Entrée

 

 
 
 
 
Recherches personnelles principales
 
 
 

 

Le Dévonien
Qu'est ce que le Dévonien ?
Echelles géologiques générale et régionale
La Faune du Dévonien : relevé systématique
La Faune et
la Flore du Dévonien

 

Les végétaux, les coraux et les éponges

Les arthropodes, les crinoïdes et les échinodermes

Les brachiopodes

Les mollusques

Les vertébrés

 Le Dévonien

Situation du Dévonien dans l'échelle géologique
Géologie du Dévonien
Le Dévonien et l'Origine des Vertébrés

Situation du dévonien dans l'échelle géologique

Le Dévonien constitue une période de transition entre les deux grands cycles orogéniques calédonien et hercynien. Sur le plan paléontologique, rappelons que le Dévonien correspond à un tournant fondamental de l'évolution de la vie : la conquête du monde continental.

Avant de s'intéresser proprement dit au Dévonien, il serait intéressant de situer cette période dans l'échelle géologique afin d'en avoir une idée générale.

Millions
d'années

Ere      

Période

Epoque

Etage

Principaux évènements

0,0012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Quaternaire supérieur

Holocène supérieur

Néolithique

 

Début de l'âge du fer

12500

0,0015

 

Installation de civilisation proto-celtes en Gaule

12400

0,0016

 

Début de l'âge du bronze

12300

0,0018

 

Installation les Ligures en Europe Occidentale

12200

0,0025

 

Début de l'âge du cuivre

12100

0,0075

 

Sédentarisation

apparition de l'élevage, de l'agriculture, de la poterie, du tissage et des premiers mégalithes

12000

0,015

Mésolithique

 

 

11900

0,020

 

 

Holocène inférieur

 

 

Paléolithique

 

Fin de la glaciation de Würm

11800

0,025

 

Disparition de l'homme de Neandertal

11700

0,035

 

Début de la civilisation Moustérienne du Chatel

11600

0,04

 

Arrivée de l'Homo Sapiens en Europe

11500

0,05

 

Apparition des premières peintures rupestres

11400

0,07

 

Début de la civilisation Moustériennne

11300

0,08

 

Début de la glaciation de Würm

Premières sépultures

11200

0,13

 

Fin de la glaciation de Riss

11200

0,30

 

Début de la glaciation de Riss

11100

0,20

 

Apparition des premiers Homo Sapiens

11000

0,40

 

Début de la glaciation de Mindel, domestication du feu

10900

0,65

 

Début de la période inter-glaciaire Günz-Mindel

10800

0,80

Quaternaire inférieur

Pléistocène

Supérieur

 

Apparition des premiers Hommes de Néandertal en Espagne (Atapuerca)

10700

0,95

 

Début du prépaléolithique

Début de la glaciation de Günz

10600

1,2

 

Apparition de l'Homo Erectus dans le Sud de la France

Disparition de l'Australopithecus Robustus

10500

1,3

 

Disparition de l'Homo Habilis

10400

1,6

Inférieur

 

Apparition de l'Homo Erectus

10300

1,8

 

Première présence d'outils (galets) en France en Haute-Loire

Apparition des premiers outils symétriques (bifaces) près du lac Turkana

10200

2

 

Première présence de l'Australopithecus Robustus

10100

2,5

 

 

 

 

 

 

 CENOZOIQUE

(Tertiaire)

Néogène

Pliocène

Gélacien

Apparition de l'Homo Habilis et des premiers outils

10000

 

3

 

Première présence de l'Australopithecus Africanus

3,18

Présence de l'Australopithecus Afarensis (Lucy) près de Hadar

3,5

Plaisancien

Empreintes de préhumains près de Laetoli

9900

3,7

Première présence de l'Australopithecus Afarensis près de Laetoli

4

Zancléen

Apparition de l'Australopithecus Anamensis

9800

4,4

 

 

Présence de l'Australipothecus Ramidus dans la vallée de Lawash

 

5,5

 Miocène

Messinien

Présence d'Australopithèques près du Lac Turkana

9700

6

 

Premiers Australopithèques près de Lothagam

Millenium Ancestor, ancêtre probable de l'homme moderne

8

Tortonien

Séparation de la lignée des Primates et de Hominidés, début de l'East Side Story

9600

15

Serravalien

Apparition du Kenyapithèque

9500

20

Langhien

Apparition du Proconsul

9400

22

Burdigalien

Séparation de l'Australie de l'Antarctique

9300

23

Aquitanien

 

