blancs, noirs (ou

      sombres, foncés), roses, marrons (bruns), gris (ils sont rares, mais ils existent), etc… Cela vous

      permet alors de composer deux types d’ensembles complémentaires : les minéraux de l’arc-en-ciel

      et les autres.

  • Le rangement en fonction de la nomenclature

    • Cette collection minéralogique est basée sur la nomenclature.  Il s'agit alors de prendre un bon livre de minéralogie et de tenter d'obtenir un exemplaire de chaque minéral. (fastidieux !!! mais complet...)

  • La collection thématique unique

    • Ce type de collection consiste à se spécialiser dans un seul minéral bien précis : la fluorite, quartz et inclusions, formes de la calcite (il y en a 3000 répertoriées),... Dans ce cas, il faudra essayer pour un seul minéral d'obtenir toutes les formes de cristallisations, toutes les macles et toutes les variations de teintes, sans compter que l'on peut aussi y adjoindre toutes les associations possibles avec d'autres minéraux et toutes les bizarreries que la nature peut nous offrir (inclusions, cristaux fantômes...)

  • La collection thématique pluraliste

    • Ce type de collection consiste à se spécialiser dans un seul thème bien précis s'organisant autour de quelques minéraux : minéraux régionaux, gemmes, minéraux du cuivre,  minéraux rares, minéraux du métamorphisme, sulfures, minéraux d’une seule mine,...

2.  Pour les fossiles

  • Le rangement en fonction des groupes, familles ou genres,

    • Il s'agit ici, tout comme pour la collection minéralogique basée sur la nomenclature, de trouver un exemplaire de chaque famille, voire de chaque espèce

  • Le rangement en fonction de l'étage chronologique,

    • Intéressés par la chronologie du temps, certains géologues amateurs tenteront de lier à chaque étage géologique, sous étage, formation, couche... un fossile marqueur, typique de la période.

  • Le rangement thématique.

    • Certains Géologues amateurs, intéressés par une classe d'animaux peuvent se lancer dans une collection thématique comme les Mollusques, les Trilobites, les Oursins, les Ammonites... Chaque thème pouvant être abordé au travers de l'évolution.

3.  Pour les minéraux et les fossiles

  • Le rangement en fonction de leur provenance géographique,

    • L’avantage de la méthode de rangement qui repose sur l’origine géographique des minéraux et fossiles, c’est qu’elle peut se faire à différentes échelles, tenant compte ainsi de la diversité de votre collection.

      Si vous avez une belle collection, si vous avez acheté ou eu l’occasion de récupérer des spécimens des quatre coins du monde, alors un rangement en fonction des continents peut se faire, avec des sous-classes en fonction des pays.

      Si vous avez une collection composée essentiellement d’échantillons européens, vous pouvez alors procéder à un rangement par pays.

      Enfin, si comme bon nombre d’entre nous vous avez une collection de minéraux et fossiles de Belgique (ou en majorité), vous pouvez alors procéder à des découpages en fonction des régions, des provinces des localités ou encore des carrières. Vous vous construisez une petite carte de Belgique sur laquelle vous épinglez des étiquettes retraçant l’origine de vos minéraux, et vous vous donnez l’occasion d’apprendre la géographie de Belgique… ce qui n’est pas si ridicule…

  • Le rangement thématique.

    • D'autres encore se spécialiseront dans l'étude d'une seule carrière.  Ils en suivront les travaux semaine après semaine, répertorieront tous les minéraux et tous les fossiles s'y trouvant.

  • Le rangement par chronologie d'acquisition

    • Simple, mais efficace aussi, c'est la date d'acquisition (trouvaille personnelle au cours de recherches sur le terrain, échange, achat...) qui détermine le classement.  Il est très simple de gérer un tel rangement.  En effet, imaginons que votre pièce 27 soit un quartz de La Gardette et que dans une bourse vous en trouviez un plus beau.  Il est simple de remplacer "l'ancien 27" par le "nouveau 27".  L'ancien étant alors destiné aux échanges, par exemple.

  • Une collection générale

    • On peut constituer une collection générale peu importante pour avoir un résumé de l'histoire de la vie sur terre.  Une collection de 50 roches, d'une cinquantaine de minéraux et plus ou moins 200 fossiles suffisent.  Une collection de ce type peut aussi accueillir une série locale.  Il est évident que vu le nombre restreint de pièces, le géologue amateur devra porter un intérêt particulier à la qualité des échantillons.

  • Une collection locale

    • Un Géologue habitant le Bassin Parisien ou l'Aquitaine aura plus de facilités à se consacrer à une étude de paléontologie locale axée sur le Tertiaire.  Dans ce cas, il faudra essayer de répertorier le plus d'espèces différentes afin d'en faire un inventaire des plus précis.

On peut dire que tous les arrangements sont possibles.  C'est le collectionneur qui doit s'organiser lui-même d'après ses tendances, ses besoins, ses envies et surtout ses intérêts... car si la géologie est une science, elle doit aussi être un plaisir.

Bref, c'est à vous de choisir, mais faites-le et surtout, faites-le bien.  Soyez "professionnel" dans votre côté amateur.  Soyez aussi complets que possible afin d'être crédibles !!!

Les minéraux et fossiles seront alors rangés dans des boîtes, des caisses, des tiroirs, des armoires... mais de façon à ce qu'ils soient facilement accessibles. Vous pourrez les retrouver aisément grâce aux indications de vos fiches "techniques".

Voilà, votre collection est étiquetée, classée, rangée mais ne la laissez pas dormir. Une collection qui dort est une collection qui meurt. D'autre part, une collection qui se veut "scientifique" doit servir à faire évoluer la paléontologie aussi ne la gardez pas cachée mais faites en profiter tous ceux qui pourront améliorer leurs connaissances et leurs études grâce aux précieuses données que vous pourriez leur fournir.

