Les Origines de la Vie, Un Jaillissement Mystérieux, une Evolution Unique

La Vie des Hommes (6)

 

La sépulture

En juillet 1949, on a fait une découverte particulièrement intéressante à Dolni Vêstonice, le plus célèbre site paléolithique de Tchécoslovaquie. Au cours des travaux de fouilles d'une grande hutte, les ouvriers tombèrent sur des os de mammouth - des omoplates et un os iliaque. Quand ils réussirent à enlever une omoplate, ils trouvèrent en dessous un crâne humain.

Cette trouvaille éveilla immédiatement la curiosité du monde scientifique, car si les chasseurs de mammouths ont laissé beaucoup de choses dans leurs campements, les ossements humains sont tout de même rares. La position du crâne et la disposition des os de mammouth, laissent supposer qu'il pourrait s'agir d'une tombe. L'exploration minutieuse de l'endroit corroborait cette hypothèse : on a trouvé, dans une cavité peu profonde, recouverte de deux omoplates de mammouth (dont une était rayée sur sa face inférieure), un squelette humain, couché sur le côté droit, très fortement recroquevillé, de sorte qu'il occupait peu de place. D'ailleurs, même de son vivant, ce corps était menu. Les anthropologues déterminèrent qu'il s'agissait d'une femme, âgée d'une quarantaine d'années, haute à peu près de 1,60 m, et de constitution fragile. Lors du rite funéraire, on avait répandu sur sa tombe de l'argile rouge.

En outre, on a trouvé dans la tombe quelques outils et éclats de silex et, à côté de la main gauche de la défunte, les ossements d'un renard polaire. La morte tenait également dans sa main droite une dizaine de crocs appartenant au même animal. La coupe transversale du sol au-dessus de la tombe révéla que celle-ci était signalée par un monticule de terre, et il n'est pas exclu que l'os iliaque qu'on a trouvé à cet endroit, ait servi à l'origine à marquer son emplacement, en formant une sépulture sommaire. Puisque nous parlons du sol au-dessus de la tombe, nous constatons qu'elle a failli disparaître à tout jamais, sans laisser de trace. Au-dessus d'une partie de cette sépulture extraordinaire, passait pendant de longues années une route à travers champs que les passages successifs creusaient d'année en année, et dont le dernier niveau se trouvait à peine à dix centimètres au-dessus de l'omoplate de mammouth qui protégeait le squelette.

Les archéologues purent donc sauver la tombe de justesse. Ils creusèrent un fossé tout autour, de sorte qu'elle reposait sur un socle argileux. On entoura ensuite de barres de fer, et on coula le tout dans le plâtre pour que rien ne se déplace à l'intérieur pendant le transport. Au Musée morave de Brno, les spécialistes "défirent" le paquet, analysèrent minutieusement son contenu, et le traitèrent pour éviter toute dégradation. Cette sépulture paléolithique, ainsi sauvée, est conservée aujourd'hui encore dans ce musée.

La tombe de Vêstonice est un bel exemple du soin que les chasseurs de mammouths prenaient de leurs morts (ou du moins de certains d'entre eux) à l'époque de la dernière glaciation. Mais ce n'est pas la sépulture la plus ancienne que nous connaissions. A cette période du Paléolithique, l'habitude d'enterrer les morts, dont les origines remontent à une époque beaucoup plus lointaine, était déjà bien établie. Mais comme cela arrive fréquemment, même dans ce cas précis, il n'est pas aisé de déterminer les débuts de cette coutume.

La plus ancienne sépulture

Les animaux n'enterrent pas leurs morts. Cet acte est l'apanage de l'homme qui s'est fait une idée de la mort et de ce qui arrive après. C'est pour cela que la coutume d'ensevelir les morts ne doit pas être très ancienne. Elle a dû apparaître au moment où le passage du stade primitif au stade plus évolué était tout à fait achevé, où l'homme commençait à se poser des questions et à réfléchir à d'autres problèmes que ceux posés par la nourriture.

Cependant, les premières funérailles sont entourées de mystères, au même titre que les premiers instruments ou la première hutte. Il est effectivement impossible de savoir quand et où la horde eut l'idée d'enterrer l'un de ses membres, un parent qui vivait, travaillait, chassait, luttait, fêtait, mangeait et se réunissait avec les autres, autour du même feu. Lorsque les hommes atteignirent le degré spirituel suffisant pour réaliser ce que représente la vie en commun et l'aide mutuelle au sein de la horde (en dehors de laquelle l'individu ne pouvait pas survivre), un esprit de convivialité s'établit peu à peu, en même temps que des sentiments qui unissaient les membres de la même horde. Quand un chasseur mourait, que ce soit de mort naturelle ou des suites d'un accident de chasse, ses compagnons regrettaient son départ.

