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Pays de Charleroi
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avec l'aide et le concours deSouvenirs
Souvenirs d’enfance…
Souvenirs de "Mon beau Pays Noir"
Oui, Mon "Pays Noir"... Mon pays d'industries, de charbonnages et de sidérurgie,
Mon pays au passé social très riche... et parfois très lourd...
Et n'en déplaise à certains politiciens bcbg qui voudraient "gommer" ce nom et "oublier" cette passé qui a fait la richesse économique de notre pays tout entier, je dis haut et clair que j'ai des racines et je veux les préserver.
"La différence entre un homme qui a des racines et un autre qui n'en a pas c'est comme comparer un arbre et un poteau. Le premier grandit, s'épanouit... et l'autre est sec et pourrit rapidement."
Je suis un Belge mais aussi et surtout un Carolo et un Wallon et j'en suis fier !!!
Petite histoire que j'ai composée en souvenir d'un personnage de mon quartier, un vieux retraité de la mine qui vivait dans une petite maison au pied du terril et un joueur d'accordéon haut en couleurs qui enjolivait nos soirées et nos après-midi avec ses histoires et ses chansons.
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En Wallon de chez nous... Dji va vô raconter ène pètite histwère… Ene histwère qu’è vréye… Èl cène s’passe au comins'min des anèyes swèssantes. Quand djèstè gamin, dins l’rue Appaumée, y gnavè ène fosse èyè in terril. Y gnavè saquant z’anèyes qu’èl fosse n’toûrnè pû, adont tous les mercredis èyè tous les sam’dis, tous les gamins du coron s’rtrouvè d’sû l’terril ou d’su coû d’èl fosse pou djouer. Dins l’timps, les terrils ont stî, pou tous les gamins, in lieu d’plaijî. Quand on d’avè s’sau d’jouer, on s’achidè d’su l’diseu du terril è on sondjè au timps où l’fosse tournè cô. Les djous d’condgî, au pî du terril d’Appaumée, on ratindè no’s pâ qui r’montè d’èl fosse à l’pause di twès heures.
"le mineur" dessin anonyme
"Mineurs au travail" dessin anonyme
"Effondrement dans la mine" dessin
anonyme
"Coup de grisou" dessin anonyme |
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Traduction pour ceux et celles qui ne lisent et/ou ne comprennent pas cette belle langue imagée qu'est le Wallon... Je vais vous raconter une petite histoire...Une histoire qui est vraie... La scène se passe au début des années soixante. Quand j'étais enfant, dans la rue Appaumée, il y avait une mine de charbon et un terril. Il y avait quelques années que la mine avait été fermée, et tous les mercredis et tous les samedis, tous les enfants du quartier se retrouvaient sur le terril ou sur le carreau de la mine pour jouer. Jadis, les terrils ont été, pour tous les enfants un lieu de plaisir. Quand on en avait assez de jouer, on s'asseyait au sommet du terril et on songeait au temps où la mine de charbon était encore en activité. Les jours de congé, au pied du terril d'Appaumée, on attendait notre père qui remontait de la mine à la fin de sa journée de travail, à la pause de trois heures.. On lui demandait un morceau de tabac à chiquer pour le donner à l'accordéoniste qu'on appelait « Paquet de Tabac », qui, pour un morceau de tabac à chiquer nous jouait des airs de son répertoire du folklore local. C’était pour nous, les enfants assis au pied du terril. Pendant des heures et des heures il jouait pour nous. C'était notre plaisir, la joie de la jeunesse. Si il s'arrêtait c'était pour prendre un morceau de tabac à chiquer ou bien pour boire un petit verre de pèquet, disant que c'était pour décontracter ses doigts, un remède contre les rhumatismes, pour pouvoir effectuer des triolets avec son accordéon. Il attaquait des airs de la Balançoire de Jean-Baptiste Lenoir, Capitte avec l'Ane Blanc et des airs du Manège. Le dimanche à Charleroi, sur la place du marché, il chantait les chansons de