9200

29

Paléogène

 Oligocène

Chattien

 

9100

35

Rupélien

Apparition des Rhinocéridés

9000

37

Eocène

Priabonien

 

8900
42 Bartonien   8800

49

Lutétien

Cerithium giganteum

8700

56

Yprésien

Apparition des premiers Primates

Explosion des Mammifères

8600

60

Paléocène

Thanétien

Epanouissement des Mammifères

Apparition des Insectivores

 

8500

64

Dano-Montien

Explosion des plantes à fleurs

8400

65

MESOZOIQUE

(Secondaire)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Crétacé

Supérieur

 Maastrichtien

Chute d'une météorite géante

Fin des
Dinosauriens
et
des Ammonites

Apparition des Primates

 

Formation de l'Atlantique Nord

Apparition des premières plantes à fleurs

8300

72

 Campanien

8200

83

 Santonien

8100

85

 Coniacien

8000

88

Turonien

7900

95

Cénomanien

7800

107

 Inférieur

Albien

Formation
de l'Atlantique Sud
 

Apparition des oiseaux et marsupiaux

7700

110

Aptien

7600

112

Barrémien

7500

114

Hauterivien

7400

119

Valanginien

7300

125

Berriasien

7200

130

Jurassique

 Malm

Portlandien

 

 

Explosion des ammonites

7100

140

Kimméridgien

7000

145

Oxfordien

6900

 

150

 

 

Dogger

Callovien

6800

 160

Bathonien

6700

 167

Bajocien

6600

 176

Aalénien

6500

181 

 Lias

Toarcien

Apparition de la famille des palmiers

Apparition des dinosaures aériens et marins

6400

188

Pliensbachien

6300

195

Sinémurien

6200

 204

Hettangien

6100

 

212

 

Trias

Réthien

Fin de la Pangée

Premiers Mammifères

6000
 

220

 

Norien

 

5900

 230

Carnien 5800

 235

Ladinien 5700

 

240

Anisien 5600
 

245

Scythien 5500

250

PALEOZOÏQUE

(Primaire) 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Permien

 

Supérieur

Thuringien

Premiers Dinosaures

5400

 270

Inférieur

Saxonien

Glaciation 5ème extinction massive des végétaux et des animaux

5300

 290

Autunien

Conifères

5200

300

 

Carbonifère

 

 

 

 Silésien

(Houiller)

Stéphanien

 Reptiles

5100

310 

Westphalien

 Fougères arborescentes

5000

 320

Namurien

 Insectes

4900

 340

Dinantien

Viséen

 Amphibiens

4800

 360

Tournaisien

Fougères

Poissons
osseux
 

4700

 367

 

 

 Dévonien

 

 

 Supérieur

 Famennien

Plantes
terrestres

Premiers tétrapodes

4600

 375

 Frasnien

Glaciation

4ème extinction

Premières ammonites

4500

 378

Moyen

 Givetien

 Stringocephalus burtuni

4400

 382

 Eifelien

 Calceola sandalina

4300

 385

Inférieur

 Emsien

 

4200

 387

 Praguien

Paraspirifer cultrijugatus

4100

 390

 Lochkovien

Chlorodictum problematicyum

4000

 410

 

 Silurien

 

 

 

 

 

 

 

 Pridoli

 

 Pridolien

 Schistes Bigarrés d'Oignies et de Saint Hubert

3900

 415

Ludlowien

Ludfordien

Sortie de l'eau des plantes vasculaires

3800

 

 Gorstien

Actinoptérygiens

3700

 425

 

 

 Wenlockien

 

 

Homérien

 Ostéichtyens

Myriapodes

3600

 430

Scheinwoodien

Gnathostomes

3500

 

Llandovérien

 Telychien

 

3400

 435

 Aeronien

 Arachnides

3300

 440

 Rhuddanien

Sortie de l'eau des algues

3200

445 

 

 

 

 Ordovicien

 

 

 Supérieur

 

Ashgillien

 

3100

 

Caradocien

Apparition des premiers poissons et des mollusques céphalopodes

3000

455 

 

 Inférieur

 

 

Llandeilien

Trilobites

2900

 

Llanvirnien

 

2800

 470

Arénigien

 Premiers végétaux terrestres

2700

 485

Trémadocien

 

2600

 500

 Cambrien

 

Postdamien

 

 Trempoéaléouien

Apparition des éponges, des mollusques, des trilobites, des échinodermes

 