La mort ressemblait à un sommeil profond ; les hommes ne savaient pas encore, quelle était la différence entre les deux. L'espoir que le sommeil s'arrêterait et que la personne aimée se réveillerait, pouvait donner naissance à toutes sortes de croyances qui se traduisent dans la disposition et le contenu des sépultures les plus anciennes. Ainsi, par exemple, l'habitude d'ensevelir les corps recroquevillés, couchés sur le côté, les mains placées sous la tête, reproduit fidèlement la position d'un dormeur. La coutume de répandre sur le cadavre de l'argile rouge qu'on obtenait à partir des minéraux contenant le fer, était courante au Paléolithique, et devait avoir une signification profonde que nous ignorons aujourd'hui. La couleur rouge évoquait peut-être le sang par lequel la vie s'échappait du corps blessé ; l'argile rouge pourrait donc être censée réanimer le mort en lui rendant le sang et la couleur.

Mais les témoignages des croyances anciennes les plus parlants sont les objets qu'on trouve dans les tombes : armes, instruments, parures. La seule explication valable de leur présence est qu'ils appartenaient au mort, que celui-ci les aimait et les utilisait tous les jours, et c'est pour cette raison qu'on les a ensevelis en même temps que son corps, pour qu'il puisse les retrouver quand il en aurait à nouveau besoin.

Mais il est troublant de constater que certains squelettes sont recroquevillés si fortement qu'on a dû garrotter le cadavre pour le maintenir dans cette position. Tel était le cas du squelette découvert à Dolni Vëstonice, mentionné plus haut. Cela signifie peut-être que la peur de la mort et du retour des morts parmi les vivants auxquels ils pourraient nuire, faisait prendre aux hommes des précautions. L'habitude d'attacher les morts se maintint même plus tard, pendant toute la préhistoire, et survécut jusqu'aux temps historiques chez certains peuples. Sa raison est toujours la même : empêcher que le cadavre ne se lève et ne revienne. Nous ignorons ce que l'homme du Paléolithique s'imaginait à ce sujet, mais ces représentations devaient être déjà assez complexes, et les sentiments qu'il éprouvait pour les morts, mitigés.


Dessin Noëlla Wébert
Enterrement d'une femme à Dolni Vestonice.

Photo L.V.B. Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique
Enterrement d'un jeune homme : reconstitution d'une tombe d'homme de Cro-Magnon.

Mais revenons à "la plus ancienne tombe". Il est évident que nous ne pourrons jamais la retrouver et cela pour des raisons très précises : les hommes ne se mirent pas à enterrer leurs morts du jour au lendemain, sans préparation. Des cultes funéraires divers, rendus aux compagnons morts, devaient précéder les ensevelissements dans la terre. Ils existaient encore à l'époque où on enterrait couramment les défunts, et se pratiquent encore dans certaines tribus, même de nos jours. Malheureusement, les archéologues n'ont aucun moyen de vérifier si les chasseurs du Paléolithique plaçaient leurs morts dans le faîte des arbres, ou les posaient simplement sur le sol dans une construction en bois, en guise de cercueil, ou bien encore sur une planche soutenue par des bâtons en bois, placée en élévation au-dessus du sol. En dehors de la tombe, telle que nous la concevons aujourd'hui, il existait d'autres possibilités de faire dignement ses adieux au défunt ; on allait jusqu'à le manger. Il est d'ailleurs fort possible que les anciennes tombes soient détruites depuis longtemps ou bien qu'on ne les ait pas encore retrouvées. En tout cas, celles que nous connaissons pour le moment sont relativement récentes.

La peinture et la sculpture

Nous, les hommes du XXème siècle, n'arrivons même plus à concevoir à quel point nos ancêtres du Paléolithique étaient près de la nature. Ils vivaient en profonde communion avec elle, ressentaient son influence sur leur vie. Depuis leur plus tendre enfance, ils apprenaient des adultes à la connaître, à profiter de ses dons, et à éviter les dangers qu'elle recelait. Ils connaissaient bien tout ce qu'ils pouvaient voir, toucher, entendre, goûter et sentir dans le milieu ambiant, mais ils étaient loin de tout comprendre. L'alternance des saisons ne les troublait pas encore, bien que toute leur existence, les migrations du gibier, la construction des abris, aient dépendu directement de ce cycle naturel. Ils surent reconnaître le danger que représentaient les animaux sauvages et apprirent à s'en défendre. Mais l'orage, l'éclair et la foudre, l'incendie de la forêt, l'inondation, étaient pour eux des phénomènes mystérieux et inexplicables qui les emplissaient de crainte, car ils ne surent pas les comprendre, et les affronter dépassait leurs forces. De la peur et du sentiment d'impuissance naquit le respect des forces inconnues et indomptables qui régissaient leur vie ou leur mort et, en se développant, cette crainte devint la première forme de religion.

De même qu'aujourd'hui, au Paléolithique, les hommes étaient différents les uns des autres ; certains individus brillaient par leur intelligence, leur sensibilité, leur habileté...

Ceux-ci surent représenter ce qu'ils voyaient dans la nature et ce qu'ils ressentaient. C'est à ces artistes que nous devons les premiers chefs-d'œuvre de l'humanité. Pendant des millénaires, ils sont restés cachés aux regards des hommes. Ce n'est qu'au XIX' siècle que les archéologues les découvrirent et admirent leur âge après des polémiques interminables. A partir de ce moment, le monde n'a pas cessé d'admirer l'art des chasseurs du Paléolithique. Pendant très longtemps, on a cru que ces magnifiques peintures rupestres étaient les toutes premières œuvres d'art pictural au monde et que rien ne les avait précédées ; comme si l'homme s'était mis un beau jour à la peinture, sans aucune préparation et avec un art consommé. Mais ce n'était pas si simple.