Jacques Bertrand, les chansons des mineurs, de leurs misères, de leur travail, des accidents au fond du trou, des grandes grèves de 1868, des coups de grisou qui ont tué des ouvriers au fond de la mine de charbon. Tout cela est perdu parce qu'on n'écoutait pas ce qu'il disait. Le temps s'est écoulé, le vieux temps est révolu. Quarante ans se sont écoulés. Nous sommes au temps de la vitesse, des fusées qui parcourent l'espace, au temps de l'Internet. Hélas, l'accordéoniste « Paquet de Tabac » n’est plus, et sa maison au pied du terril non plus. Les châssis à molettes de la mine de charbon ont disparu ainsi que le terril. Tout cela est bien révolu. A l'heure actuelle en lieu et place du terril se trouve un parc à containers et un parking; sur le carreau de la mine de charbon se trouve un parc avec des parterres, des arbres, des serres et les nouveaux bâtiments de la maison communale. C’est beau, c'est propre et dans le quartier on n'entend plus que les pétarades des motos. Tout cela ne vaut pas « Paquet d’toubac » avec son accordéon. Mais quand je vais me promener dans le bois de Soleilmont, je passe près du terril et de l'ancienne mine de charbon du Bois de l'Abbaye. Quand un grand coup de vent souffle dans les arbres, il me semble que j'entends l'accordéon de notre « Paquet d’toubac » qui joue pour moi. Oh, je sais bien que si je raconte çà aux gens d'aujourd'hui, ils vont dire que je suis fou, que j'ai des hallucinations... Mais dans mon esprit, je sais qu'il joue encore pour moi comme jadis. Luc 1980 |
D'autres souvenirs du Pays de Charleroi... Je ne peux pas passer sous silence certains textes fabuleux de Jacques Bertrand (1817-1884).
C'est un auteur wallon, purement carolo.
Fabricant de chaises, né et mort à Charleroi. Sa famille était des plus humbles et, à dix ans, il quittait l'école pour entrer en apprentissage. D'un naturel curieux, plein de goût pour la lecture, il améliora par la suite l'instruction rudimentaire de ses jeunes années.
Ses œuvres portent la marque de son niveau intellectuel, reflètent le libéralisme de l'époque où il vivait. Jacques Bertrand est doté d'un talent qui lui permet, en écriture spontanée de peindre la vie, la tristesse, la mort, la misère... en un mot les sensations simples et frustes du peuple, avec une expression pleine de franchise.
Rappelons-nous "El' Quézenne au Mambour, L'ducace du Bo, Sintèz come èm keur bat, ..." Toutes ces chansons qui allaient dépeindre, comme les oeuvres picturales de Pierre Paulus, un Pays Noir industriel et des ouvriers avec leur laborieuse existence. Mais aussi par la truculence des expressions imagées de notre langue wallonne, Jacques Bertrand va dépeindre à la manière de Bruegel, un tableau riche en contraste et en coloris, une société débordant d'une vitalité à peine réprimée. Il y ajoute une quantité de détails réalistes. Rares sont ses chansons que l'on peut écouter sans rire et même celle qui paraît grave et sérieuse ne peut s'empêcher de nous faire pouffer ou sourire. Il se plaisait à observer ses contemporains dans leur façon de manger, de boire, de danser, de sauter, de s'aimer, et de s'amuser, tout cela il le mit en poésie avec beaucoup d'adresse et de gaieté, comme s'il employait la peinture à l'huile ou l'aquarelle avec une habileté remarquable. Il savait rendre ces hommes et ces femmes du Pays Noir avec leurs costumes, et il savait décrire à la perfection leurs danses ouvrières et gauches aussi bien que leurs démarches ou leurs poses.
Des chansons et des textes d'un réalisme d’inspiration sociale dont la puissance et la gravité touchent profondément.
Voici deux textes qui me tiennent à coeur : "Sintèz come èm keur bat" et grâce à Monsieur Lucien Baerts et Madame Christine Tombeur, animatrice d'une petite troupe de théâtre en dialecte Wallon, "El' Quézenne au Mambour".