Prenons un exemple concret qui montre bien qu'une collection est vivante :

Dans une carrière, lors d'une toute première visite, vous récoltez des fossiles tous différents : des coraux solitaires de plusieurs espèces, des coraux coloniaux de plusieurs espèces, quelques bivalves, quelques gastéropodes et un grand nombre de brachiopodes d'espèces différentes.

Cette collection d'objets différents lorsqu'ils sont déterminés, classés, photographiés étiquetés... entrent dans votre collection et ensuite intervient pour vous la phase de construction de la collection. 

Tous ces éléments disparates différents ont pourtant un point commun : ce sont des animaux marins inféodés ou non au fond de la mer, demandant des conditions de vie particulières : une mer chaude, peu profonde, avec une eau claire riche en matières nutritives.

Lors d'une autre visite dans cette carrière vous découvrez deux autres fossiles tout à fait différents de ce que vous avez trouvé jusqu'alors : un calice de crinoïde et un trilobite.  Ces deux éléments entrent dans votre collection après leur étude précise.  Ensuite intervient la phase de reconstruction de la collection en employant des questions essentielles :

·         Les informations apportées par ces nouvelles pièces confirment-elles le modèle géologique mis en place ? Oui, nous sommes toujours en présence d'une mer chaude, peu profonde, bien éclairée, avec une eau claire riche en matières nutritives.
·         Les informations apportées par ces nouvelles pièces modifient-elles le modèle géologique mis en place ?
o        Si oui, comment va-t-on modifier le modèle géologique actuel pour qu'il soit en adéquation avec les nouvelles informations reçues ? Un peu.  Le crinoïde, prédateur, nous indique qu'il y avait de petits animaux ou du zooplancton pour se nourrir et le trilobite, éboueur par excellence, nous indique que des débris végétaux et animaux jonchaient le fond des mers.
·         Les informations apportées par ces nouvelles pièces éradiquent-elles complètement le modèle géologique mis en place ? Absolument pas.
o        Si oui, quel nouveau modèle géologique en adéquation avec toutes les informations de toutes les pièces de la collection allons-nous mettre en place ?

Ce petit exemple, simpliste, il faut le reconnaître, nous montre plusieurs points essentiels que nous devons avoir à l'esprit :

  • Une collection commence par la phase d'acquisition des éléments, leur étude.
  • Suit une phase de construction de la collection.
  • Ce petit exemple montre aussi de manière criante que retirer une pièce de la collection enlève à celle-ci des informations importantes... donc les pièces d'une collection sont inséparables. 
  • Lors de l'arrivée de nouvelles pièces l'opération de reconstitution du modèle régénère la cohérence de la collection, mais aussi le désir du collectionneur qui esquisse déjà l'objet manquant. (à la prochaine visite de la carrière, une recherche se fera sur d'autres animaux potentiellement présents dans une mer chaude, peu profonde et riche en éléments nutritifs)
  • On peut sentir ici le fait que la collection est potentiellement infinie car de nouveaux indices, de nouveaux restes d'animaux peuvent toujours être découverts, mais en attendant une autre visite de la carrière, elle est provisoirement finie au moment présent.

On peut comprendre facilement que le Géologue amateur vit véritablement dans l'avenir, car lorsqu'il termine une recherche dans une carrière, il vibre lors du rangement, il ressent une réelle jouissance lors de la reconstruction du modèle géologique qu'il a mis au point et enfin il exulte d'impatience à l'idée de visiter une nouvelle carrière et déjà des projets de recherches bibliographiques et cartographiques naissent dans son esprit en vue de réaliser de nouvelles prospections.

C'est ici que le catalogue prend toute son importance.  C'est l'élément fédérateur de toute la collection.  Dans le catalogue, le Géologue y recopie toutes les observations, les dessins, colle les photos prises sur le terrain, toutes les observations faites au retour dans le laboratoire, et tous les renseignements glanés au fil du temps dans les bibliothèques, auprès des collègues, dans les musées et sur Internet.  Une collection présente toujours d'autant plus d'intérêt que les échantillons sont accompagnés d'un plus grand luxe de détails et de précisions.

Le catalogue évite ainsi les défaillances de la mémoire.

Disons et répétons encore que les échantillons conservés sans étiquette d'origine, n'ont aucun intérêt scientifique.  Ce sont des cailloux bons à jeter.

Une collection bien classée, bien déterminée, pourvue d'étiquettes précisant les origines de lieu et de niveau, présente un intérêt scientifique certain.  Une "collection" d'échantillons en vrac, sans indications d'origine, n'a aucune espèce d'intérêt.  Par contre, un géologue peut constituer une belle collection locale, susceptible d'attirer l'attention des spécialistes, en prenant ce minimum de précaution.  L'amateur éclairé ne se verra jamais attribuer les termes péjoratifs de "coquillard" ou de "caillouteux", créé précisément pour les ignorants abusifs qui accumulaient chez eux des caisses de minéraux et de fossiles, mélangés, sans indication d'origine mais qui se trouvaient ravis d'avoir chez eux, 200 kg d'échantillons ou 50.000 minéraux et fossiles.

En exemple, je vous propose ma méthode.  Ce n'est pas la moins bonne, ce n'est pas la meilleure.  C'est la mienne, celle qui colle le mieux à ma personnalité et avec laquelle je me sens à l'aise.

Petite précision expliquant pourquoi et comment j'ai choisi cette méthode.