Les premiers tableaux

Aujourd'hui, on est à peu près sûr que l'art de peindre a subi une longue évolution depuis les premières tentatives jusqu'à l'apogée, telle que nous pouvons l'admirer sur les parois des grottes françaises ou espagnoles. Malheureusement, nous ignorons à quoi ressemblaient les premiers dessins des Paléolithiques, car le dessin est, sans aucun doute, plus ancien que la peinture, et à quelle époque il faut remonter pour déterminer leurs origines. Ils devaient être tout simples. Les dessins, faits au doigt dans le sable, n'avaient, évidemment, aucune chance de se conserver. Mais, malgré tout, nous connaissons des cas où de simples lignes, tracées par les doigts, se sont conservées dans la glaise molle, aux pieds des parois rupestres ou sur le sol des couloirs souterrains. Peut-être qu'au début, l'homme ne faisait que s'amuser ; il voulait probablement imiter les traces que l'ours laissait sur la pierre en aiguisant ses griffes. L'homme pouvait imiter ainsi toutes sortes de comportements d'animaux, observés dans la nature, sans poursuivre un but précis. Mais il s'est ainsi "fait la main" et a appris à représenter des formes et des contours, premier pas vers une expression artistique. Le chemin qui lui restait à parcourir était encore très long, même si nous ne connaissons aucune manifestation artistique venant des premières formes humaines, ni même des Néandertaliens. Les premières tentatives artistiques datent du Paléolithique supérieur, et sont l'œuvre d'hommes peu différents de l'homme d'aujourd'hui.

Il n'est pas aisé de déterminer si les traits tracés sur les parois rupestres ou bien sur les os et les pierres trouvés dans les sites des chasseurs, étaient œuvres du hasard, ou bien s'ils étaient gravés intentionnellement ; s'ils étaient créés par l'homme, s'il s'agissait des traces des griffes ou des dents d'animaux, ou bien encore, si leur surface avait été rayée par une autre action mécanique.

D'autre part, plusieurs dessins purent être exécutés sur des objets périssables qui ont disparu depuis longtemps, tels le bois, la peau, l'écorce des arbres, les feuilles, etc. On a trouvé des restes d'argile rouge qui servait de teinture à Olduvaî, en Afrique, ce qui signifie qu'ils seraient vieux d'un million et demi d'années. D'autres découvertes permettent de conclure que l'Homo Erectus et l'Homme de Neandertal utilisaient déjà cette peinture d'une façon ou d'une autre. Peut-être dessinaient-ils sur leur propre corps ou décoraient-ils ainsi les objets en cuir et en bois : tout cela stimulait le développement de la peinture. Des fragments dérisoires de ces objets d'art sont parvenus jusqu'à nous et, parmi eux, une infime partie seulement jusqu'aux mains des connaisseurs qui examinent attentivement le moindre détail de ces vestiges. Grâce à eux, nous sommes maintenant en mesure de décrire quelques objets qui, à première vue, peuvent sembler tout à fait insignifiants, mais qui sont, pour le moment, les plus anciennes tentatives de dessin. En ce qui concerne le dessin, ou plutôt la gravure, elle peut être facilement confondue avec les traits que le couteau laissait sur l'os en découpant la viande, ou bien quand l'os était utilisé comme outil de travail. Mais les six entailles parallèles qui existent sur l'objet découvert dans le site Strànskà Skàla, près de Brno, en Tchécoslovaquie, ne peuvent pas être confondues avec des traces dues au hasard. Visiblement, elles ont été faites intentionnellement L'objet en question est une vertèbre de queue d'éléphant qui date de la période interglaciaire, c'est-à-dire de trois quarts de million d'années. De l'avant-dernière période interglaciaire, donc de centaines de milliers d'années plus tard, provient l'éclat d'un os d'éléphant, marqué de dix longs traits, espacés régulièrement. On l'a découvert à Bilzingsleben, en RDA. Celui qui n'est pas convaincu que dix lignes parallèles expriment déjà un certain degré de sensibilité esthétique et le sens du beau, sera sûrement satisfait en voyant la côte d'un animal qui porte une ligne ondulée gravée. Elle date des débuts de l'avant-dernière glaciation et on l'a trouvée dans la grotte du Pech de l'Azé, en Dordogne.

Peut-être existait-il, à la même époque également, des peintures sur os, mais tout simplement, on n'a pas eu la chance d'en trouver pour l'instant. Ainsi, l'objet portant des traces de peinture rouge le plus ancien que nous connaissions, est une plaquette polie, taillée dans une molaire de mammouth. On l'a trouvé dans le site de Tata, près de Budapest, et on suppose que ses propriétaires qui vivaient au début de la dernière glaciation, l'utilisaient comme objet cultuel au cours de leurs rites.