 

2500

 

 Franconien

2400
  Dresbachien 2300
  Acadien Mayaien 2200
  Amgaien 2100
  Lénien 2000
530 Géorgien Atdabatien 1900
  Tommotien 1800
540 Némakit-Daldynien 1700
630 PROTEROZOÏQUE Néoprotérozoïque Ediacarien Faune d'Ediacaria 1600
850 Cryogénien

Apparition des premiers vers

Glaciation de Sturtien

Glaciation de Varangien

1500
1000 Tonien Fragmentation de Rodinia

Début du règne des Acritarches (algues vertes)

1400
1200 Mésoprotérozoïque Sténien Glaciation

Formation du super continent Rodinia

1300
1400 Ectasien Algues rouges Bangiomorpha pubescens 1200
1600 Calymnien Apparition des premiers métazoaires (êtres pluricellulaires)

Fragmentation de Columbia

1100
1800 Paléoprotérozoïque Stathérien

2ème extinction

Formation de plateaux continentaux

Continent Columbia

1000
2050 Orosirien

Apparition des bactéries coccoïdes (ancêtres du phytoplancton)

Oxygénation de l'atmosphère

Orogenèse sur les terres émergées

900
2300 Rhyacien

Glaciation huronienne

Groupe fossile de Franceville

800
2500 Sidérien Formation de fer rubané 700
2800 ARCHEEN Néoachéen Apparition des Eucaryotes (cellules présentant un noyau) 600
3200 Mésoarchéen Apparition des algues bleues et de la photosynthèse 500
3400 Paléoarchéen

Développement des stromatolites

Impact d'une météorite géante

(Fig Tree)

  1ère extinction

400
3800 Eoarchéen

Apparition des premières formes de vie (bactéries)

300
4500 ETOILES ET PLANETES Naissance du système solaire 200
15000 BIG BANG Naissance de l'Univers 100

Retour haut de page

Les couches du dévonien

Détaillons l'échelle des temps géologiques ci-dessus et présentons les différentes couches observables avec positionnement dans le temps par rapport aux autres couches des autres étages, systèmes et groupes.

Sur mon échelle géologique personnelle, j'ai numéroté les différentes couches de 100 en 10 en partant du Big Bang (100) jusqu'à l'Actuel (12500).  Ce travail un rien fastidieux me permet et vous permettra de situer plus facilement les différents affleurements que nous rencontrerons. Voir Echelle géologique

Dans le Dévonien, nous observerons des roches depuis le Poudingue de Fépin jusqu'à l'Assise de Comblain au Pont.
Voir Echelle géologique

Géologie du Dévonien

Le nom "Dévonien" dérive du comté du Devonshire (sud-ouest de l'Angleterre). La période est subdivisée en 5 étages dont chacun est subdivisé en sous-étages, en formations, en membres, en assises et enfin en couches.

Les subdivisions sont différentes selon que l'on considère les Ardennes, l'Angleterre ou l'Amérique.  En ce qui me concerne, je me bornerai à la nomenclature belge et française de manière à pouvoir garder et employer les appellations "Famennien", "Frasnien", "Givetien", "Eifelien" (ancien Couvinien) et "Emsien", couches faisant référence respectivement à la Famenne, à Frasnes-lez-Couvin, à Givet et à Couvin selon les anciennes appellations, nous resterons cantonnés dans notre région : La Calestienne

Mais resituons géologiquement le Dévonien au sein de la paléoécologie : formation des roches, dérive des continents, érection de montagnes, transgressions marines, régressions marines, érosions, règnes animaux et végétaux se succédant, luminosité, chaleur, humidité, climat...

Racontons l'histoire de cette région et tentons d'y inclure les différentes couches observées, ce qui nous permettra d'expliquer leurs formations.

CHRONOLOGIQUEMENT, l'histoire de ces roches a commencé il y a 5 à 600 millions d'années, au sein d'une mer peu profonde qui recouvrait notre région. Quand nous disons "notre région", il faut comprendre en fait une région située dans l'hémisphère sud, aux environs de 70° de latitude sud. Il faut rappeler que l'écorce terrestre n'est qu'une mince pellicule au regard de notre planète. Cette fine peau est scindée en plaques qui dérivent très lentement les unes par rapport aux autres. Depuis le Cambrien, le socle de notre pays, situé alors au sud de l'équateur a dérivé lentement vers le Nord pour atteindre aujourd'hui nos latitudes.