Etant enseignant, je suis tenu légalement à présenter un journal de classe.  Sans entrer dans les détails, il doit comporter un semainier (calendrier de la semaine avec la succession des activités), les préparations de leçons en rapport avec les activités prévues dans le semainier et les documents des élèves en rapport avec chaque leçon.  Après m'être promené avec des fardes pleines de feuilles, qui finissent un jour par se détacher, se tacher, se perdre... (une année scolaire = 14 à 15 fardes à levier !!!) j'ai imaginé de réaliser un journal de classe informatique.  Dans le semainier, à chaque période de cours correspond un lien hypertexte qui renvoie vers la leçon et dans la leçon, des liens hypertextes renvoient vers les documents des élèves.  Tout y est gardé dans des dossiers séparés.  

J'ai donc imaginé réaliser un catalogue de collection similaire en prenant comme base certaines présentations de certains logiciels qui m'avaient séduit.

Retour haut de page

8.  Ma méthode d'étiquetage, classement et rangement

D'abord et avant tout, je n'écris rien sur le minéral ou sur le fossile.  C'est un choix.  Je préfère une étiquette autocollante sur la boîte.

Chaque boîte porte une ou plusieurs étiquette(s) comme celle ci-dessous.

"...une ou plusieurs étiquettes..." car il est impossible pour moi de ne disposer qu'un seul minéral ou un seul fossile par boîte... (Il faut gérer une espace réduit... et croyez-moi, les minéraux et les fossiles, à la longue, cela prend beaucoup plus d'espace que prévu).  Je n'oublie pas non plus ce que je disais au début du 7.2.2.1. :"...En principe, les échantillons doivent être isolés les uns des autres.  Chaque échantillon devrait avoir sa propre boîte.  Il existe sur le marché des boîtes de toutes dimensions pouvant accueillir chacune un échantillon... mais cela coûte cher.  Aussi, comme je l'expliquais plus haut lorsqu'on a abordé le problème de l'armoire, mes échantillons sont protégés dans des boîtes en plastique de récupération (margarine, beurre...) fermant hermétiquement.  Plusieurs petits échantillons peuvent se retrouver dans la même boîte, aussi sont-elles garnies de papier essuie-tout ou de plastique à bulle de manière à éviter les chocs éventuels..."

Donc je protège mes minéraux et fossiles...

    
    Identification de boîte : 02/05
 
    Provenance : Ancienne mine de fluorite de
                            Foisches (08) - 4400 à 4406 Givetien

Quelques explications sont nécessaires à propos de :

  • Numéro de la boîte :     
    • 02 : indique le numéro du tiroir (chez moi de 01 à 52)
    • 05 : indique le numéro de la boîte (Au moment où j'écris ces lignes, le tiroir contenant le moins de boîtes en contient 4 et le tiroir en contenant le plus en contient 38... mais certains tiroirs sont encore vides)
  • Provenance :
    • Ancienne mine de fluorite de Foisches (08) : indique la provenance exacte et le département français où se situe l'endroit.
    • 4400 à 4406 Givetien : indique la couche géologique où a été découvert l'échantillon.

    De manière tout à fait arbitraire, j'ai repris tous les étages de toutes les ères géologiques et je les ai numérotées de 100 en 100.  Pourquoi de 100 en 100 ?  Tout simplement parce que là où je n'ai pas encore prospecté, j'en ai été réduit à n'indiquer que le système et l'étage... et dans le Dévonien, j'ai pu y dégager L'Ere, le Système, la Série, l'Etage, le Groupe, la Formation, le Membre et la Couche et donc opérer une numérotation plus fine.  Il en a été de même lors de l'étude du Massif de Rocroi.

    A chaque couche, visitée, des informations sur la nature des couches, les minéraux et fossiles trouvés, sont indiqués avec autant de détails que possible.  Ainsi, au fur et à mesure des expéditions, l'échelle géologique correspond de plus en plus à ma personnalité, à mon secteur de recherche.

A cette échelle géologique et à cette étiquette collée sur la boîte, correspond un
catalogue dont voici la page consacrée à la fluorite.

 

Carte d’identité n°000005

Tiroir n°02

Nom : Fluorite de Foisches
Localisation : Ancienne mine de fluorite de Foisches (08) (4400 à 4406 Givetien)

Caractéristiques physico-chimiques

  Composition chimique

CaF2 (Fluorure de calcium).

Classe minéralogique

Halogénures

 

Généralités

 

La fluorite présente habituellement une composition presque pure de CaF2 comprenant 51,3 % de calcium et 48,7 % de fluor.  Ce dernier élément, de symbole atomique F et de numéro atomique 9, n'a été isolé à l'état élémentaire qu'en 1886 par Henri Moissan, bien que son existence ait été pressentie de longue date. C'est un élément assez abondant dans la lithosphère, son clarke atteignant 625 parties par million; ce dernier est ainsi plus élevé que celui du cuivre (55 p.p.m.) ou du carbone (200 p.p.m.).

De nombreuses analyses anciennes mentionnent d'autres éléments en petites quantités.  Dans la plupart des cas, à l'exception des terres rares, ces éléments sont probablement étrangers au réseau cristallin. Leur détection (par spectroscopie d'absorption, spectroscopie d'émission, analyse chimique, cathodoluminescence, thermoluminescence, triboluminescence, fluorescence aux ultraviolets ou aux rayons X) résulte plus vraisemblablement de la présence d'impuretés ou d'inclusions. Ces éléments, dont la teneur peut parfois dépasser les 50 parties par million sont principalement l’aluminium (Göschenen, Suisse; Wolsendorf, Allemagne; Przibram, Pologne; Rabenstein, Autriche; Cornouailles, Angleterre; Westmoreland, New Hampshire, mine Greenleaf, Nouveau Mexique, États-Unis), l'argent, l'argon, l'azote, le baryum (Madoc, Ontario, Canada; Clay Center, Ohio, mine Greenleaf, Nouveau Mexique, États-Unis), le béryllium (mont Antero, Colorado, États-Unis), le carbone, le chlore, le chrome, le cuivre, l'hélium, l'hydrogène, le fer (mine Hessenbach, Allemagne), le lithium, le magnésium, le manganèse (Cave-in-Rock, Illinois, États-Unis), l'oxygène, le phosphore, le plomb (Cornouailles, Angleterre; Rabenstein, Autriche), le potassium, le silicium (Przibram, Pologne; mine Greenleaf, Nouveau Mexique, États-Unis), le sodium (Rabenstein, Autriche; mine Hessenbach, Allemagne), le soufre, le strontium, le thorium, l'uranium, le vanadium et le zinc.