Ces tentatives donnèrent naissance à l'art du dessin et de la peinture dont le créateur était l'Homo Sapiens du Paléolithique supérieur au cours de la seconde moitié de la dernière glaciation. Nous avons beau savoir que l'art préhistorique n'est pas apparu d'un seul coup, sans préliminaire, il faut avouer, qu'à première vue, il représente toutes les apparences de la soudaineté. Ceci est particulièrement vrai pour les peintures superbes des grottes du Sud de la France et du Nord de l'Espagne. Ces créations apparurent aussi soudainement qu'elles disparurent : on peut se demander, en effet, pourquoi les hommes se mirent, tout d'un coup, à couvrir les parois des grottes de chefs-d'œuvre, et pourquoi ils s'arrêtèrent de le faire, après quelques millénaires de création intense ? La Préhistoire recèle encore bien des mystères, surtout si nous nous engageons sur les chemins pleins d'imprévus de l'évolution et des mutations de la pensée humaine.


Dessin Noëlla Wébert
L'homme artiste.

La thématique des peintures, dessins, gravures

Il est en vérité bien plus facile d'écrire des centaines de pages sur l'art des chasseurs du Paléolithique supérieur (et, effectivement, c'est déjà fait) plutôt que d'en retracer le panorama en quelques lignes. C'est un art très varié aussi bien en ce qui concerne sa technique, l'emplacement de ses œuvres, que le choix de ses sujets et leur traduction picturale qui s'étend de la représentation réaliste des modèles naturels jusqu'aux dessins abstraits qui feraient honneur à n'importe quel artiste contemporain.

On en trouve aussi bien sur des objets utilisés dans la vie de tous les jours ou pendant des cérémonies, que sur les parois des salles des cavernes, loin de la lumière du jour. Ceci est déjà une preuve en soi que les modèles des artistes n'étaient pas tous les mêmes. Dans les sites, on décorait de sculptures ou de gravures les outils et les armes en os. Ce décor englobait tous les motifs, depuis les plus simples, abstraits ou géométriques jusqu'aux représentations d'animaux très réalistes. Les os qui portent de courtes entailles forment un groupe à part : il n'y a pas très longtemps, on les prenait pour un motif décoratif. Aujourd'hui, on est enclin à croire que ces traits servaient à compter ou bien que c'était une sorte de calendrier primitif. L'objet décoré pouvait exister uniquement pour le plaisir de son propriétaire, mais avait sans doute une signification plus profonde que nous ignorons. Ces dessins pouvaient représenter une force magique aux yeux de l'homme du Paléolithique qui croyait qu'elle allait lui assurer une chasse fructueuse, ou le protéger des puissances maléfiques et du danger.

Une pierre plate ou une plaquette d'os décorées, par exemple, d'un mammouth ou d'un bouquetin gravés, n'étaient, en toute logique, d'aucune utilité pratique. Il est peu probable que l'homme se serait donné tant de mal dans le seul but de faire passer le temps, ou pour embellir l'intérieur de sa hutte. Avec un peu d'imagination, on peut voir dans le trait qui traverse le corps d'un bouquetin, gravé sur une plaquette de schiste, un javelot transperçant l'animal. On a découvert cette gravure dans la grotte Dëravà, en Tchécoslovaquie. Il est fort probable que ces objets d'art étaient en même temps des objets cultuels et que les chasseurs les utilisaient dans leurs pratiques pendant leurs cérémonies rituelles.

Certains peuples, encore de nos jours, dessinent ou modèlent un homme, un animal, en croyant que tout ce qu'ils vont faire au dessin ou à la statuette arrivera à cet être vivant qu'ils sont censés représenter.

Des dessins sur les pierres ou sur les os, aux peintures sur les plafonds ou sur les parois des grottes, il n'y a plus qu'un pas. C'est ce que les artistes du Paléolithique créèrent de plus beau. Jusqu'à aujourd'hui, on a repéré à peu près deux cents grottes, décorées de peintures, dont la majeure partie se trouve dans le Sud-Ouest européen. Une des rares exceptions est la grotte de Kapova dans l'Oural, à la frontière de l'Europe et de l'Asie. Certaines, les plus célèbres, comme par exemple Altamira, Lascaux, Rouffignac, Font-de-Gaume, abritent plusieurs centaines de peintures ; d'autres, comme la grotte de la Grèze, ne sont décorées que d'une seule peinture qui, en l'occurrence, représente un bison magnifique. Ces chefs-d'œuvre sont soit gravés, soit peints. Pour graver, on utilisait des burins en pierre dont on a trouvé toute une série, par exemple, à Lascaux, pendant l'exploration de la grotte. On peignait avec des pinceaux en poils d'animaux ou avec des branchettes effilochées, ou tout simplement avec un doigt. Quant aux couleurs, on s'en procurait dans la nature : la craie pour la peinture blanche, la suie ou les composés du manganèse pour le noir, l'argile ocreuse ou rouge pour tous les tons de rouge, de jaune ou de marron. Le bleu et le vert ne sont pas des colorants naturels et c'est pour cela que l'on n'en voit jamais sur les peintures rupestres. </P

