Minéralisations de la Calestienne : introduction

Entre 1800 et 1950, la Belgique a vu naître des exploitations minières de tous genres. Alors que dans les régions de Mons, Charleroi et Liège, on extrayait le charbon et qu'en Lorraine belge, on exploitait la "minette", célèbre minerais de fer, la Calestienne a suscité un très grand engouement parmi les prospecteurs, les miniers et par les investisseurs. 

Les grandes mines métalliques furent le témoin du développement intense de la recherche minière suite aux progrès de la métallurgie.

On parle de mines métalliques, parce qu'on y exploitait non pas le fer, ou le plomb, ou le zinc, mais bien l'ensemble des filons métallifères qui s'y présentaient.

Alors que les petites mines artisanales appartenaient à un propriétaire unique, voire à une petite association, les grandes mines métalliques furent toujours le fait de grosses sociétés industrielles dont certaines existent encore de nos jours.  

Creusées avec les moyens techniques les plus modernes de l'époque, ces mines se distinguaient par la grandeur et la complexité de leur développement.

A quoi ressemblaient-elles ?

Les puits, souvent multiples, atteignaient et ne dépassaient pas souvent la profondeur de 10 mètres.  Les réseaux d'exploitation au maximum hectométriques ne s'étendaient que bien rarement sur plusieurs étages, avec parfois une ou plusieurs galeries de travers-banc débouchant à flanc de coteau.  Enfin, au point le plus bas, une galerie d'exhaure souvent très longue elle aussi, conduisait les eaux du système vers la vallée la plus proche.

Bien sûr, cette morphologie type ne se retrouve pas partout.  De nombreuses variantes sont possibles.

Toutes ces mines d'ailleurs n'étaient pas des géantes loin s'en faut.  Seules les mines de Vedrin et d'Ave et Auffe on eu un développement conséquent.

C'est la vapeur,  produite par des machines dont les dimensions laissent parfois rêveur, qui fournissait l'énergie nécessaire à l'exploitation. L'usage des voies Decauville (petit train de l'entreprise dont l'écartement entre les rails était de 60 à 80 cm) et des pics pneumatiques ne tardèrent pas à se généraliser.

Dans les grandes mines, on pratiquait également une technique inconnue dans les petites exploitations artisanales : le dépilage.

Lorsque, au lieu d'un filon, on rencontrait une grande masse de minerai, on l'exploitait dans son entièreté en laissant en place des piliers destinés à soutenir la voûte. La limite du gisement atteinte, on exploitait en marche arrière en récupérant les piliers, ce qui provoquait bien sûr des effondrements qui furent souvent la cause d'accidents très graves.

Était-ce une riche idée ou une pure folie ? 

Il est indéniable qu'à un certain moment, qu'à une certaine époque, ce fut une riche idée car les exploitations furent légion.  On pouvait dénombrer des mines de galène, de baryte, de pyrite, de marcassite, de calamine, de fluorite et même de cuivre.

Mais à terme, ce fut une pure folie car la puissance trop faible des filons ne permit pas de développer des exploitations de grande envergure comme ce fut le cas avec le charbon ou la "minette".

A quelques exceptions près, l'âge d'or des grandes mines métalliques fut hélas de courte durée.

On a évoqué en la matière l'appauvrissement des gîtes, l'augmentation des prix de revient, la crise économique de 1867-1870, et enfin à partir de 1876, la concurrence certaine des minerais luxembourgeois et lorrains nettement moins chers.

En fait, ce qui provoqua surtout la disparition progressive de ces mines, c'est l'eau.

Que ce soit par pompage vers la surface ou par galerie vers la vallée, l'exhaure des systèmes profonds entraîna toujours des frais considérables qui finirent par dépasser le montant des bénéfices.  

Rapidement, les coûts de production très élevés, le peu de rendement et la concurrence des pays étrangers ont signé l'arrêt de mort de ces exploitations.  Un beau rêve qui s'en est allé...

Mes recherches en la matière

On pouvait croire, que les sites des mines métalliques seraient assez faciles à retrouver.

Rien n'était plus faux.

Ces exploitations furent étroitement surveillées par l'Administration des Mines.  Pour des raisons de sécurité bien compréhensibles, cette administration exigeait, après l'abandon de la mine, le comblement, le dallage et le bornage des puits.  De même, les galeries de travers-banc et d'exhaure devaient être murées.  

C'est ce qui explique que, à quelques exceptions près, on ne retrouve plus actuellement que certaines galeries d'exhaure, soit que par négligence elles ne furent pas murées, soit qu'elles furent, réouvertes au cours des deux dernières guerres afin d’y récupérer des matériaux.

De plus, pour autant qu'elles ne soient pas complètement noyées ou effondrées, ces ouvertures ont aujourd'hui été transformées par l'I.R.Sc.N.B. en Réserves Naturelles pour la conservation des Chiroptères et donc il n'est plus question d'y effectuer un parcours souterrain plus ou moins long même s'il peut être plein d'enseignements.

Au niveau des recherches bibliographiques, les résultats sont tout aussi décevants.  Les renseignements historiques font presque totalement défaut.

Cela n'empêche que depuis que je sillonne la Calestienne, je ne cesse de ramener des échantillons, des cristaux, des roches d'une beauté insoupçonnée, qui sont autant de témoins de cette splendeur du passé.