À l'opposé, les terres rares et, plus particulièrement, l'yttrium et le cérium se substituent souvent au calcium.  L'analyse de 372 fluorites provenant de l'ex-URSS a permis à Fayziyev (1990) d'observer que celles des pegmatites granitiques présentaient la plus forte teneur en yttrium (en moyenne 349 p.p.m. et jusqu'à 2884 p.p.m. pour celles du Tadjikistan) ; à l'opposé, celles des carbonatites et des roches métasomatiques atteignaient respectivement en moyenne 337 et 343 parties par million, la teneur la plus faible (132 p.p.m.) ayant été mesurée pour une fluorite d'une roche magmatique. Dans la fluorite yttriée (Y > Ce) et l'yttrocérite (Ce > Y), ces terres rares peuvent dépasser plusieurs %, leurs rapports (Y ,Ce )/Ca et (Ce, Y)/Ca atteignant respectivement 19 % (Hundholmen, Norvège) et 17 % (Fahlun, Suède). Pour les échantillons artificiels, les rapports Y ICa et Ce/Ca peuvent atteindre respectivement 53 et 50 %. D'autres terres rares ont aussi été détectées en spectrographie, notamment le dysprosium, l'erbium, l'europium (Weardale, Angleterre), le gadolinium, le lanthane (Madoc, Ontario, Canada; Weardale, Angleterre; Rossie, New York, États-Unis), le néodyme, le praséodyme, le samarium, le terbium et l'ytterbium (Weardale, Angleterre; Goschenen, Suisse; Westmoreland, New Hampshire, mine Greenleaf, Nouveau Mexique, États-Unis).

Baranov (1966) a montré que la teneur en uranium établie à partir de 160 fluorites pegmatitiques et hydrothermales pouvait être comprise entre 0,1 et 1 partie par million.

Plus récemment, Li et al. (1985) ont mesuré des teneurs en uranium plus thorium comprises entre 1 et 18 parties par million dans des échantillons provenant de Bayan Obo (Mongolie intérieure, Chine).

Certaines fluorites d'un violet sombre presque noir sont réputées pour contenir du fluor libre; lors de leur broyage ou de leur frottement, de tels spécimens émettent une forte odeur d'ozone et des vapeurs très toxiques d'acide fluorhydrique formées par l'action du fluor sur l'air humide. Cette variété dénommée antozonite (ou antozonaire) est toujours associée à des minerais radioactifs, la radioactivité étant tenue responsable de la libération du fluor. D'autres fluorites, notamment les parties sombres de la variété « Blue-John » provenant de Treak Cliff près de Castleton (Angleterre) contiennent une quantité non négligeable d'hydrocarbures. Les fluorites pourpres peuvent contenir une quantité appréciable de strontium, jusqu'à 1 % dans celles provenant du Transvaal (Afrique du Sud).

La fluorite possède fréquemment de minuscules inclusions solides ou fluides. Les premières (pyrite, chalcopyrite, galène...) se sont déposées en surface lors de la croissance du cristal. Les secondes, remplies de gaz, d'eau ou de liquide organique, sont fréquemment piégées dans la masse. De telles inclusions, lorsqu'elles sont biphasées ou triphasées, constituent un matériau idéal pour les études de thermométrie ou du chimisme des milieux filoniens ou sédimentaires où s'est formé le cristal hôte.

Système cristallin

  Cubique.

 

 

  Densité

3,2 soit 3200 grammes pour un dm3 de fluorite massive

  Dureté

4 (sur l'échelle de Mohs).

  Forme des cristaux

  En cristaux fréquemment cubiques, moins souvent octaédriques ou rhombododécaédriques. Les combinaisons du cube avec l'octaèdre ou le rhombododécaèdre.  Leurs angles sont souvent modifiés par le tétragonotrioctaèdre et l'hexaoctaèdre. Ces combinaisons ont souvent les faces du cube lisses et les autres ternes ou rugueuses, car elles sont formées de minuscules faces de cube disposées parallèlement. La fluorite étant un minéral cubique appartenant à la classe de symétrie holoèdre, ses cristaux peuvent présenter une grande diversité de forme : sept types de formes sont susceptibles de se développer : l'hexaèdre (ou cube), l'octaèdre, le rhombododécaèdre (ou dodécaèdre), le tétrahexaèdre (ou cube pyramidé), le tétragonotrioctaèdre (ou trapézoèdre), le trigonotrioctaèdre et l'hexaoctaèdre (ou hexoctaèdre).

L'hexaèdre correspond à un cube formé de six faces carrées formant des angles de 90° entre elles. Chacune des faces intersecte l'un des axes cristallographiques et est parallèle aux deux autres.

L'octaèdre est constitué de huit faces triangulaires équilatérales, chacune intersectant les trois axes cristallographiques à égales distances.  Cette forme, lorsqu'elle est combinée avec l'hexaèdre, peut être identifiée par ses huit faces identiques, chacune présentant la même inclinaison par rapport aux axes cristallographiques ; les faces de l'octaèdre tronquent ainsi symétriquement les angles de l'hexaèdre.

