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Les Origines de la Vie, Un Jaillissement Mystérieux, une Evolution Unique
La Vie des Hommes (5)
L'habitat
Aujourd'hui, nous avons réussi à éliminer de notre vocabulaire le terme "d'homme des cavernes". Mais jadis, et il n'y a pas si longtemps, c'était un terme fréquemment utilisé dans le langage courant, mais aussi dans les documents écrits. Cette désignation se, rapportait aux hommes primitifs du Paléolithique dont on s'imaginait qu'ils vivaient dans les cavernes, communiquaient en poussant des cris inarticulés, chassaient des animaux divers qu'ils traînaient jusqu'à leur caverne où ils éparpillaient leurs os sur le sol, après les avoir dévorés.

Cette représentation périmée des chasseurs du Paléolithique était due aux connaissances encore inconsistantes et fragmentaires du siècle dernier. Lorsqu'on a commencé à découvrir les premiers outils paléolithiques en pierre, les chasseurs "d'antiquités" prirent l'habitude d'aller faire leurs fouilles dans les grottes. En terrain découvert, les foyers et les restes des campements des chasseurs étaient recouverts par d'épaisses couches sédimentaires et personne ne savait à quel endroit il fallait commencer à fouiller. Et si par hasard on mettait quand même la main sur ces outils, on pouvait ne pas s'en apercevoir : on ne les aurait pas reconnus puisqu'on ne soupçonnait pas leur présence. Dans les cavernes, les instruments en pierre apparaissaient en même temps que de nombreux ossements d'animaux des périodes interglaciaires et de glaciation : ainsi naquit le mythe de l'homme des cavernes.
Mais depuis, le temps a passé, les hypothèses ont évolué, et la science a marqué des points. Les scientifiques découvrirent dans les couloirs souterrains de magnifiques gravures et peintures rupestres, et, après avoir entamé des polémiques autour de leur âge, ils furent obligés d'admettre que "l'homme des cavernes" ne devait pas être cette brute primitive, donnant des coups de massue à droite et à gauche, comme on avait tendance à le croire. Par la suite, on s'est aperçu que l'homme du Paléolithique n'était pas vraiment "des cavernes". Il est évident que s'il tombait sur une bonne caverne, il s'y installait pendant quelque temps, surtout lorsqu'il était en train de pister le gibier pendant ses expéditions de chasse. Certaines grottes convenaient tout à fait pour passer l'hiver, surtout quand on les arrangeait un peu. Mais, la plupart du temps, il habitait en dehors des grottes. Et il existait un grand nombre de chasseurs du Paléolithique, par exemple dans les steppes d'Europe orientale, qui ne virent jamais une caverne de leur vie. Comment faisaient-ils alors pour s'abriter ?
Grâce aux nouvelles découvertes archéologiques, nous sommes en mesure de dire que les hommes préhistoriques avaient un habitat très convenable. Ils ont su s'adapter et affronter la nature hostile. On ne trouve pas de grottes partout ; il y en a dans le Sud de la France, dans les Pyrénées, dans le Nord de l'Espagne, dans le Sud de l'Allemagne, et dans d'autres pays aux chaînes de montagnes calcaires. Alors comment faire là, où il n'y avait pas de cavernes ? Les chasseurs du Paléolithique ont résolu le problème en construisant eux-mêmes leurs abris. Mais n'anticipons pas et regardons un peu quel chemin ils durent parcourir avant d'en arriver là.
De la cache à la hutte
Cette polarisation peut paraître un peu exagérée. Quand nous nous demandons comment vivaient nos ancêtres préhominiens, nous nous mettons tout naturellement à observer les grands singes qui en sont, en quelque sorte, la réplique. Nous constatons alors qu'ils ont l'habitude de construire des abris de branches et de feuilles, la plupart du temps dans les arbres, mais également à même le sol. En général, ils n'y passent qu'une seule nuit. Il y a des chances pour que nos ancêtres aient fait de même. Il est évident que nous ne pourrons jamais le vérifier mais, après tout, cela n'a pas vraiment d'importance, car ce n'étaient pas encore des hommes. Après qu'ils eurent adopté la vie sur la terre ferme, ils abandonnèrent la construction de leurs abris. Il a bien fallu trouver autre chose, mais quoi?