Sintèz come èm keur bat (Lolotte)Sul bôrd d'el Samp', et pierdu dins l' fumièye, Wèyèz Couyèt avou s' clotchî crawieux ? C' est là ki d'meûre èm matante Dorotéye, Veuve d' èm mononke Adrien du Crosteu. A s'nouv'maujonne, nos avons fé ribotte Lundi passè, tout in pindant l' crama. Po l'premî côp, c'est la k' dj'é vu Lolotte. Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat. Po l premî côp, c' est la k'dj'é vu Lolotte. Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat. Gn avè drola les pus gais du villâdge, En fét d'couméres, on n'avè k'à tchwèzi. On a rcinè, à l' omp', padzou l' fouyâdje, 'Mitan d'el cour padzou l'gros cèrégî Em'boune matante a del bîre è boutèye Ç' n' est nin l' Fârô k' est djamè si bon k' ça. Dins s' chike, Lolotte estè si bin vermèye, Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat. Dins s' chike, Lolotte estè si bin vermèye, Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat. I d'allait mia, les panses estant rimpliyes; Djean l'Blanchisseû tringuèle ès violon; I dit: "M’z'èfants, I gna véci des fiyes, Ki n'dimandnut k'à danser l'rigodon..." Ah ! Ké pléjî ! Kè Lolotte è contène ! Après l' cadriye, on boute ène mazurka. Dj'é triané en serrant s'mwin dins l'mène. Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat. Dj'é triané en serrant s'mwin dins l'mène. Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat. Vla l'swêr vènu, pou danser chakin s' presse. El violoneu raclè avou ardeur. L' bîre et l'amour èm fèyè toûrner l' tiesse. Vingt noms di chnik ! Dji nadjè dins l' bouneur. Mins l' pa Lolotte, è wèyant ki d’j’l’imbrasse, D' in côp d' chabot m' fét plondjî dins l' puria. L' coumére s'incourt, èyè mi, dji m’ramasse. Ciel ! Ké côp d' pî ! Sintèz come èm keur bat. L' coumére s'incourt, èyè mi, dji m’ramasse. Ciel ! Ké côp d' pî ! Sintèz come èm keur bat. Dj'i m’souvéré d’el crama d' èm matante. Dj'i crwè k' dj' é l' croupîon câssé ou bin dèsmi. Dj’i prinds des bins al vapeur d' euwe boulante, Grignant les dints tous les côps kè dj' m' achîds. Mins cand dj' dèvrè skèter 'm dérène culotte, En m' apougnant avè s' mame èyè s' pa, Putot moru ki d' viker sin Lolotte. Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat. Putot moru ki d' viker sin Lolotte. Ré k'd' î pinser, sintèz come èm keur bat.
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Sentez comme mon coeur bat (Lolotte)Au bord de la Sambre et perdu dans la fumée, Voyez-vous Couillet et son clocher poussiéreux de calcaire ? C'est là qu'habite ma tante Dorothée, Veuve de mon oncle, Adrien à la béquille. A sa nouvelle maison, nous avons fait la fête Lundi dernier, en pendant la crémaillère. Pour la première fois, c'est là que j'ai vu Lolotte. Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat. Pour la première fois, c'est là que j'ai vu Lolotte. Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat. Il y avait là les plus gais lurons du village, Pour ce qui est des filles, on n'avait qu'à choisir. On a goûté à l'ombre, sous le feuillage, Au milieu de la cour, sous le gros cerisier Ma chère tante a de la bière en bouteilles Bien meilleure que le Faro. Dans son état d'ébriété avancé, Lolotte était bien rougeoyante, Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat. Dans son état d'ébriété avancé, Lolotte était bien rougeoyante, Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat. Ca allait mieux quand les ventres furent repus ; Jean le Blanchisseur joue de son violon ; Il dit: "Mes enfants, il y a ici des filles, Qui ne demandent qu'à danser le rigodon…" Ah quel plaisir ! Que Lolotte est contente ! Après le quadrille, on lance une mazurka. J ‘ai tremblé en étreignant sa main. Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat. J ‘ai tremblé en étreignant sa main. Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat. Voilà le soir venu, et pour danser, chacun se presse. Le violoniste raclait son instrument avec ardeur. La bière et l'amour me faisaient tourner la tête. Saperlipopette ! Je nageais dans le bonheur. Mais le père de Lolotte, en voyant que je l'embrasse, D'un coup de sabot me fit plonger dans le purin. La fille s'enfuit et moi, je me relevai tant bien que mal. Ciel ! Quel coup de pied ! Sentez comme mon cœur bat. La fille s'enfuit et moi, je me relevai tant bien que mal. Ciel ! Quel coup de pied ! Sentez comme mon cœur bat. Je me souviendrai longtemps encore de la pendaison de crémaillère de ma tante. Je pense que j'ai le coccyx cassé ou luxé. Je prends des bains de vapeur Grinçant des dents chaque fois que je m'assieds. Mais quand bien même devrais-je y laisser ma dernière culotte, En m’empoignant avec son père et sa mère, Plutôt mourir que de vivre sans Lolotte. Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat. Plutôt mourir que de vivre sans Lolotte. Rien que d'y penser, sentez comme mon cœur bat.