Le rhombododécaèdre est formé de douze faces rhombiques (losangiques). Chacune intersecte deux axes cristallographiques à égales distances et est parallèle au troisième. Qu'il soit associé à l'hexaèdre ou à l'octaèdre, le rhombododécaèdre tronque leurs arêtes.

Le tétrahexaèdre est composé de vingt-quatre faces triangulaires isocèles. Chacune intersecte deux axes, l'un à l'unité et l'autre à une fraction rationnelle, et est parallèle au troisième. Il existe un grand nombre de tétrahexaèdres différant par l'inclinaison de leurs faces.  Cette forme, comme son nom l'indique, ressemble à un cube dont chacune de faces est surmontée d’une pyramide à quatre pans.

Le tétragonotrioctaèdre est constitué de vingt-quatre faces losangiques. Chacune intersecte l'un des axes cristallographiques à l'unité et les deux autres selon une même fraction rationnelle. Les tétragonotrioctaèdres se différencient par l'inclinaison de leurs faces.  Leur nom fait référence à une forme composée de vingt-quatre faces correspondant à un octaèdre dont chaque face est surmontée par trois facettes, chacunes comportant quatre angles (tétragone).

Le trigonotrioctaèdre est formé de vingt-quatre faces triangulaires isocèles.  Chacune intersecte deux axes cristallographiques à l'unité et le troisième à une fraction rationnelle.  Les divers trigonotrioctaèdres varient en fonction de l'inclinaison de leurs faces.  Le trigonotrioctaèdre, comme le tétragonotrioctaèdre, peut être considéré comme un octaèdre dont chaque face est surélevée afin de pouvoir en accommoder trois autres.  Leur nom fait référence à une forme composée de vingt-quatre faces dont chacune possède trois angles.

L 'hexaoctaèdre est composé de quarante-huit faces triangulaires; chacune intersectant les axes cristallographiques selon trois distances différentes. 

 Les macles d'interpénétration sont courantes. En masses compactes (apathiques) ou granulaires. Ce minéral est plus souvent massif, granulaire, nodulaire, botryoïdal, rarement columellaire ou fibreux. Les masses compactes, plus ou moins importantes, arborent souvent un clivage légèrement courbe. Les masses fibrolamellaires, à structure plus ou moins concrétionnée, montrent communément des alternances de zones de diverses colorations «Blue-John » du Derbyshire. De tels habitus peuvent se révéler trompeurs et rendre l'identification de cette phase minérale délicate, notamment les masses grenues, pulvérulentes ou terreuses. La fluorite ferrugineuse d'Escaro dans le massif du Canigou (Pyrénées-Orientales), avec son aspect inhabituel, a longtemps été considérée comme de la silice. Dans le gisement de Quatro Palmas (Mexique), ce sont des concrétions de fluorite coralloïde grisâtre qui rappellent certains calcaires organogènes. Dans de rares cas, seule l'analyse chimique ou la diffraction des rayons X permet d'identifier avec certitude cette espèce (variété terreuse grisâtre de Mae Than, Thailande ; spécimens de formations lacustres volcano- sédimentaires à faible cohésion des environs de Rome, Italie).

L'apparition d'une forme particulière lors de la croissance d'un cristal de fluorite est corrélée aux conditions de température.  De manière générale, le cube serait la forme classique des cristaux, cependant bien d'autres formes peuvent être observées :  L'octaèdre serait caractéristique de températures de cristallisation plus élevées ce qui explique que cette habitus soit le faciès typique des cristaux des fentes alpines.  Cette forme serait favorisée par des températures caractéristiques des conditions de formation des pegmatites.  Les cristaux de fluorite cristallisant dans de telles conditions se distinguent par l'absence d'europium alors que ceux déposés dans les conditions hydrothermales - donc à des températures plus basses - sont enrichis en cette terre rare. Le passage d'un cœur octaédrique à un habitus externe cubique observé par transparence ou fluorescence chez certains cristaux peut ainsi s'expliquer aisément par une diminution de la température de la solution-mère lors de leur cristallisation et si la température de la solution saline diminue de plus en plus, on constate par contraste et de manière inversement proportionnelle, une apparition de formes cristallines dont le nombre de faces augmente de plus en plus.  On passe du cube (6faces) au diploèdre (24 faces), puis au giroèdre (24 faces) pour arriver à l'hexoctaèdre (48 faces).

Cube

Dodécaèdre pentagonal

Diploèdre

Giroèdre

 

 

Hexoctaèdre

Tétraèdre

Octaèdre

 

Clivage

Parfait sur l'octaèdre. L'observation des plans de clivages (zones internes de faiblesses), est aisée sur la fluorite en masses compactes.

Casser une masse compacte de fluorite à l'aide d'un marteau de géologue fait immanquablement apparaître de nombreuses faces lisses qui correspondent aux plans moléculaires du réseau cristallin.

 Fracture

Subconchoïdale (assez proche de celle du verre).

  Couleur

  Les variations de colorations sont nombreuses et dues à la présence d'impuretés (éléments chimiques autres que le calcium ou le fluor et présents en quantités aussi minimes que quelques ppm (parties par millions). Souvent : mauve, vert, jaune, bleu. Plus rarement rouge, incolore et rose.

Les cristaux individuels peuvent êtres diversement colorés et, comme certaines masses de fluorite, présentent souvent des bandes de couleurs.

Dans le cas de la fluorite, le problème de la coloration n'est pas simple car différentes terres rares peuvent être présentes simultanément, tandis qu'il existe aussi de nombreux défauts: lacunes d'ions, ions P- en position interstitielle, ions OH- ou 02- en remplacement d'ions P-, terres rares en remplacement du calcium...   Mais voyons cela en détail, couleur par couleur et tentons d'élucider le mystère…

Coloration mauve, violette à violet foncé : ces couleurs sont classiques et observables dans la plupart des gisements; elles sont dues à la présence de colloïdes de calcium dispersés dans le cristal et formés à la suite d'une irradiation.  Sur les spectres on observe une large bande d'absorption centrée en gros sur 570 nanomètres.