On peut envisager toutes sortes d'hypothèses : ils pouvaient dormir à la belle étoile, dans des buissons, dans un arbre creux ou bien dans un trou, lorsqu'un arbre se déracinait, dans une grotte ou dans un abri sous roche. Toutes ces éventualités ont un dénominateur commun : elles ne laissent pas de traces, on ne peut pas les vérifier. Ainsi, nous ne saurons jamais, quelle était la ou les bonnes solutions.
Mais l'humanité continuait à évoluer et ce qui suffisait à l'homme auparavant ne le satisfaisait plus. Il a vite compris qu'il était bien plus agréable de s'installer sous un rocher en surplomb ou dans une caverne, plutôt que de dormir dans des abris précaires, dans un paysage découvert ; cette constatation ne demandait pas une intelligence aiguë. La question de commodité élémentaire devint une nécessité quand les hommes s'habituèrent à l'utilisation du feu qu'il fallait protéger contre les intempéries. Quand la pluie éteignait le feu, la survie de toute la horde se trouvait compromise, surtout pendant certaines périodes. Par conséquent, il fallait absolument y remédier.
L'homme du Paléolithique qui ne voulait pas courir ce risque, inventa une caverne "artificielle". L'idée en soi ne suffisait pas ; c'était un travail de longue haleine. Pour le réaliser, il fallait posséder tout un équipement qui était, à l'époque la plus reculée du Paléolithique, bien sommaire : il se composait de galets aménagés et d'éclats de pierre. Au début, les chasseurs construisaient des murs bas de branches et d'herbes tressées, pour protéger le feu dans les contrées balayées souvent par les vents. Quand c'était la pluie qui représentait le principal danger (dans les régions chaudes et humides), cette protection prenait la forme d'un toit qui surplombait le foyer. Le mur protecteur était droit ou en demi-cercle et, en le considérant, l'homme s'est aperçu qu'il pouvait l'améliorer. Il était facile, en effet, de concevoir deux murs analogues, mais inclinés l'un vers l'autre, de sorte qu'ils se touchaient au sommet et formaient une tente à base rectangulaire. On pouvait faire la même chose avec le mur semi-circulaire : il suffisait de suivre la circonférence, et on obtenait une petite hutte à base circulaire : la grotte "artificielle" était née. La vraie caverne était, bien sûr, plus agréable à habiter, mais le petit abri précaire, construit par l'homme avait également ses avantages : c'était un espace fermé qui le protégeait du vent et de la pluie où il pouvait vivre, dormir, manger, se réchauffer et travailler. C'est là qu'il se réfugiait pour se protéger de tout ce qui était dangereux ou désagréable dans le monde qui l'entourait. C'était sa maison.
L'apparition du premier habitat
Le chemin que nous venons de retracer est tout à fait imaginaire, nous n'avons pas vraiment de preuves de ce que nous avançons. C'est qu'il n'est pas facile de trouver des traces d'une simple hutte dans le sol après tant d'années. Si cette hutte qui n'était qu'un treillis de branches, de feuilles et d'herbes, recouvert de peaux, disparut sans laisser de traces, à plus forte raison, la petite muraille que les chasseurs dressaient pour protéger le feu du vent, ne put se conserver.

L'archéologie moderne mène parfois de véritables enquêtes policières, interprétant des traces apparemment insignifiantes pour en tirer, par déduction, des conclusions solides et bien argumentées. Elle procède également par analogie et en coopération avec l'ethnologie, observant, par exemple, les traces que laissent sur le sol les campements des tribus de chasseurs australiens ou amérindiens. Lorsqu'on découvre un site dans lequel vivaient les ancêtres de l'homme, il y a un ou deux millions d'années, il suffit d'observer comment sont disposés les déchets de nourriture et les restes du travail humain, les instruments finis, les éclats qui en résultent sur un petit espace bien délimité pour connaître l'emplacement du mur protecteur ou la surface et la forme de l'abri. Et lorsque l'architecte primitif se mit à utiliser les pierres, il fit le bonheur des chercheurs du XXème siècle dont il facilita la tâche. Grâce à quelques grosses pierres disposées en demi-cercle, on a pu discerner à Olduvaï, en Afrique occidentale, la plus ancienne construction connue qui devait être une sorte de mur, renforcé sur le sol par des pierres. La couche sédimentaire très profonde dans laquelle on a découvert cette base, date à peu près de deux millions d'années. Les traces d'une fragile hutte circulaire que les chercheurs surent reconnaître à Gomboré, en Éthiopie proviennent à peu près de la même époque.