Ces minerais sont mélangés à des stériles de sorte que la teneur en métaux de la roche dépasse rarement 2%. Une mine n'est plus considérée comme intéressante si cette teneur est inférieure à 0,5%. Dans tous les cas on doit procéder à une concentration et le premier objectif est de débarrasser les minerais de la gangue par des méthodes mécaniques, physiques et chimiques.

Les méthodes mécaniques sont le tamisage, le concassage, le broyage et le triage des minéraux. Les minerais soufrés sont séparés par flottation, l'aide d'agents sélectifs hydrophobes tels que l'amylxanthate de potassium et l'on obtient ainsi des concentrés ayant des teneurs en métal comprises entre 20 et 40%. Pour les minerais oxygénés on utilise des procédés chimiques tels que la lixiviation l'acide sulfurique ou l’extraction liquide-liquide des ions métalliques de la solution aqueuse à l'aide de solvants organiques comme le kérosène contenant des agents extractants du type hydroxyoxime ou hydroxyquinoléine suivie d’un stripping conduisant à une solution aqueuse riche en cations métalliques.

C’est la raison pour laquelle, non loin des exploitations minières, on peut retrouver les vestiges des bâtiments techniques qui abritaient d’une part les machines d’extraction et machines à vapeur mais aussi les lavoirs et les triages mécaniques des minéraux, le reste des opérations étant souvent laissées à l’usine sidérurgique.

De tout ce passé, il fallait que j'en rende compte ici, ne serait-ce que pour la mémoire de ces gens qui ont travaillé dans ces mines, qui ont sué sang et eau, qui se sont tué à la tâche dans des conditions de travail parfois inhumaines.

Il fallait que j'en rende compte ici, ne serait-ce que pour témoigner de l'existence de ce glorieux passé qui a fait de la Calestienne ce qu'elle est aujourd'hui.

Mais dès le début de mes investigations dans ce domaine, je me suis très vite rendu compte que des problèmes allaient se poser à moi car si les vestiges et la littérature sont assez clairsemés, la mémoire populaire s'estompe bien vite, elle aussi.  Voulant obtenir des renseignements sur les anciennes exploitations minières, je me suis adressé aux "Anciens" des villages concernés. 

"Anciens" et aussi "autochtones", c'est-à-dire ceux qui sont nés et qui ont vécu toute leur vie dans la région, cantonniers, fermiers, forestiers, toutes ces personnes si proches de la terre, ces personnes qui ont l'habitude de se déplacer sur leurs engins et qui connaissent tous les coins et les recoins de leur propriété, de leur voirie, de leur parcelle de bois et qui peuvent situer avec précision les "trous", les "anciennes mines", les anciennes "fosses". 

Il fallait aussi tenter de rencontrer ceux qui auraient pu encore travailler dans ces mines. 

Mais ici, il en est de même que pour les anciens combattants de 14-18 ou de 40-45... leurs rangs s'amenuisent au fil du temps. 

Comme une course contre la montre, il fallait les trouver, ces anciens qui sont les témoins de notre passé, les trouver et recueillir leurs histoires avant qu'ils ne nous quittent.  Car il faut savoir que ces témoignages, avec quelques rares écrits conservés dans les archives humides des "anciennes communes avant fusion" (quand les fusions de communes n'ont pas tout "balancé au container"), sont souvent les seules traces, les seuls indices de ce passé.

Folklore, histoires, anecdotes, histoire régionale, superstitions, exagérations, souvenirs flous, oublis... tout cela forme un passé que nous ne pouvons nous permettre d'oublier.

Avertissement :

Par souci de précision, je vais situer géographiquement les différents gisements avec un itinéraire pour les atteindre.

Tout un chacun pourra alors éventuellement aller les visiter, les observer...

Les sites dont il sera question ici sont situés sur des terrains privés. Ils peuvent également encore être couverts par un titre minier. 

Une autorisation écrite sera toujours demandée au propriétaire  AVANT d'y pénétrer et d'y prospecter et elle sera toujours produite avec respect, courtoisie et diplomatie lors de tout contrôle de bon aloi effectué par les propriétaires ou par les agents de la DNF (Département Nature et Forêt).

En aucun cas ces pages ne peuvent être interprétées comme une autorisation ou une incitation à aller collecter des échantillons minéralogiques.

L'étude que j'ai menée n'a pas été réalisée dans le but de voir les pilleurs débarquer avec pelles et pioches, espérant découvrir de belles pièces monnayables... Si c'est votre cas, je vous avertis d'avance :

VOUS EN SEREZ POUR VOS FRAIS !!!

Vous allez travailler des heures voire des jours pour rien ou presque rien.  Pour présenter les minéraux que vous allez voir sur ces pages, il m'aura fallu plus de 25 ans de recherches.  C'est loin d'être rentable.  Je n'ai pas été le premier à gratouiller dans le coin... et je ne serai pas le dernier.  Pour la plupart, il y a plus de 60 ans que ces mines ont fermé leurs portes quand il n'y en pas pas 100 !!!  Les minéraux encore présents ont eu le temps de s'oxyder... ou d'être ramassés.

Seul l'intérêt scientifique et minéralogique de la chose prévaut encore.  L'intérêt esthétique l'est de moins en moins et ne parlons pas de l'aspect mercantile : il est inexistant.  Il devient impossible de trouver une belle pièce vendable... c'est tout juste si on en trouve encore qui sont échangeables avec d'autres collectionneurs sans plus !!!
 

Un collectionneur averti en vaut deux !!!
 


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Luc Van Bellingen

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