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El Quézenne au MambourgSavé bin qu’hier el’ garçon du fourrier L’frère à Fifine, L’galant Céline, Nos a mainet au salon du lancier Où d’jai r’trouvé m’namoureux calonier ? D’j’ai danset sin manquer èn quadrye D’j’ai valset qu’dj’in sû co stourdie Vos aurî dit qu’tout skettait din l’Faubourg, C’estait djustemint el’ quézenne au Mambourg Tra-de-ri-de-ri-de-ra M’jouissance, mi c’est l’danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive el’ danse au son du Boum la la D’ji sé valser on m’apprind tous les djous, Après m’djournée A l’Mau Lavée D’ji pou valser dissus in cautron d’ous D’j’ n’in cass’rai pont téllemint qui d’j’ai l’pas doux. Enn, deux, trwès, d’ji commais l’mèsure, Em galant m’dit qu’d’j’ai èn fière tournure. Min qué plaigî, qui fait gaie au Faubourg, Quand c’est l’djou de’l quézenne au Mambourg. Tra-de-ri-de-ri-de-ra M’jouissance, mi c’est l’danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive el’ danse au son du Boum la la. D’j’ai diz-huit ans dispû l’djou saint Crépin, In bia visatche, In fé corsatche, In bia p’tit pid tchaussî d’in fé screpin, Des ys bin nwèrs, ène pia comme in satin. Chaqu’in m’dit : « T’es s’t’ène èwaraie . » On dit ça pasqui d’ji seus gaie, Qui n’el’ s’rait né quand on est du Faubourg, Et qui c’est l’djou de’l quézenne au Mambourg Tra-de-ri-de-ri-de-ra M’jouissance, mi c’est l’danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive el’ danse au son du Boum la la Toudi l’premère au son du violon, Dissus l’danse Mi d’ji m’lance . Si m’vis-àvis r’çwès in caup di m’talon D’ji vos l’fou su’s panse, aussi long qu’il est long. Si l’gayard em’lance ène calotte, Em galant l’prind pa au fond di s’culotte. I’ faurait vîr comme on s’cougne au Faubourg Quand c’est l’djou de’l quézenne au Mambourg Tra-de-ri-de-ri-de-ra M’jouissance, mi c’est l’danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive el’ danse au son du Boum la la. On djoque el danse, y pouvait iess’meignût V’la qu’à l’ronde Chaqu’in tchonte, Alors on r’va mins dins l’brouyard d’el nût Dins no djardin d’ji tchai sû in cabu. Em vî pa, en m’wèyant machurée, M’a r’tannet qui d’j’in seus stoumaquée. Mins mi d’j’min fou. Té, d’j vourais pou l’Faubourg Qu’tous les huit djous s’ret l’quézenne au Mambourg Tra-de-ri-de-ri-de-ra M’jouissance, mi c’est l’danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive el’ danse au son du Boum la la |
Le jour de paie au Mambourg
Savez-vous bien qu’hier, le fils du fourrier* Le frère de Joséphine, Le fiancé de Céline Nous a emmené au salon du lancier, Où j’ai rencontré mon amoureux, celui qui distribue les calottes* et les casques au charbonnage ? J’ai dansé sans rater un quadrille J’ai valsé, j’en suis encore toute étourdie. Vous auriez dit que tout s’écroulait dans le Faubourg, C’était justement le jour de paie au charbonnage du Mambourg.