Le continent européen n'a pas de vestiges aussi anciens et, compte tenu de ce que nous savons des origines de l'homme, il y a peu de chances qu'il devance un jour l'Afrique sur ce terrain. Ce que révélèrent les fouilles entreprises à Soleihac, dans l'Aveyron, et ce qui pourrait être considéré comme la base d'une construction aux formes indéterminées, date à peine d'un million d'années. Mais l'Europe possède d'autres vestiges si intéressants que la question d'âge s'en trouve largement compensée : on a pu découvrir des restes importants d'une cabane si bien conservés qu'on a pu se faire une idée très nette de l'ensemble de la construction. Celui qui l'habitait, y laissa les marques de son travail et de son intelligence ainsi que des empreintes bien réelles, celles de son pied dans le sable. On a découvert ces trésors par hasard. Il y a une vingtaine d'années, au bout d'une ruelle de Nice, au-dessus du vieux port, on commença à creuser les fondations pour la construction d'une grande maison avec une vue magnifique sur la Méditerranée. Une personne qui, fort heureusement, avait un bon esprit d'observation, remarqua des outils en silex, dans le sol manipulé par la pelleteuse. On arrêta immédiatement les travaux et une des plus grandes aventures archéologiques a pu commencer. A la place d'un immeuble moderne, équipé de toutes les commodités du XXe siècle, on se consacra à la plus ancienne construction européenne qui datait de cinq cent mille ans !
En ces temps reculés, la Côte d'Azur n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui : c'étaient des plages de sable et de galets qui s'étendaient à perte de vue et côtoyaient immédiatement les forêts giboyeuses de l'arrière-pays.



Les millénaires passaient, et les hommes apprenaient à construire des huttes de plus en plus solides, surtout quand ils furent obligés d'y passer l'hiver, à l'époque de la dernière glaciation.
La principale difficulté était le manque de bois pour la charpente les arbres ne poussaient pas dans cette steppe exposée aux vents. On en trouvait un peu dans les rares bosquets qui végétaient dans les endroits mieux abrités. Les hommes utilisaient donc tout ce qui leur tombait sous la main.
Les fouilles effectuées dans les régions de steppes de l'Ukraine et de la partie européenne de la Russie où le besoin d'un abri solide pour l'hiver était tout particulièrement impératif, révélèrent un nombre important de fondations de huttes dont la conception était très astucieuse et originale. Grâce à ces découvertes, nous savons aujourd'hui comment les chasseurs de mammouths construisaient leurs abris.
Dans un endroit choisi, on dressait d'abord la base du toit. C'était une sorte de socle en grosses pierres et en os de mammouths (crânes, fémurs, omoplates, os iliaques, etc.) qui constituaient un excellent matériau de construction. Ce socle de base atteignait la hauteur d'un demi-mètre environ. Ensuite, on le consolidait en colmatant les fentes entre les pierres et les os avec de l'argile. Ce socle était presque toujours circulaire, son diamètre atteignant facilement cinq mètres.
Une fois achevée sa construction, on commençait à dresser le toit. Cette hutte ressemblait à une tente, car ses parois faisaient déjà partie du toit : on enfonçait dans le socle de grosses branches ou des troncs de jeunes arbres, en les espaçant régulièrement. On les attachait au sommet, de sorte que ce point de contact se trouvait juste au-dessus du centre de la base circulaire, à une hauteur de deux ou trois mètres, rarement plus, car il ne devait pas être facile de se procurer des pièces de bois aussi longues. On obtenait ainsi une charpente simple, conique, pointue ou arrondie suivant la forme et la souplesse du bois utilisé pour la construction.