Au cours du Cambrien, des sables, fins, argileux, se sont déposés au fond de la mer. Ils sont à l'origine des quartzites. Alternativement, les dépôts sableux laissaient la place à des boues fines qui furent à l'origine des schistes et des phyllades. La teinte noire des roches est due, en partie, à des sulfures de fer, qui, par exposition à l'air se sont altérés en oxydes de fer. A l'origine, les dépôts successifs de boues et de sables fins se sont superposés en couches parallèles presque horizontales. Cette superposition se retrouve ici dans la région de Chimay, Momignies, Cul-des-Sart... mais les bancs s'inclinent vers le sud-est. Cette position des couches de schistes et de quartzites est due aux plissements qui ont suivi le Cambrien. Au cours de l'Ordovicien et du Silurien (entre 500 et 400 millions d'années avant notre époque actuelle), les lents mouvements de l'écorce terrestre ont relevé le fond marin jusque la surface. Cette plaine a continué à se soulever pour former un plateau de plus en plus élevé.

Dessin numérique original L.V.B.

Ces mouvements étaient très lents (de l'ordre du cm par siècle, au plus du mm par an) mais sur des millions d'années, la dérive des continents a provoqué des pressions latérales qui ont bousculé et plissé les couches de sédiments. Le continent ainsi formé va être la proie de l'érosion. Notons aussi pour être complet que ces boues argileuses et ces sables qui étaient au départ des roches meubles sont devenues d'une part suite à la compression des couches qui s'accumulent les unes sur les autres et d'autre part suite à la compression latérale due aux divers plissements, sont devenues, donc, des roches compactes et dures ; les schistes et les quartzites.

Après le Cambrien (vers -500 millions d'années), La région d'Europe Occidentale qui nous intéresse, se situait aux environs de 65° de latitude sud et les terres qui la composaient formaient le "Gondwana" (Amérique du sud, Afrique, Australie, Antarctique, Europe du sud, Asie du sud et Floride). Au milieu de l'Ordovicien, alors que les terres continuent à dériver vers le Nord et se trouvent aux environs de 40° de latitude sud, une séparation se produit entre le "Gondwana" et quelques petites plaques continentales qui dérivent alors vers le Nord mais de manière indépendante les unes des autres. Une de ces plaques s'appelait "Brabantia". Elle comprenait le sud de l'Irlande, le sud de l'Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas et le Nord-Ouest de l'Allemagne.

 

 

Dessin L.V.B.

La région qui nous occupe est donc située au Sud-Est de ce micro continent en bordure de mer. Au large de cette région, toujours vers le sud, on peut voir les falaises abruptes d'un haut plateau culminant à plus de 1000 m d'altitude avec des volcans parfois en activité (massif de Rocroi). Enfin, "Brabantia" se retrouve, il y a 385 millions d'années, au début du Dévonien, alors que la majorité des terres se situent à 30° de latitude sud, réunie à "Baltia" (ou Baltica ) (la Scandinavie et la Russie et "Laurentia" (Amérique du Nord et Groenland) pour former un nouveau continent : "Laurussia" (ou Euramérica). Cette réunion produit le plissement calédonien qui fait émerger les terres, élève des chaînes de montagnes au Nord et produit un enfoncement de la partie sud. Ces montagnes avaient des sommets qui culminaient à 1500 - 2000 m d'altitude et qui séparaient le plateau aride du désert du Nord des marais côtiers couverts de végétation luxuriante au sud, région nous intéresse.

La mer s'engouffre donc au sud en direction du Nord et s'attaque aux chaînes de montagne créant ainsi des falaises. L'érosion de cette côte rocheuse, formée de schistes et de quartzites cambriens, donne des sortes d'éboulements de falaises, des roches qui se disloquent. Les débris s'accumulent, puis sont roulés par les vagues, les courants et les tempêtes : ils forment des galets de toutes tailles. Ces galets, cimentés par les sédiments plus fins déposés par la mer sont à l'origine du Poudingue de Fépin qui est le témoin de la première transgression de la mer vers le Nord. Durant cette transgression, toute une région centrée sur Rocroi restait exondée et formant une espèce d'archipel volcanique : C'est le Massif de Rocroi, qui porte les traces d'intrusions de magma sous la forme de Sills intercalés entre certaines strates de schiste ou de quartzite noir. On observe ces Sills à plusieurs endroits, dans la vallée de la Meuse, entre Charleville et Fumay. L'érosion de ce massif a entraîné dans les sédiments marins des grains de quartz, de feldspath et de minéraux d'origine magmatique comme la tourmaline noire.