* Tra-de-ri-de-ri-de-ra Ma jouissance, moi c’est la danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive la danse au son du Boum la la. Je sais valser, on me l’enseigne tous les jours, Après ma journée de travail, A Jumet, dans le quartier de la Mal Lavée. Je peux danser sur 26 œufs, Je n’en casserai point, tellement j’ai le pas léger. Une, deux, trois, je connais la mesure… Mon soupirant me dit que j’ai une fière allure. Mais quel plaisir, quelle gaieté dans le Faubourg, Quand c’est le jour de paie au charbonnage du Mambourg. Tra-de-ri-de-ri-de-ra Ma jouissance, moi c’est la danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive la danse au son du Boum la la. J’ai dix-huit ans depuis le jour de la saint Crépin, Un beau visage, Un fin corsage, Un beau petit pied chaussé dans un fin escarpin, Des yeux bien noirs, une peau de satin. Tout le monde me dit : « Tu es une excitée ! » On dit çà parce que je suis gaie. Mais qui ne le serait pas quand on habite dans le Faubourg, Et que c’est le jour de paie au charbonnage du Mambourg. Tra-de-ri-de-ri-de-ra Ma jouissance, moi c’est la danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive la danse au son du Boum la la. Toujours la première au son du violon, Sur la piste de danse Je me lance, Si mon cavalier reçoit un coup de mon talon, Je vous le flanque par terre et vous l’étale de tout son long. Si le gaillard me gifle, Mon soupirant le prend par le fond de son pantalon. Il faudrait voir comme on se bagarre au Faubourg Quand c’est le jour de paie au charbonnage du Mambourg. Tra-de-ri-de-ri-de-ra Ma jouissance, moi c’est la danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive la danse au son du Boum la la. On s’arrête de danser, il pouvait être minuit. Voila que tout autour de nous Tout le monde se met à chanter, Alors on rentre chez soi, mais dans le brouillard de la nuit, Dans notre jardin, je tombe sur un chou rouge. Mon vieux père en me voyant ainsi toute sale, M’a flanqué une correction que j’en suis encore toute vivement émotionnée. Mais je m’en moque, tiens, je voudrais que pour le Faubourg, Que toutes les semaines serait le jour de paie au charbonnage du Mambourg. Tra-de-ri-de-ri-de-ra Ma jouissance, moi c’est la danse Tri-de-ri-de-ri-de-ra Vive la danse au son du Boum la la.
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| Fourrier : Sous officier chargé autrefois de distribuer les vivres et de pourvoir au logement des militaires. Aujourd’hui, responsable du matériel d’une unité. Calotte : Casque en cuir en usage dans les charbonnages au XIXème siècle. Charbonnage du Mambourg : Charbonnage de Charleroi dont le site d’exploitation se trouvait sur l’emplacement actuel de Carolywood et Ville 2. | |
Je me dois aussi de présenter Bob Deschamps, chanteur carolo par excellence !

Né en 1914 à Wangenies, petite localité aux environs de Fleurus, ce fils de boulanger, et boulanger lui même se découvre très tôt une vocation artistique et se lance dans la dans la chanson plutôt que de reprendre les affaires familiales. Bob Dechamps devient très vite un artiste incontournable des fêtes et animations de la région de Charleroi.
Ses chansons et ses sketchs dépeignent le Pays de Charleroi et ses habitants. Bob Deschamps reste sans aucun doute le plus connu des chanteurs d’expression wallonne. Il est décédé en 2002.
Voici un superbe poème qu'il a composé en compagnie de François Lemaire.