Cette charpente était recouverte et renforcée par de fines branches. Quand on manquait de bois, les chasseurs s'aidaient autrement : ils utilisaient les bois de rennes qui se distinguent par leur longueur, ramifications et diversité de formes, de sorte qu'on pouvait très bien les emmêler et les emboîter. Il existe des cas où ce type de construction s'est conservé jusqu'à nos jours. Dans le site de Malta, en Sibérie, le sol a livré une construction qui avait un toit semblable. Elle avait par ailleurs un socle en pierre calcaire remarquable. Après le départ de ses habitants, les branches de la charpente ne résistèrent pas aux intempéries et le toit en bois de rennes s'effondra à l'intérieur de l'édifice. C'est dans cet état que les archéologues l'ont trouvé.
Si la pénurie du bois était un obstacle à la construction des huttes, le matériau pour couvrir le toit, par contre, ne manquait pas. Les peaux des gros animaux tués faisaient très bien l'affaire. Malheureusement, ces peaux étaient très lourdes et nécessitaient une charpente solide ; parfois, il fallait même les soutenir de l'intérieur. Mais le toit en peau était résistant, étanche et faisait un excellent isolant thermique. Au ras du sol, où les ouvertures pouvaient apparaître, on maintenait les peaux en place par de grosses pierres, des amas de terre, des os et même des défenses de mammouth. On posait également les os les plus longs sur le toit pour empêcher le vent d'emporter les peaux.
Les trous dans les parois étaient soigneusement bouchés pour empêcher la chaleur de s'échapper. Le feu qui brûlait en général au centre de l'habitation, ne pouvait pas être trop important. D'une part, les combustibles étaient rares (nous savons déjà que les chasseurs étaient obligés de brûler les os pour alimenter le feu), d'autre part, le bois était vert et enfumait énormément. Quant à la fumée, il fallait qu'il y en ait le moins possible pour que la hutte soit habitable : elle n'avait pas de fenêtres et son entrée se limitait à une petite ouverture qu'on fermait par une peau suspendue au-dessus. Si on avait ménagé une ouverture au sommet du toit, elle ne devait pas être trop large, car la pluie aurait éteint le feu. Si nous imaginons les chasseurs du Paléolithique rassemblés autour du feu, n'oublions alors pas d'évoquer l'épais nuage de fumée qui planait à un mètre du sol. Le chasseur ne pouvait lui échapper que couché ou assis.
Nous ne pouvons faire que des suppositions quant au lit des habitants de la hutte. Cela pouvait être un tas de fines branches de feuillus ou de conifères (ces derniers étaient plus fréquents à l'époque de chasseurs de mammouths) sur lequel on étendait une fourrure pour dormir. Il est impossible de déceler aujourd'hui les restes d'un tel lit, mais parfois, on peut tout de même faire des découvertes intéressantes. Lorsque les archéologues français étudièrent le sol d'une hutte construite dans la grotte de Lazaret, près de Nice, ils trouvèrent dans les endroits où on ne circulait pas, en dehors du foyer, des couches de minuscules coquillages. Comme nous savons que ces crustacés s'attachent généralement aux algues qui échouent sur les plages, nous pouvons supposer que les hommes les ramassaient et les utilisaient pour faire leur lit. Cette hutte est également intéressante pour d'autres raisons : c'est une construction plus ancienne que celle des chasseurs de mammouths, et elle était construite à l'intérieur de la grotte, collée à la paroi rocheuse.
Les savants ont fait d'autres découvertes tout aussi intéressantes dans d'autres endroits : dans une grotte du Sud de l'Allemagne, que les chasseurs habitaient au Paléolithique supérieur. L'analyse chimique du sol révéla la présence d'éléments organiques, contenus dans la fourrure. Nous pouvons donc conclure qu'il s'agissait des peaux que les chasseurs étendaient sur le sol pour dormir.