Les peintures et les gravures dans les grottes n'étaient sûrement pas un simple décor. L'artiste devait emprunter des couloirs souterrains, longs parfois de plusieurs kilomètres avant d'atteindre des salles, où il peignait dans le silence, le froid et l'obscurité. Ces espaces souterrains devaient agir fortement sur l'imagination des hommes préhistoriques et avaient, à leurs yeux, une importance toute particulière. Les couloirs et les salles décorés de peintures étaient leurs sanctuaires où se déroulaient leurs cérémonies, loin de la vie de tous les jours. C'est là que les hommes entraient en communication avec les puissances occultes de la nature en leur demandant le succès à la chasse, l'abondance du gibier qui signifiait l'abondance de la nourriture, la sauvegarde de la tribu, sa protection, et l'accroissement du nombre de bons chasseurs, courageux, robustes et habiles. C'est ainsi que nous l'imaginons à partir de ce que nous avons déjà appris sur la vie et sur la vision du monde des chasseurs du Paléolithique, ainsi que sur leur création artistique. Mais nous n'avons aucune certitude absolue concernant ces choses et nous ne l'aurons probablement jamais.

Par contre, nous avons une idée de la manière dont l'homme transforma peu à peu ces galeries souterraines en galeries d'art. Ceux qui étaient réceptifs à la beauté des lignes et à l'harmonie des couleurs, ne pouvaient pas rester insensibles devant le spectacle des parois rupestres éclairées par la lumière tremblotante des torches. Qui pourrait d'ailleurs rester indifférent aux jeux d'ombre et de lumière qui faisaient surgir des formes bizarres sur les parois bosselées des cavernes ? Ces contours pouvaient en rappeler d'autres aux chasseurs préhistoriques ceux, par exemple, des animaux qui leur étaient familiers. Cela leur donna peut-être l'idée de réaliser quelques dessins eux-mêmes. Au début, ces tentatives étaient très simples : on a découvert, dans les grottes de Cabrerets et de Rouffignac des traits de doigts dans la glaise tendre. Ailleurs encore, des lignes gravées très simples.

De remarquables représentations de mains en négatif font partie du "décor" rupestre le plus ancien. Leurs créateurs procédaient de la manière suivante : ils posaient une main sur le rocher et peignaient tout autour. On se demande, d'ailleurs, comment ils faisaient. Répandaient-ils la peinture liquide (rouge ou noire) en soufflant dans un tuyau contre la paroi ? Saupoudraient-ils la pierre humide de peinture en poudre à l'aide d'un pinceau ? Nous ne saurions le dire. La grotte la plus célèbre décorée avec des empreintes de mains (on en trouve plus de deux cents) est celle de Gargas, dans les Pyrénées françaises. Les mains qui représentent le plus d'intérêt aux yeux des scientifiques sont celles auxquelles il manque un doigt ou une phalange. Le grand nombre d'empreintes signifie qu'il ne s'agissait pas d'un simple jeu, ou du souci d'imiter des traces d'animaux, comme on le pensait parfois, mais bien d'une intention dont le sens profond nous échappe.


Dessin Noëlla Wébert
L'homme artiste : Un peintre préhistorique termine la peinture d'un bœuf sur la paroi de la grotte de Lascaux.

Ces mains ne sont pas vraiment des peintures à proprement parler. De vraies peintures ou gravures proviennent des différentes périodes du Paléolithique supérieur et surtout de la toute dernière (l'âge de la plus importante "galerie", celle de Lascaux, a été évalué par des méthodes modernes à quinze mille ans). Ces œuvres d'art sont déjà très différentes : elles sont plus grandes, plus recherchées, plus complexes. On en a recensé quelques milliers, depuis les toutes petites jusqu'aux très grandes. Dans des cas isolés, les animaux peints peuvent atteindre la longueur impressionnante de quatre, et même de cinq mètres. Les parois et le plafond entièrement décorés produisent un effet extraordinaire : même si les animaux sont de petite taille, celle-ci est compensée par leur grand nombre. Il y en a tellement que, parfois, ils sont même superposés. Tel est le cas, par exemple, du plafond d'Altamira, avec ses représentations de taureaux, qui est la première "fresque" paléolithique, découverte en 1879.

L'animal est le sujet principal de l'art pictural de l'Age de pierre. Il s'agit, en règle générale, de représentations réalistes qui reproduisent fidèlement la nature et qui traduisent des connaissances solides de l'anatomie, dans tous ses détails. L'artiste représentait les animaux soit au repos, soit en mouvement, dans des positions et des situations diverses, mais presque toujours de profil. On a recensé à peu près une cinquantaine d'espèces animales sur les parois rupestres ; les plus imposants, comme le mammouth ou le rhinocéros laineux, puis ceux dont les troupeaux fournissaient le plus de nourriture aux hommes avant la fin de la dernière glaciation, c'est-à-dire les rennes, Les chevaux, les aurochs, les bisons, mais aussi les cerfs ou les bouquetins et, parmi les fauves, l'ours, le lion, le loup, et bien d'autres animaux encore, comme le sanglier, le lièvre et même le phoque. Dans des cas très exceptionnels, on rencontre des oiseaux (des hiboux et des oies ou des poissons). Les artistes représentèrent de cette façon presque tout le règne animal.