Chârlèrwè qué sale payisBob Deschamps et François Lemaire Bén gna pont d'boune séson, i plout deus djous su trwès. Vos n'ôs'rîz nén vudi sins vos n'imperméyâbe Ou vos risquèz d'yèsse tout cru come in vî misérabe. Vos èdalèz quéqu'fwès pau pu clér des solias, Vos d'jèz « Tout l'mim.me dji crwès qui l'timps d'meura au bia », Mins vos ramassez là yeune dè cès bounes nuwéyes Qui vos fé racouri l'coyène vrémint trimpéye. Si vos vos-è tirèz sins awè in catâr, Vos plèz vos vinter d'yèsse in fameus chancard. Les alintours dè l'vile ? C'est tout rimpli d'berdouyes : C'n'est nén fé pour les djins, c'est bon pou les guernouyes ! Et d'pus nos s'tons co pu blancs qu'des navias Avou toutes les feumières qui vud'nut des fournias. Comint c'qu'on pout d'meurer dins ène parèye contréye ? Adon qui gn'a des céns où c'qui l'solia lut tout' ène djournée. Comint c'qu'on n'sè va nén vikî yusse qui fé bon È evoyï bouler l'fayè payis wallon ? Pouqwè ? Tout simplemint pace qu'on trouve dilé li, Du mwins nous ses èfants, tout qwè c'qui fét pléji. In ètrangè pass'reut in djou à Chârlèrwè Il âra vu, mon dieu, deus, trwès bèles sakwès. Mins come souv'nir dè l'vile, qwè c'qu'il âra en somme ? Putète deus trwès fotos, colèyes dins in albom. I n'âra nén compris tout qwè c'qu'il est pour nous, C'pètit bouket du monde qui nos a moustrè l'djoû. Nos Walonîye pour nous, c'est l'pus grande des merveyes. Et nos plons bén cachî, nos n'trouv'rons rén d'pareye. Qwè c'qui gn'a d'mieus qu'aute pau ? Vrémint dji nè l'sés nén. Pouqwè c'qu'on l'vwèt voltiye ? C'est pou tout, c'est pou rén. Pou in moncha d'biestrîyes qu'on n'saureut dîre li mînme. Cor bén mînme après tout on n'sé nén come on l'inme. I faut l'awè quittè, awè pârti bén lon Pou sawè come on tént à s'vî payis wallon. I plout n'miyète di trop ? Mon dieu qué p'tite saqwè ! Nos i èstons dalieurs tél'mint habituwès Qui quand nos vwèyons l'solia qui lût wit d'jous sins r'lache Nos souwétons rad'mint qu'il arrive ène boune drache. Gn'a des feumières dijez, qui sôrt'nut des usines ? Mins n'est-ce nén come coula qu'on sét mindji s'târtine ? N'est-ce nén ces usines-là qui nos fèye nu vikî ? Si èle i toûrn'rît pu, qwè c'qui nos d'vénrîs ? Nos pourîs bén r'sèrer tél'mint fôrt nos boudène Qui nos mindj'rîs bén râde les plantes pas leus racènes. Qwè c'qu'on dit co bén d'aute du Payis d'Chârlèrwè ? On dit, c'est vré qu'on dit, qu'il est grossièr l'patwès. On dit du cén qui l'pârle qui c'èst yun d'èle « basse classe » Mins r'niyî nos Wallon, n'èst-ce nén r'niyî nos race ? Nos disfindons quék'fwès aus èfants dè l'pârler, Nos d'sons qu'c'est mau apris, nos d'sons qu'çoulà est léd. C'est qu'nos n'comperdons né lès biatés d'nos parlâdjes C'est qu'nos autes i gna pon d'faustè dins nos lingâdje. Tout qwè c'qui nos pinsons nos l'disons plate et zake Sins awè pou çoula dandjî d'tourner nos fraque. Vos d'sez qu'il est grossiè nos patwès d'Charlèrwè ? Vos avèz p'tête réson, mins savèz bén pouqwè ? C'est qu'il a stî pârlé pa tout ces brâves ouyeûs Qui n'sav'nut nén c'qwè c'est "awè peu" Qui discindent'nu dins l'fosse en dijant des biestrîyes Sins sondjî qu'is sont là in trin d’risquî leu vîye. Et c'est sôrtant dè l'bouche dè ces homes couradjeûs Qui chène qui nos patwès est télcôp crapuleûs ? Mins i gn'a qu'l'ér seûlmint parce qu'il a dins li mînme Ene sakwè d'tél'mint bia qu'il oblidje à c'qu'on l'inme, Ene sakwè qui tént là èt qui fé qu'tout l'monde dit : « Nos estons des Wallons èyèt nos l's'rons toudis. » |