Coloration bleue: si la présence de colloïdes de calcium de grande taille peut donner, du fait du déplacement de la bande d'absorption vers des longueurs d'onde plus grandes (donc vers le rouge), une coloration bleu intense, il existe également une autre cause de cette coloration dans les fluorites de couleur bleue plus claire : c'est la présence de centres colorés fluorés créés par irradiation et ce d'autant plus facilement que des impuretés comme des ions négatifs d’oxygène et d’hydroxydes (02- et OH-), ainsi que des défauts structuraux, sont présents dans la structure car ils sont susceptibles de fournir des électrons.  Ces centres fluorés sont associés à des ions voisins positifs d’ytrium (y3+) remplaçants des ions positifs de calcium (Ca2+).  Cette couleur bleu pâle peut encore s'affadir par exposition à la lumière solaire.  

Coloration verte : Le calcium peut être remplacé par des terres rares (yttrium et lanthanides) généralement à l'état d'ions trivalents.  En fait, la coloration verte est due à la présence d'ions Sm3+ (samarium) qui ne donnent aucune coloration, l'absorption se situant dans l'ultraviolet, le samarium peut cependant être réduit en Sm2+ sous l'influence d'une irradiation avec apparition d'une couleur verte due à la présence d'une bande d'absorption culminant un peu avant 600 nanomètres et éliminant le jaune et l'orangé, tandis que le minimum situé vers 500 nanomètres laisse passer le vert (520 nm). Là encore, un chauffage provoque l'oxydation de Sm2+ en Sm3+ et la disparition de cette coloration fréquente dans les fluorites d'origine hydrothermale.

Coloration rose : Tous les collectionneurs connaissent les magnifiques octaèdres de fluorite rose des fentes alpines du massif du Mont-Blanc. Leur spectre optique présente une large bande d'absorption dont le maximum est situé un peu avant 600 nanomètres et qui élimine le bleu, le vert, le jaune (580 nm) et même une partie de l'orangé (600 nm) : seules les radiations rouges ne seront pas absorbées, d'où la couleur de ces cristaux. La cause en est la présence d'un centre coloré plus complexe (Y02), associant un ion Y3+ et un ion moléculaire O2- ; cet ion moléculaire est instable et, par chauffage et capture d'un électron, il est dissocié en deux ions normaux 02- avec disparition de la couleur.

Coloration jaune : elle est due à la présence d'un centre coloré constitué par un ion moléculaire O2- remplaçant deux ions F- voisins.  Sur le spectre, on note une large bande d'absorption culminant vers 430 nanomètres et s'étendant, du côté des grandes longueurs d'onde, jusque vers 520 nanomètres. Les radiations jaunes (580 nm) passent donc sans problème.

  Trace

Blanche.

  Eclat

Vitreux.

Transparence

Transparente à translucide pour les variétés claires et pures... parfois opaque pour les variétés très sombres

 

 Fluorescence

 

Przibram (1946) a examiné la variation de couleurs des fluorites, parfois dans le même cristal.

La fluorescence du minéral de Namèche (bleue dans la fluorite incolore et rouge dans la violette) traduit la présence d'europium et de samarium. Selon Leckebusch et al. (1974), l'origine des couleurs dans la fluorite de Seilles est due à des centres de couleur. Ils occupent une vacance anionique et sont composés soit de deux électrons et un cation étranger trivalent (fluorites vertes et bleues), soit d'un électron, un cation étranger et deux oxygènes (fluorite violette) ; le cation étranger serait une terre rare. Les conditions de gisement sont les mêmes dans ces deux localités.

Elle est fluorescente aux ultras violets de grande longueur d'onde. Elle a d'ailleurs donné son nom à ce phénomène. (Nous en reparlerons plus longuement plus loin).

Chauffée, la fluorite devient fortement lumineuse (elle est phosphorescente). En 1824 le minéralogiste allemand Friedrich Mohs (1773-1839) découvrit cette particularité de la fluorite et la baptisa fluorescence. C'est une particularité bien reconnaissable sur certains spaths translucides. Si la lumière les traverse, ils ont une autre couleur qu'à la lumière incidente : à la lumière incidente ils sont d'ordinaire violets et verts à la lumière transparente. Le terme de fluorescence s'emploie de nos jours pour désigner un tout autre phénomène ou pour certaines formes de luminescence.

La fluorite de Foisches ou de Rancennes n'est absolument pas fluorescente

Genèse

Hydrothermale sédimentaire et métasomatique de contact.

Réaction à l'acide

Réagit en présence d'acide sulfurique (H2SO4) et provoque un dégagement d'acide fluorhydrique (HF)

 

Lieu précis où il a été trouvé  et description sommaire de l’endroit

Le gisement de Foisches (France) est situé dans un mamelon calcaire boisé, dénommé Bois-le-Duc, qui émerge au milieu de limons récents masquant le substratum paléozoïque. Les calcaires généralement bien stratifiés plongent vers l'Est en dessinant un demi-dôme qui s'enfonce sous les terrains de couverture.