Il faut mentionner encore un détail : les branches assez courtes qu'on utilisait pour la construction d'un toit, ne permettaient pas d'agrandir l'espace de la hutte. Les architectes préhistoriques réussirent à construire des abris plus spacieux en abaissant le niveau du sol. Cette habitation "enfoncée" un peu dans la terre était également mieux aérée et mieux chauffée. Le décalage entre les niveaux des sols n'était pas très important : il suffisait de creuser un trou d'un quart ou d'un demi-mètre. Malgré tout, ce n'était pas chose facile car, pour creuser, les hommes n'avaient que leurs mains et quelques gros bâtons. Pour se faciliter la tâche, ils inventèrent des outils. Ainsi a-t-on pu trouver dans les sites de chasseurs de mammouths de Moravie ou d'Europe orientale des pioches en bois de renne. On le taillait et on le façonnait jusqu'à ce qu'il présente la forme d'une pioche, la partie la plus large de la corne servant de manche à l'instrument. On a pu découvrir un outil analogue (bien que cassé) enfoncé dans le sol d'une hutte de Pavlov, en Moravie. D'autres trouvailles nous indiquent qu'on utilisait également les côtes de mammouths pour le même usage.
De tout ce que nous venons de dire, on peut déduire que la construction d'une hutte d'hiver n'était pas une petite affaire : tous les membres de la horde devaient apparemment y participer. Mais, très vite, ces efforts se révélèrent rentables et utiles lorsqu'en hiver, qui était à l'époque particulièrement glacial, les hommes à leur retour de la chasse rejoignaient leurs femmes et enfants dans ce refuge enfumé, mais bien chauffé. La horde pouvait très bien passer l'hiver de cette façon, pour repartir au printemps, à la recherche de nouveaux terrains de chasse. Parfois, elle revenait au même endroit avec le retour du froid mais, la plupart du temps, les chasseurs reconstruisaient leur hutte d'hiver ailleurs. L'ancien abri, qui ne résistait pas aux intempéries, tombait en ruines et le bois de sa charpente pourrissait et se décomposait peu à peu. Ces maigres restes, recouverts progressivement par le sol, attendent les archéologues pour réapparaître au grand jour et nous apporter, peut-être, quelques connaissances supplémentaires.
Les découvertes des chasseurs de rennes
Les choses changèrent à la fin du Paléolithique. Le temps ne s'était pas adouci, bien au contraire. Dans l'hémisphère Nord, le climat devint encore plus détestable qu'à l'époque des chasseurs de mammouths. Il y a seulement quinze mille ans, au moment où la dernière glaciation commença à reculer, les chasseurs peuplèrent à nouveau les régions rendues désertes pendant de longues années par le souffle glacial du climat nordique. Ils montaient de plus en plus vers le Nord et, en été, ils se hasardaient jusqu'à la barrière de glaciers qui quittaient l'Allemagne et la Pologne en direction de la Scandinavie. Dans cette région de toundra monotone avec, par endroits, des milliers de petits lacs qui provenaient de la glace fondue, vivaient des troupeaux de rennes. Les mammouths se mirent à décroître jusqu'à disparaître complètement de l'Europe. Mais les troupeaux de rennes comptaient bien plus de têtes que les troupeaux de mammouths, ce qui palliait la différence de la quantité de viande représentée par la prise d'un colosse comme le mammouth. Les choses en seraient restées là si le renne avait vécu de la même façon que le mammouth. Mais, hélas, le renne était bien plus agile, on ne pouvait pas le poursuivre à pied, ni cerner ses immenses troupeaux. Qui plus est, deux fois par an, les troupeaux émigraient en se déplaçant sur des centaines de kilomètres : en été vers le Nord et en hiver vers le Sud.
L'époque où la horde pouvait vivre tranquillement sur place pendant des mois et chasser dans les alentours de son site était bien révolue. Lors de la période de chasse, le chasseur de rennes devait être sans cesse sur le qui-vive, prêt à partir avec tous ses biens sur les traces du troupeau dont la viande lui permettait de vivre. Il parcourait souvent des grandes distances et devait adapter son habitat à ce mode de vie. Les chasseurs d'Europe centrale vivaient de la même façon, même si le renne était rare dans cette région. Leur gibier de prédilection était le cheval sauvage.