Ce qui est, par contre, curieux, c'est que l'art paléolithique ignorait souverainement le monde végétal. Il existe quelques dessins qui évoquent vaguement des plantes, mais leur interprétation n'est pas univoque.

D'ailleurs, les animaux eux-mêmes ne sont pas représentés de manière objective et équitable. Certains, comme les bisons, les aurochs et les chevaux, existent pratiquement dans toutes les grottes, d'autres (et le mammouth fait partie du nombre) sont relativement rares. Pour certaines espèces, nous ne connaissons qu'un seul exemplaire.

Le second sujet de prédilection de l'art paléolithique était l'homme lui-même. Mais là, nous sommes placés devant une véritable énigme : les animaux sont fréquemment représentés, les hommes assez rarement. Si les premiers sont peints avec réalisme, il n'existe pratiquement aucune représentation uniforme et "d'après nature" des seconds. Celles que nous connaissons sont des portraits abstraits, des dessins qui rappellent des gribouillis d'enfants ou des caricatures maladroites. Et après tout, qu'est-ce qui nous fait croire que ce n'étaient pas vraiment des caricatures ? Les hommes du Paléolithique nous ressemblaient sous maints aspects, malgré la barrière temporelle qui nous sépare. Ils auraient très bien pu avoir un sens de l'humour proche du nôtre. Toujours est-il qu'ils n'ont jamais représenté l'homme tel qu'il était vraiment. Comme ils avaient un excellent "coup de pinceau" quand il s'agissait des animaux, on doit donc penser que ce n'est pas parce qu'ils en étaient incapables. Qu'est-ce alors qui les en empêchait ? Peut-être quelque crainte superstitieuse d'un sortilège ou un interdit religieux.

Il est certain que la magie était étroitement liée aux représentations de figures humaines. Sinon, on ne saurait expliquer pourquoi certains de ces dessins ne représentent pas vraiment des hommes, mais des êtres mi-hommes, mi-bêtes. La peinture la plus célèbre de ce type est le "magicien des Trois Frères", curieux personnage qui veille sur le passage des grottes souterraines, loin de la lumière du jour.

Mis en évidence par les flammes des torches qui servaient à l'époque préhistorique à éclairer le chemin souterrain, il devait surprendre toute personne ayant l'intention de passer. Il était peint très haut, sur le plafond rocheux en forme de voûte qui surplombait l'entrée de la salle rupestre appelée aujourd'hui "Sanctuaire". C'est un personnage dont les deux bras sont humains, mais les jambes et le visage sont ceux d'un fauve, d'un lion peut-être. Il a une queue de cheval et des bois de cerf sur la tête. De nombreux savants se sont déjà interrogés sur la signification de cette peinture insolite : s'agit-il d'un homme, d'un animal, ou d'un être surnaturel ? D'un chasseur, peut-être, vêtu de peaux pour tromper sa proie ? D'un chaman, dans un habit rituel représentant un démon, le "Seigneur des animaux" ou quelque autre divinité ? Il est inutile de chercher plus loin, nous n'aurons jamais la bonne réponse.

La troisième catégorie de peinture est aussi nombreuse que la toute première. Mais son sens est encore plus obscur que les représentations, pour le moins personnelles, de l'être humain. Elle englobe toute sorte de figures géométriques et de symboles qui n'ont aucun sens en soi. Il s'agit, par exemple, de rangées de pointillés exécutés en couleur rouge, de flèches stylisées, de triangles et de formations qui ressemblent à des damiers ou à des grilles, et bien d'autres encore. Jadis on croyait que ces signes abstraits devaient représenter malgré tout des choses concrètes : pendant très longtemps, par exemple, les chercheurs ont mené des débats sans fin autour d'un certain type de formes en demi-cercle pour savoir s'il représentait la coupe transversale d'une hutte de chasseur ou un grand piège pour capturer les animaux. Lorsqu'on découvrit, dans la grotte de Font-de-Gaume, une gravure de mammouth qui recouvrait cette figure, on l'interpréta aussitôt comme la représentation d'une chasse fructueuse. Personne n'a eu l'idée de penser que le mammouth et le "piège" n'étaient peut-être pas réalisés au même moment et qu'ils se recouvraient alors par hasard. Sur les parois des grottes, les endroits qui se prêtaient bien à la peinture et à la gravure n'étaient pas, après tout, si nombreux et, au fil des années, devenaient de plus en plus rares. Certains artistes n'avaient plus d'autre ressource que de peindre ou de graver sur les œuvres de leurs prédécesseurs. Et puis, s'il s'agissait vraiment d'une scène de chasse au mammouth, ce serait une trouvaille sensationnelle et pratiquement sans précédent, car les peintures qui représentent un événement ou une action sont extrêmement rares.