Pour s'y rendre, de Givet, prendre la N51 en direction de Revin et Fumay. Passer devant la Carrière des Trois Fontaines, passer le rond point de Chooz et garder la direction Aubrives, Fumay, Revin, et en haut de la côte, prendre à droite en direction de Foisches.  Traverser le village et passer à côté du cimetière.  Devant soi, une bute recouverte d'arbres émerge de la petite dépression limoneuse.  C'est l'emplacement de l'ancienne mine de fluorite aujourd'hui classée "Réserve Naturelle de la Pointe de Givet"

Cristal violet foncé opaque sur gangue de calcaire siliceux à Rancennes

Filon de fluorite violet foncé en deux couches vis à vis s'écartant pour former une géode où ont pu croître des cristaux jaunes à verts

 

Informations complémentaires

 

La minéralisation est éparpillée en divers points au sommet et sur les flancs du mamelon avec une densité de caractères fort variables. La fluorite généralement violette, plus rarement d'un vert foncé, se présente massive, en filonnets épais de 5 à 6 cm, au maximum, suivant les joints de stratification et entamant plus ou moins les bancs, en veinettes remplissant des diaclases ou des fissures, en agrégats cristallins tapissant des géodes ou formant des "boules" dans la masse du calcaire. On la trouve aussi en blocs de la grosseur du poing.  Par endroits, la minéralisation est si ténue qu'elle se réduit à de minces filonnets et à une dispersion très clairsemée de mouchetures violacées dans le calcaire bleu-gris. Le spath fluor se présente généralement seul, mais peut être accompagné de calcite blanche ou encore de galène.  On peut trouver aussi des empilements de couches de différentes couleurs, ce qui pourrait être assez joli si les cristaux étaient bien formés et s'ils n'étaient pas recouverts d'une fine couche de rouille brune très difficile à enlever.

L'examen d'échantillons en lames minces indique que la mise en place de fluorite est en relation avec des phénomènes de silicification des calcaires.

Le dépôt de fluorite a eu lieu plus tard et dans les zones préalablement silicifiées comme le montre la présence de nombreux cristaux de quartz corrodés à l'intérieur des plages de fluorite.

Informations complémentaires

Le dépôt de fluorite a eu lieu plus tard et dans les zones préalablement silicifiées comme le montre la présence de nombreux cristaux de quartz corrodés à l'intérieur des plages de fluorite.

A cette altération endogène des calcaires s'est surimposée, par la suite, une altération supergène très active en certains points où les eaux d'infiltration ont décalcifié la roche calcaire et désagrégé la roche silicifiée, les transformant respectivement en une argile brune et rougeâtre et en sable. Cette altération superficielle a évidemment laissé intact l'élément stable qu'est la fluorite et celle-ci se présente alors au sein des produits résiduels en masses cristallines violettes de toutes grosseurs.

L'altération météoritique affecte certains bancs beaucoup plus intensément que d'autres et il est remarquable de constater que les zones les plus fortement transformées par les eaux météoritiques coïncident avec celles qui se sont montrées les plus sensibles à l'action des solutions minéralisantes ascendantes. Ainsi, au front d'une carrière, on peut voir une couche d'argile brune et sableuse enrobant des lentilles et des boules massives de spath fluor, surmontées de bancs calcaires peu ou pas silicifiées, sans décalcification appréciable, et pratiquement stériles quant à la fluorite. Seul le banc calcaire est légèrement moucheté de fluorite.

On observe également des bancs calcaires inaltérés à leur partie supérieure, la plus proche du sol, et ne contenant que quelques cristaux dispersés de fluorite qui passent en aval à une couche d'argile résiduelle criblée de masses plus ou moins volumineuses de spath fluor. En y regardant de plus près, on constate que la zone altérée de l'assise calcaire appartient à une véritable poche de dissolution allant jusqu'à la surface du sol et comblée d'argiles de décalcification, de sable détritique, de blocs de calcaire résistant et de fluorite. Cette poche d'altération coïncide avec une colonne richement minéralisée probablement à cause d'une fracture qui a permis une montée plus facile des solutions magmatiques. Le banc sous-jacent, plus massif, n'a subit pratiquement aucune modification du fait des solutions siliceuses et fluorées ascendantes, ni du fait des agents météoritiques.

Si on a fait une description si importante de gisement de Foisches, c'est parce que ses caractéristiques sont comparables et transférables aux autres gisements.

Les photos des spécimens de ce gisement

Les fluorites de Foisches

 

Quand il s'agit d'un fossile, une fiche d'identification de l'animal prend place... Elle a été calquée et aménagée à partir de la synthèse finale d’un travail de groupe réalisé par mes élèves de 6ème primaire pour l’observation d’un animal vivant… (Merci à eux !!!)

 

   
    Identification de boîte : 14/07
 
    Provenance : Tranchée du chemin de fer
                            rue des Mignées,
                            Bois de Biron,
                            entre Barvaux et Hotton 
                            4518 Fr3n
 

 

Carte d'identité d'un fossile

Carte d’identité n°000007

Tiroir n°14

Nom latin : Spirifer verneuilli
Localisation précise : Tranchée du chemin de fer de Barvaux, rue des Mignées, Bois de Biron, entre Barvaux et Hotton  (4518 Fr3n = Assise de Barvaux composée de schistes violets avec gros fossiles)

Photo d'un spécimen

Dessin idéalisé d'un spécimen

Description du spécimen

C'est l'un des Brachiopodes les plus connus. C'est une grande espèce fusiforme (de 6 à 12 cm de long... parfois même jusqu'à 20 à 25 cm de long pour les plus grands spécimens), plus ou moins allongée transversalement, à bord cardinal rectiligne, crochets plutôt saillants et même assez proéminent, dominant une area bien développée avec large pseudo-deltidium. Ornementation de nombreuses côtes rayonnantes en éventail, arrondies, très serrées (de 40 à 90 côtes radiales sur chaque valve). Un bourrelet dorsal médian, correspondant à une dépression ou sinus de la valve ventrale. Le genre Spirifer est caractérisé par ses spirales internes bien développées, à pointes dirigées vers les bords extrêmes de la coquille.