Dessin numérique original L.V.B.

L'érosion du massif volcanique de Rocroi a entraîné dans les sédiments marins des grains de quartz, des feldspaths et des minéraux d'origine magmatique comme la tourmaline noire. Ces minéraux sont à l'origine du grès grossier qu'on appelle "Arkose d'Haybes". Le volcanisme de Rocroi a connu de nombreuses phases d'activité au cours du Praguien. Ces diverses périodes sont marquées par une série de niveaux d'Arkose qui jalonnent tout le Praguien.

Nous sommes il y a 400 millions d'années alors que la désagrégation des monts érigés par le plissement calédonien continue, la mer a encore progressé vers le Nord et ici se déposent en eau calme, à distance de la côte, en quantités phénoménales des sédiments fins, argileux et siliceux de couleurs différentes avec, par moment un retour de l'Arkose signifiant une reprise temporaire de l'activité volcanique dans le massif de Rocroi.

La mer a arrêté sa progression vers le Nord et les fleuves apportent en quantités colossales des dépôts fins terrigènes constitués de sables (donnant des Quartzites et des Grès) et des boues (donnant des Argiles et des Schistes). Ce sont les couches de quartzophyllades et schistes fossilifères de Mondrepuis. Tous ces alluvions rendent les abords de la plage très troubles, interdisant toute vie. Ce n'est que plus loin, là où les vagues se calment que les alluvions vont se déposer, par une profondeur toujours peu importante. C'est là, dans le calme que se formeront, loin des turbulences, loin des vagues, des couches de sables et d'argiles qui donneront les schistes et les quartzites que nous connaissons.

Dessin numérique original L.V.B.

Au cours du Praguien, d'autres schistes, quartzites et grès vont se déposer, des roches à dominante rouge avec des passées vertes, les Schistes Bigarrés d'Oignies que nous pouvons découvrir dans la région de Couvin. Nous pouvons aussi y observer des schistes, quartzites et grès à dominante verte avec des passées rouges, les schistes et grès de Saint Hubert. Non loin de ces Schistes, nous trouvons des Quartzites provenant de dépôts sableux ainsi qu'une couche de Grès Caverneux à l'aspect de brique où nous pouvons découvrir de la Goëtite et de l'Hématite (Fe2O3) en lentilles parfois impressionnantes. Ces couches sont observables près du barrage du Ry de Rome à Petigny.

Cette couche de Grès Caverneux provient de dépôts de sables dans lesquels se sont mélangés des petits cailloux de calcaire et des sels de fer. Le sable s'étant solidifié, il va subir l'action des eaux d'infiltration qui, en présence de sels de fer et de silice vont s'acidifier, vont dissoudre les cailloux de calcaire, donnant ainsi son aspect caverneux et va colorer en rouge le grès par les sels de fer. On peut observer dans les cavités de ce grès une recristallisation du Quartz en petits cristaux rougeâtres.

Nous sommes maintenant à la fin du Praguien et l'activité volcanique du massif de Rocroi cesse. L'érosion fait disparaître les volcans et les îles volcaniques sont englouties. Le niveau que nous observons est donc le dernier niveau d'arkose résultant de l'érosion du massif volcanique de Rocroi.

Nous trouvons ensuite les grès d'Anor et de Bastogne ainsi que les grès, quartzites, schistes et phyllades de Mirwart qui correspondent à une reprise de la progression de la mer vers le Nord avec des dépôts de sables et des fleuves qui charrient une masse de sédiments dont des plantes aquatiques laminaires que l'on peut retrouver en fossile.  La mer arrive au niveau actuel de la Sambre.

A certains endroits, dans ce Grès, on peut observer des passées de Grauwacke de Montigny-sur-Meuse qui sont très ferrugineux (rouges) décalcifiés contenant des fossiles en moules internes et provenant d'une accumulation des coquillages en bord de mer par l'action des vagues comme nous pouvons l'observer sur nos plages, au bord de la mer à la limite entre la marée haute et la marée basse. Le niveau de la Grauwacke de Montigny correspond à un milieu de sédimentation argileuse et siliceuse très intense, qui prolonge les conditions marines du Praguien.