C'est aussi l'une des caractéristiques intéressantes de l'art paléolithique : des milliers de tableaux, tous, représentations uniques, sans histoire, sans entourage. Les exceptions sont peu nombreuses, dont l'une est particulièrement célèbre. Dans la grotte de Lascaux, un artiste inconnu peignit, dans un réduit en forme de puits, un rhinocéros énorme qui penche la tête sur un homme allongé. Le rhinocéros est apparemment grièvement blessé par une lance qui l'a atteint au ventre. Cela ressemblerait tout à fait à une scène de chasse dramatique, immortalisée par le pinceau de celui qui y assista, s'il n'y avait pas quelques incohérences. Selon les canons de l'art paléolithique, le rhinocéros est représenté jusqu'au moindre détail alors que l'homme est à peine ébauché en quelques traits et, qui plus est, il a une tête d'oiseau. Non loin de lui se trouve un bâton, terminé par le dessin simple d'un oiseau. On ne sait pas si c'est un bâton totémique ou un propulseur de javelots que les chasseurs fabriquaient en os ou en corne et dont ils avaient l'habitude de décorer l'une des extrémités. Si ce tableau était peint à la gloire du chasseur tué, on se demande pourquoi celui-ci était représenté de sorte qu'on pouvait à peine l'entrevoir à cause du manque d'espace ; même si l'on s'éclairait à la torche ou à la lampe à graisse, on ne pouvait voir toute la peinture dans son ensemble.

On peut déduire de cet exemple ainsi que des précédents que le plus grand problème n'est pas de deviner ce qui est dessiné ou gravé, mais de comprendre quelle signification cela pouvait bien avoir aux yeux d'un chasseur de mammouths. On étudie le sens de l'art paléolithique depuis plus de cent ans, sans être près de cerner la vérité.

La raison d'être des peintures paléolithiques

Au moment des premières découvertes, les archéologues considéraient que les artistes de "l'époque du mammouth et du renne" peignaient sans raison précise, uniquement pour le plaisir de créer. La science abandonna très vite cette hypothèse. A la fin du siècle dernier, on accumula un bon nombre de notes d'expéditions et d'études ethnologiques des explorateurs qui rapportent comment les tribus primitives, vivant dans les parties du monde coupées et éloignées encore de notre civilisation, utilisaient lors des préparatifs de la chasse des dessins d'animaux à caractère magique et même cultuel.

Les chasseurs dessinaient l'animal qu'ils voulaient capturer, dansaient autour de son image en essayant de l'atteindre avec leurs armes. Ils croyaient que ce rite allait leur permettre d'abattre effectivement l'animal en question. Certaines caractéristiques de l'art paléolithique nous autorisent à penser que chez les chasseurs de mammouth il en était de même. Cette hypothèse prit de l'ampleur et se généralisa au point qu'on pensait que c'était la seule explication valable du phénomène de l'art paléolithique.

Mais cette interprétation est un peu simpliste. En effet, certains traits de cet art ne peuvent pas s'expliquer par la magie. Nous n'avons qu'à observer, comment les différentes espèces animales sont représentées. La célèbre grotte de Lascaux est le plus grand sanctuaire souterrain de la fin du Paléolithique. Les hommes de cette époque étaient avant tout des chasseurs de rennes ; les os de rennes représentent les neuf dixièmes des restes de nourriture qu'on a pu trouver dans la caverne. Comment expliquer alors que parmi les 596 peintures d'animaux qu'abrite la grotte de Lascaux, il n'y ait qu'un seul renne ? Les rites et les préparatifs de la chasse n'avaient sûrement pas lieu devant les peintures d'animaux que les chasseurs ne chassaient pas.

Les hypothèses les plus modernes concernant l'art paléolithique sont bien plus complexes. Il semblerait que les peintures ne soient isolées qu'en apparence en réalité, le décor d'une grotte forme un ensemble où chaque animal, chaque signe obscur, a sa place et sa fonction propres. Cette collection de peintures dans le sanctuaire rupestre traduit peut-être la vision du monde des hommes de cette époque avec toutes les forces qui s'affrontent dans un combat de vie ou de mort, tout en se complétant harmonieusement, sachant que l'une ne peut exister sans l'autre. Mais est-ce là, la vérité ? Ce qui reste une valeur sûre, c'est bien la beauté de ces tableaux, peints il y a de cela dix mille ou vingt mille ans.

Cet art s'éteignit à la fin de la dernière glaciation, avec le déclin de l'Age de pierre. Le paysage européen se modifia et les hommes ne se rendirent plus dans les cavernes. Les sanctuaires souterrains furent abandonnés, puis oubliés et les hommes n'en créèrent pas d'autres. Il ne faut pas croire que ces hommes qui vivaient de la chasse et de la cueillette et qui habitaient l'Europe à l'époque du Mésolithique avant l'arrivée des premiers agriculteurs, ne surent produire rien de beau. Il serait plus juste d'imaginer qu'ils peignaient et gravaient sur des matériaux périssables qui ne se sont pas conservés : sur le bois, sur le cuir ou sur la vannerie. Toujours est-il que ce fut la fin des grandes peintures rupestres.

Cela étant, nous pouvons tout de même imaginer sans trop de difficultés le contexte de la création de ces peintures superbes.

Une histoire des peintures des grottes.