Photos de l'endroit

 

Description de l'endroit

Nous entrons dans Barvaux en venant de Durbuy, Hotton. Nous passons devant une grande surface située à notre droite. Un peu plus loin, une rue à droite nous conduit sous un pont sur lequel passe le chemin de fer. Tout le talus du chemin de fer est à explorer. Attention, depuis quelques années, la S.N.C.B. l'interdit !!!
Nous sortons de Barvaux en se dirigeant vers Marche-en-Famenne.  La route longe le chemin de fer par la droite.  Dans une côte, un long virage sur la gauche s'amorce et nous passons sur un pont qui enjambe la voie ferrée.  Le chemin de fer est maintenant à notre droite passons.  Un peu plus loin, à droite, nous croisons la rue des Mignées.  Nous l'empruntons.  Nous retraversons le chemin de fer et nous nous garons aux abords de la petite maison.  Un chemin forestier sur la gauche pénètre le bois puis longe un talus qui n'est autre que les déchets du creusement de la voie ferrée.  Ces talus recèlent de nombreux Brachiopodes comme Spirifer verneuilli et Spirifer grabaui.  L'autorisation de prospection est à demander à l'administration communale de Jalhay et si l'autorisation vous est accordée, elle sera de toute manière soumise à l'accord préalable de l'agent de la DNF en charge de la région.

Règne

 Végétal    Animal

Embranchement

 Vertébré    Invertébré

Famille

 Mammifères    Echinodermes échinides  
 Oiseaux    Echinodermes stellérides  
 Reptiles    Echinodermes ophiurides  
 Amphibiens    Echinodermes crinoïdes  
 Poissons    Bryozoaires  
 Mollusques gastéropodes    Arthropodes crustacés  
 Mollusques bivalves    Arthropodes insectes  
 Mollusques céphalopodes dibranchiaux    Arthropodes myriapodes  
 Mollusques céphalopodes tétrabranchiaux    Arthropodes arachnides  
 Coelentérés hexacoralliaires ou madrépores    Arthropodes trilobitomorphes  
 Coelentérés octocoralliaires ou rugueux    Brachiopodes

Ecologie

Contrairement au Paléozoïque, les représentants actuels sont peu nombreux, moins de 300 espèces.   Peu à peu, concurrencés par les lamellibranches, ils ont abandonné les niches écologiques qu'ils occupaient auparavant pour se retirer dans des milieux plus adaptés à leur besoins vitaux. Aujourd'hui, on trouve ces organismes, exclusivement marins, dans toutes les mers du monde, bien que la majorité d'entre eux semblent préférer les eaux froides. Ils occupent un intervalle bathymétrique très étendu, allant des plates-formes peu profondes (0-200 m) aux zones abyssales (plus de 4 500 m). La nature du substrat, fonds durs (parois rocheuses, débris coquilliers, tubes de serpules…) ou fonds meubles (vase, sable…), l’énergie du milieu et les apports terrigènes, conditionnent l’installation et la radiation des peuplements de brachiopodes.

Retour haut de page

9.  Le transport d'une collection ou d'échantillons

 

A différents moments, le géologue amateur aura l'occasion de transporter sa collection, une partie de sa collection ou seulement quelques échantillons... pour une présentation, une exposition... ou tout simplement au retour de la carrière avec de nouveaux échantillons découverts.

Le transport d'échantillons que ce soit des minéraux ou des fossiles, n'est jamais sans danger. 

On ne transporte pas des échantillons géologiques comme on transporte des pommes de terre.

Les minéraux et les fossiles sont des objets fragiles que les heurts et même les frottements prolongés usent et brisent.

Les échantillons doivent donc être emballés de telle façon qu'ils ne puissent ni se heurter si se frotter.  Il faut isoler chaque échantillon dans un petit emballage individuel : une boîte garnie de journaux, de plastique à bulles, de papier essuie-tout... pas trop serré.  Le tout doit être rangé soigneusement dans une caisse, qui doit être pleine, c'est-à-dire que si la quantité d'échantillons est insuffisante, il faut compléter avec des bouchons de papier ou de la fibre de bois ou des restes de destruction de papier ou encore des chips de polystyrène.

 Retour haut de page

10.  En guise de conclusion...

Ici se termine le "Fascicule Technique à l'usage des Géologues Amateurs".  Ceci n'est pas LA BIBLE des géologues amateurs ni LA VERITE.  Il n'y a pas qu'UNE seule vérité.  C'est MA vérité en fonction l'angle de vision que j'ai du problème.  D'autres pourront avoir une autre vision des choses et une autre vérité. 

Malgré cela, s'il est loin d'être parfait, ce fascicule a le mérite d'exister.  Il ne tient qu'à vous de le lire, de le modifier, de le compléter... et, éventuellement, même de me faire part de vos observations.

Néanmoins, je pense qu'un jeune voulant débuter une collection sans pour autant jeter toutes ses économies dans les bourses minéralogiques et paléontologiques, mais voulant chercher sur le terrain peut, après lecture de ce petit fascicule, avoir une bonne base géologique afin de pouvoir faire ses premières découvertes, et peut commencer à gérer une bonne collection personnelle.

Bonne lecture, bonnes recherches, belles découvertes et surtout, prenez beaucoup de plaisir à vous promener dans la Nature, à chercher des minéraux et des fossiles et à créer votre collection.

Retour haut de page

Pour voir les différentes échelles géologiques dont je vous parlais rendez-vous à la page ci-dessous

Echelles Géologiques Générales et Régionales


Pour me contacter, me faire part de vos idées, me poser vos questions, me laisser vos remarques...

cliquez ici :

Luc Van Bellingen

 

 

 

                                                                                                   Retour vers le sommaire