Dans ces eaux troubles s'est développée une faune importante dont il reste surtout des Brachiopodes, mais aussi des Mollusques lamellibranches, des Gastéropodes et des Coraux. La roche est formée de schistes mal feuilletés, bleus ou verdâtres, de quartzites micacés et de grès argileux et calcareux, bleus ou vert foncé très fossilifères. L'élément calcareux a pour origine l'érosion des coquilles et des squelettes des animaux morts. Les grès argileux sont souvent décalcifiés à l'affleurement : ils sont alors brunis, poreux, cariés. Les coquilles ont été dissoutes par l'infiltration des eaux météoriques, ce qui laisse des vides limités par des empreintes externes ou internes des valves. C'est ainsi que nous ne trouvons que des moulages des coquilles ou des squelettes des animaux.

Au cours de l'Emsien moyen, la transgression marine ralentit. Cette période sera marquée, au niveau de la vallée de la Sambre, par la formation de Poudingues à pâte rouge, accompagnés des schistes, quartzites et grès lie-de-vin qu'on rencontre à Thuin et à Lobbes et que l'on appelle les grès et schistes rouges de Chooz ou de Winenne.

On peut considérer que la mer continue sa progression vers le Nord. Elle envahit le sud du Brabant ce qui n'entraîne pas pour la région que nous étudions une augmentation de profondeur. La côte est maintenant bien loin de nous. La mer est calme, ce qui favorise les dépôts terrigènes les plus fins.  Cela formera un schiste au grain très fin. La faible profondeur, le calme, la chaleur, l'oxygénation de l'eau permettent le développement d'une vie importante de brachiopodes divers et d'une foule d'autres animaux marins. C'est ce que nous pouvons observer dans les schistes de la formation de Hierges ainsi que dans les grauwackes et les schistes de la formation de Bure, membres de l'Eau noire et de Saint Joseph.

Nous assistons ensuite à une nouvelle progression de la mer vers le Nord. Les apports alluvionnaires terrigènes régressent un peu tandis que la plage s'éloigne de plus en plus laissant la mer bien plus calme là où nous sommes. La vie commence à se développer. La présence de gastéropodes pulmonés nous prouve que la profondeur de l'eau est néanmoins assez faible, permettant à l'eau d'être bien claire, tiède et oxygénée. C'est l'époque des premiers récifs de coraux que nous retrouvons dans les calcaires de Couvin.

 

Dessin Alisson Neukermans 6ème primaire 1995-1996

La mer a donc repris sa progression vers le Nord. La côte est donc bien loin de notre région qui est maintenant recouverte par une mer peu profonde. La sédimentation terrigène ralentit et l'eau claire, tiède et bien oxygénée favorise l'installation des premiers récits de stromatopores. Nous observons à Couvin le long de l'Eau Noire, des bancs de calcaires qui alternent avec des schistes et plus nous progressons vers l'aval, plus les bancs de calcaires augmentent en puissance avec présence de coraux solitaires et de stromatopores. Ce calcaire est donc formé de squelettes de coraux de squelettes de stromatopores, de coquilles écrasées et d'argiles, le tout faisant un banc calcaire.

 

Dessin Virginie Roussel 6ème primaire 1995-1996

La mer poursuit son avancée vers le Nord et la côte est maintenant si loin de nous que les apports terrigènes sont pratiquement nuls. Les coraux peuvent se développer à l'aise dans cette eau bien claire, baignée du soleil chaud des tropiques. C'est l'époque des grands récifs de corail dont nous retrouvons les restes dans la région de Nismes.

 

Dessin Sylvie Beekman 6ème primaire 1995-1996

On peut raisonnablement penser que la mer a continué son chemin vers le Nord laissant derrière elle une immense mer peu profonde très chaude où le calcaire a pour origine le carbonate de calcium fixé par les animaux au niveau de leur coquille et de leur squelette. Les calcaires fins sont d'anciens dépôts issus de l'érosion des récifs, des squelettes et des coquilles. Tous les calcaires ont ici une origine biologique. C'est dans ce milieu que nous retrouvons une quantité impressionnante de coraux coloniaux, et solitaires dont le plus célèbre est sans nul doute la petite Calceola sandalina, dont de nombreux exemplaires ont été découverts sur la route Couvin-Chimay.

Le temps passe et nous arrivons à la fin de l'Eifelien (Couvinien supérieur). Nous sommes toujours dans cette lagune côtière, peu profonde, chaude et bien oxygénée. La région que nous étudions migre doucement mais sûrement et arrive maintenant aux environs de l'équateur. Le climat est donc très chaud et toutes les conditions sont réunies pour que la vie se développe faisant la part belle aux brachiopodes, bivalves et coraux. Ces derniers, commencent, dans ce contexte, leur expansion.