Ce nouvel abri devait donc être facilement transportable, étant donné que la horde ne passait jamais la nuit deux fois au même endroit ; il était impossible de continuer à construire les huttes comme auparavant. Il aurait fallu trop de temps et, dans la toundra, on ne trouvait pas le matériau nécessaire à leur construction. Et comme les hommes devaient transporter leurs abris soit sur le dos, soit sur une sorte de traîneau, il fallait donc qu'ils soient très légers. C'était un problème important que les chasseurs réussirent cependant à résoudre parfaitement : ainsi apparurent les premières tentes.

Pour être tout à fait honnête, on ne peut pas vraiment affirmer que les hommes n'inventèrent la tente qu'à la fin du Paléolithique. Mais les premières traces de campements de tentes qui sont nettes et assez nombreuses datent bien de cette époque. L'exemple classique de ces campements se trouve dans les endroits sablonneux des environs de Hambourg où de nombreuses hordes de chasseurs de rennes campèrent parmi les lacs, pendant des milliers d'années. Les chasseurs dressaient leurs tentes dans un endroit choisi et, une fois la chasse terminée, ils les repliaient pour reprendre la route. Elles se composaient d'une construction en bois sur laquelle on posait des peaux de rennes cousues. L'ensemble était de forme conique et le poids variait entre 100 et 200 kilogrammes. Une telle tente, malgré tout, était lourde à porter, on la démontait donc en parties séparées pour faciliter son transport. Selon les observations des tribus de chasseurs d'aujourd'hui, nous pouvons supposer que dresser les tentes était un travail réservé aux femmes. Les hommes étaient occupés à chasser et à veiller sur la sécurité de la horde.
Lorsqu'on allumait le feu dans la tente, si les peaux étaient bien cousues et maintenues au sol avec de grosses pierres et du sable, on pouvait très bien y vivre, même en hiver. Les chasseurs de rennes dont le site se trouve près de Hambourg perfectionnèrent encore leur conception de la tente afin de mieux garder la chaleur. En effet, ils construisaient une petite tente de base où ils vivaient et une autre, plus grande par-dessus, pour protéger la première. La couche d'air qui existait entre les deux, servait d'isolant thermique et maintenait à l'intérieur une température constante et agréable. Pour que le vent ne renverse pas cette construction fragile, on la maintenait probablement au sol par des cordes qui partaient de son sommet et sur lesquelles on posait des pierres.
Depuis, la tente est restée l'habitation préférée de tous les nomades, qu'ils soient chasseurs ou bergers. On vit dans des tentes de nos jours dans le Grand Nord ; dans ces régions se retiraient les troupeaux de rennes à la fin du Paléolithique, fuyant la forêt qui apparut dans le Sud avec le changement de climat. Si nous nous représentons le paysage européen du Mésolithique nous comprenons aussitôt qu'il n'était plus pratique de continuer à utiliser les tentes dans ces nouvelles conditions. Le gibier de la forêt n'émigrait pas et le chasseur n'avait donc plus besoin de parcourir de grandes distances à sa poursuite. Se frayer un passage dans cette forêt vierge, chargé de branches et de peaux pour la construction de la tente, était devenu impossible et inutile. Quand les chasseurs avaient besoin de s'arrêter, ils trouvaient tout ce dont ils avaient besoin sur place pour construire des huttes légères de branches, recouvertes d'herbes, de feuillage ou d'écorce. Ils repartaient le lendemain, le cœur léger, sachant que le soir, ils allaient retrouver tout le matériau nécessaire pour une nouvelle construction. Le Mésolithique fut alors la période des huttes provisoires qu'on ne transportait pas ; on peut les comparer aux wigwams des Indiens de l'Amérique du Nord (de même que les tipis des prairies rappellent les tentes de la fin du Paléolithique).
On se demande pendant combien de temps encore, les chasseurs auraient continué à vivre de cette façon, si une vague d'hommes, venus du Sud-Est, n'avait pas pénétré en Europe. C'étaient des bergers et des agriculteurs qui savaient construire de véritables maisons en bois, grâce à leurs outils perfectionnés, où il faisait bon vivre, été comme hiver. Mais, là, commence une nouvelle époque et une autre histoire.
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