Charleroi quel sale paysBob Deschamps et François Lemaire Ben, il n’y a pas de bonne saison, il pleut deux jours sur trois. Vous n’oseriez pas sortir sans votre imperméable Ou vous risqueriez d’être tout mouillé comme un vieux misérable. Vous vous en allez quelque fois par le plus clair des soleils, Vous vous dites « Tout de même, je crois que le temps restera au beau », Mais vous ramassez là une de ces bonnes nuées Qui vous fait revenir en vitesse trempés jusqu’aux os. Si vous vous en sortez sans avoir un rhume, Vous pouvez vous vanter d’être un fameux chançard. Les alentours de la ville ? C’est totalement rempli de boues : Ce n’est pas fait pour les gens, c’est bon pour les grenouilles ! Et en plus nous sommes encore plus blancs que des navets Avec toutes les fumées qui sortent des hauts-fourneaux. Comment peut-on habiter dans une pareille contrée ? Alors qu’il y a des endroits où le soleil luit tout la journée. Comment se fait-il qu’on ne s’en va pas vivre là où il fait bon Et envoyer au diable ce foutu pays wallon ? Pourquoi ? Tout simplement parce qu’on y trouve, Du moins nous ses enfants, tout ce qui fait plaisir. Si un étranger passait un jour à Charleroi Il aura vu, mon dieu, deux, trois belles choses. Mais comme souvenir de la ville, qu’aura-t-il en somme ? Peut-être deux, trois photos, collées dans un album. Il n’aura pas compris tout ce qu’il représente pour nous, Ce petit morceau du monde qui nous a donné le jour. Notre Wallonie pour nous, c’est la plus grande des merveilles. Et nous pouvons bien chercher, nous ne trouverons rien de pareil. Qu’y a-t-il de mieux ici qu’ailleurs ? Vraiment, je ne sais pas. Pourquoi l’aime-t-on ? C’est pour tout et pour rien. Pour un tas de bêtises qu’on ne saura même pas expliquer. Encore bien même après tout, on se sait pas à quel point on l’aime. Il faut l’avoir quitté, être parti bien loin Pour savoir comme on tient à son vieux pays wallon. Il pleut un peu trop ? Mon dieu la belle affaire ! Nous y sommes d’ailleurs tellement habitués Que quand nous voyons le soleil qui luit huit jours sans arrêt Nous souhaitons rapidement qu’il arrive une bonne averse. Vous dites qu’il y a des fumées qui sortent des usines ? Mais n’est-ce pas comme cela qu’on sait manger sa tartine ? Ne sont-ce pas ces usines qui nous font vivre ? Si elles ne fonctionnaient plus, que deviendrions-nous ? Nous pourrions bien faire un tel régime et tellement maigrir Que nous mangerions bien vite les pissenlits par la racine. Que dit-on encore à propos du Pays de Charleroi ? On dit, c’est vrai qu’on dit que notre patois est grossier. On dit de celui qui le parle que c’est un de la « basse classe » Mais renier notre Wallon, n’est-ce pas renier notre race ? Nous défendons parfois aux enfants de le parler, Nous disons que c’est impoli, nous disons que c’est laid. C’est parce que nous ne comprenons pas les beautés de nos conversations. Chez nous, il n’y a pas de fausseté dans notre langage. Tout ce que nous pensons, nous le disons franchement. Sans avoir besoin pour cela d’être hypocrites. Vous dites qu’il est grossier, notre patois de Charleroi ? Vous avez peut-être raison, mais savez vous pourquoi ? C’est qu’il a été parlé par tous ces braves mineurs Qui ne savent pas ce que c’est d’avoir peur Qui descendent dans la mine en disant des bêtises Sans songer qu’ils sont là en train de risquer leur vie. Et c’est sortant de la bouche de ces hommes courageux Que notre patois est, semble-t-il, quelquefois crapuleux ? Mais ce n’est qu’une impression parce qu’il a en lui-même Quelque chose de tellement beau qu’il oblige à ce qu’on l’aime, Quelque chose qui tient là et qui fait que tout le monde dit : « Nous sommes des Wallons et nous le serons toujours. » |
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