Nous allons bientôt quitter l'Eifelien pour entrer dans le Givetien. Nous sommes dans une période calme et assez stable. Une myriade de brachiopodes, de bivalves, de gastéropodes, d'animaux macro et microscopiques vivent, se reproduisent et meurent dans cet environnement de la lagune côtière du Dévonien. Les restes de coquilles d'animaux morts se déposent au fond des eaux, s'empilent en quantités colossales, s'écrasent les uns les autres, se réduisent mutuellement en poussière calcaire qui s'amalgame et forme ainsi un calcaire compact dans lequel, par moment, vient se déposer un peu d'argile donnant un calcaire argileux et parfois un calschiste. C'est le type de roches que nous trouvons fréquemment en bordure des grandes carrières qui extraient le Calcaire bleu-noir du membre des Trois Fontaines. Un calcaire argileux gris-bleu sur cassure fraîche prenant une patine brune, terne, finement feuilletée, avec à certains endroits, un calschiste brun-beige-ocre, peu de calcite et de nombreux brachiopodes en bon état de conservation. C'est le paysage typique de la Formation de Hanonet.

 

Dessin Thomas Richir 6ème primaire 1995-1996

Nous entrons maintenant dans le Givetien qui est aussi marqué par une très grande proportion de calcaires construits. Cette fois, il n'y a pratiquement plus d'apports terrigènes. L'eau est très claire, voire limpide et très chaude ce qui implique que la mer a pratiquement arrêté son avancée vers le Nord ou que la côte est si loin que cela n'a pratiquement plus aucune incidence sur l'écosystème. Les coraux coloniaux se développent et construisent des récifs peu épais et très étendus : les biostromes. Nous pouvons observer une faune très variée de coraux allant des Stromatopores aux Thamnoporidés en passant par les Hexacoralliaires, les Tabulés et les Branchus. Nous pouvons aussi observer des coraux solitaires du genre Acantophyllum... Parfois, une petite reprise de la transgression marine apporte quelques sédiments boueux formant ainsi de-ci, de-là, quelques couches de schistes, dans lesquelles nous pouvons observer des Brachiopodes, des Bivalves et autres Orthocères. Nous trouvons, de cette période, des roches faisant partie des Calschistes du Membre de Terre d'Haurs, Calcaire argileux foncé parfois crinoïdique avec Spirifer mediotextus et Stringocephalus burtini et les fameux Calcaires noirs du Membre des 3 Fontaines, Calcaire bleu-noir brillant, massif, dur, peu stratifié en gros blocs, portant des veines de calcite massive blanche avec par endroits, de petites mouchetures de fluorite et dolomitique vers le haut avec Stringocephalus burtini, Lucina proavia, Phacops fernandini et Orthoceras, calcaire exploité dans la carrière de Givet, la carrière Frimoye de Olloy-sur-Viroin, la carrière de Resteigne...

Dessin Florianne Corradin 6ème primaire 1995-1996

Le Frasnien est une période pendant laquelle, la mer, avançant toujours vers le Nord, atteint la Campine. Les roches du Frasnien sont très différentes selon les régions géographiques. Nous pouvons trouver des biostromes ou des dépôts de calcaire fin. Ces deux roches ont été formées en période stable, la première par la construction latérale de récifs de corail, la seconde par l'érosion de ces récifs quand ils affleurent suite à un soulèvement du fond marin. Nous pouvons aussi trouver des biohermes car, par endroit, le fond marin s'est affaissé (subsidence) et les animaux constructeurs se sont développés les uns sur les autres. Nous pouvons aussi trouver des schistes noduleux car, par endroit, la subsidence a été plus forte et les biohermes en sont morts et ont été recouverts par des boues. Enfin, par endroit, nous ne trouvons que des schistes très feuilletés, verts à violets car la subsidence a été trop forte pour permettre le développement de tout récif de corail. Il ne s'est déposé que des boues argileuses où vivaient une multitude de brachiopodes. N'oublions pas les Mud Mounds, ces masses de boues riches en brachiopodes, en coraux dans lesquelles les algues microscopiques ont synthétisé les sels de fer pour former les fameux récifs de marbre rouge de Rance, Philippeville, tandis que toutes les autres roches, peuvent être observées à divers endroits bien spécifiques comme près du lac de Virelles, à Rochefort. Sans oublier la fameuse couche des "monstres" là où se sont développés d'énormes brachiopodes de la famille des Spiriféridés et des Atrypidés que nous pouvons observer à Petigny mais aussi et surtout à Heyd et Barvaux.

Nous quittons le Frasnien pour entrer dans le Famennien. A cette époque, la poussée des plaques formant le Gondwana fait se soulever le fond marin. La mer se retire du Brabant mais continue à recouvrir la région Rochefort-Beauraing-Givet-Couvin. Plus proche de la côte que durant le Frasnien, cette région reçoit les argiles et les sables qui donneront les schistes et les grès. Dans ces conditions d'intense sédimentation, les récifs ne savent plus se développer. Par contre, on trouve beaucoup de brachiopodes, des Spiriféridés et des Rhynchonellidés. Nous trouvons ces roches des Assises de Senzeilles, de Mariembourg, d'Esneux, de Souverain-Pré, de Monfort, d'Evieux et de Comblain-au-Pont dans différentes régions de Belgique mais surtout dans la région de Marche-en-Famenne sans oublier la "tranchée de Senzeilles", lieu mondialement connu au niveau géologique où on a pu déterminer avec précision le passage du Frasnien au Famennien.

 

Retour haut de page

 

Le Dévonien et l'Origine des Vertébrés

Il y a maintenant plus ou moins 4 milliards d'années que la terre existe et nous sommes à quelques 350 millions d'années du temps présent et la vie n'en a pas encore assez : elle veut un animal supérieur aux autres. La vie veut un être rapide, solide, avec un squelette interne, en un mot : un vertébré.

Le poisson apparaît alors. La vie a gagné son pari. Les poissons peuplent la mer.

Plus encore maintenant qu'avant, les océans sont devenus le théâtre de la vie et de la mort, de la lutte pour la survie. L'orthocéras, carnassier de la période précédente, a perdu de sa superbe car le maître des lieux est maintenant un poisson cuirassé de près de 10 mètres de long possédant en guise de dents des lames osseuses de plus 60 cm de long et portant le doux nom de Dinichtys ou de Dunkleosteus.

De nombreuses représentations de ce monstre sont éditées dans les livres et on en trouve sur le net.  Certaines fiables et assez fidèles à ce que devait ressembler cet animal et d'autres tout à fait fantaisistes.

Prenons donc les restes de cet animal :

Imaginez-vous en train de nager dans la mer antique d'il y a 350 millions d'années. En dessous de vous une grande forme apparaît, glissant puissamment dans l'eau. Sa tête et son tronc sont couverts de plaques osseuses en guise d'armure.  Ses grandes mâchoires entrouvertes laissent voir d'autres plaques osseuses déchiquetées en guise de dents qui agissent comme une machine primitive à trancher, assez rudimentaire mais clairement très efficace.

C'est Dunkleosteus, un des premiers vertébrés à mâchoire, et un des plus grands poissons blindés de la famille des Placodermes.

Le fossile ci dessus nous indique que ce poisson était un prédateur agressif. Quelques fossiles de Placodermes découverts de par le monde montrent l'évidence de coups de gouges, d'éraflures et de coupures sur la surface de leurs plaques osseuses.  Ces marques évidentes d'attaques correspondent assez bien aux bords dentelés des os de la mâchoire de Dunkleosteus.  Les bords dentelés des plaques osseuses aiguisées comme des rasoirs ont servi de couteau à viande. Quand il mordait, il frottait les unes contre les autres, les lames osseuses opposées de sa mâchoire pour donner un effet de cisaillement.  Il semble donc que ces os servant de tranchoirs se développaient continuellement, se régénérant au fur et à mesure de leur utilisation.

Sa longueur de plus de 10 mètres, son corps musclé et son armure faisaient de lui clairement un prédateur invincible et assurément un nageur puissant, tout comme les grands requins d'aujourd'hui.

Dessin de Karen Carr (avec l'aimable autorisation de l'artiste)

Karen Carr, artiste animalière, spécialisée dans les scènes d'histoire naturelle a déjà produit ses modèles dans des médias traditionnels et électroniques, en publications, dans les zoos, les musées et les parcs à travers les Etats-Unis, le Japon et l'Europe.

 

Retour haut de page

 


Pour me contacter, me faire part de vos idées, me poser vos questions, me laisser vos remarques,

cliquez sur l'image ci-dessous...

Retour vers le sommaire