Il avait peur. Accroupi dans la grotte près de la lueur dansante du feu, à côté des autres jeunes hommes, il espérait qu'ils ne verraient pas combien ses lèvres et ses doigts tremblaient. Il savait que le moment était venu où il devrait descendre dans les ténèbres, dans le sein mystérieux de la terre.

Cela fait plusieurs jours - depuis la naissance de la nouvelle lune - que la chasse a été mauvaise, et les hommes dans la grotte sont affamés. Hier, une vieille femme et une petite fille sont mortes. Tous les matins, les vieux chasseurs expérimentés partent à la chasse avec les jeunes chasseurs. Ils rentrent tard le soir, les mains vides, sans avoir utilisé leurs sagaies et leurs couteaux. Toutes les baies et les noix ont été cueillies depuis longtemps.

Alors, les hommes se rassemblèrent pour discuter de la situation. Quelques-uns dirent que cette lune était néfaste, que les chasseurs n'auraient aucun pouvoir sur les animaux jusqu'à ce que la lune fût devenue pleine, ensuite plus mince et qu'elle eût disparu pour laisser la place à un nouveau croissant. D'autres croyaient que le pouvoir magique de la grotte était épuisé et qu'il fallait susciter un nouveau pouvoir magique. L'un d'entre eux affirme que le pouvoir magique provoqué sous une lune néfaste ne servait à rien et qu'il devait être suscité à l'apparition de la nouvelle lune. On lui répliqua que les hommes n'avaient plus le temps d'attendre, car la nouvelle lune ne viendrait qu'après un nombre de jours de deux mains et de trois doigts. On décida donc que le sorcier danserait ce soir et que les élus, un jeune homme et un vieillard, descendraient dans le sein de la terre, là où la lune néfaste ne pouvait les voir et où ils pourraient anéantir le pouvoir maléfique.

À présent, c'était lui, le jeune homme, qui avait été choisi. Il se passa la langue sur ses lèvres sèches. À côté de lui, un homme jeune était assis, qui se préparait à la grande chasse du lendemain matin. Il fabriquait une nouvelle catapulte pour sagaies. Il avait pris une grande ramure, que son père avait ramenée d'une de ses parties de chasse, en avait ôté toutes les pointes pour obtenir un bois bien droit, qu'il polit ensuite avec une lame un silex. Puis, le jeune homme en fit un bâton de la longueur de l'avant-bras. À une extrémité du bâton, il pratiqua une entaille afin d'obtenir un crochet. La catapulte était difficile à manier. On la tenait sur l'épaule avec trois doigts, le crochet vers le bas. La sagaie se plaçait alors la pointe vers l'avant, avec l'extrémité émoussée contre le crochet. Il fallait ensuite effectuer un lancement rapide et puissant pour que la sagaie fendît les airs à une vitesse plus vertigineuse que si elle avait été lancée sans catapulte, grâce à la plus grande portée que la catapulte fournissait au bras. Sans catapulte, un bras d'homme ne pouvait effectuer un tel lancement.

Pendant ce temps, le père préparait de nombreuses pointes de sagaie. Le vieil homme souffrait d'une maladie due au froid et à l'humidité, la " maladie de la pluie ". Les doigts lui faisaient mal, il avait beaucoup de peine à bouger ses articulations enflées, mais, par ses nombreuses années d'expérience, il préparait mieux que quiconque les armes qu'il ne pouvait plus utiliser lui-même. C'est avec grand soin qu'il avait fait sauter plusieurs éclats d'un silex, jusqu'à ce qu'il eût obtenu un noyau cylindrique dont il ferait de nombreuses lames. À présent, il tenait la pointe d'un petit burin contre le noyau cylindrique et, en donnant de petits coups, il en détachait des lames. L'habileté du vieil homme était si grande qu'à chaque coup un couteau à bord tranchant se détachait du noyau de silex. Tac ! Tac ! Tac ! Trois lames parfaites. De bons couteaux qui pourraient servir à couper la viande. En affinant quelque peu ces lames, on pouvait s'en servir pour faire des trous dans les peaux de bêtes, que les femmes cousaient ensuite ensemble. Les noyaux de silex étaient également employés comme racloir, pour gratter la graisse des peaux de bête. Mais ce soir-là, il n'y avait pas de peaux à travailler et pas de viande à manger. Il était urgent d'y pourvoir. C'est la raison pour laquelle le vieil homme continuait à détacher des éclats des lames qu'il avait faites, jusqu'à ce que des pointes de sagaies apparussent en forme de feuilles : il s'agissait des feuilles de la mort.

Le jeune homme observait alternativement son père et son frère qui s'affairaient. Il regarda ensuite les objets se trouvant sur le sol ; un petit pot, tiré du crâne d'un lapin, rempli de suie noire provenant du foyer ; des pots en pierre contenant des morceaux de terre glaise rouge et jaune ; des lanières de peau de bête ; des crânes pleins d'eau ; des lampes qui n'avaient pas encore été allumées, avaient été faites avec trois coupes en pierre et contenaient, en guise de mèche, des cheveux tressés de jeune fille. On les avait remplies de la dernière graisse que possédait la famille. Voilà en quoi consistaient les instruments nécessaires à l'exhortation de la vertu magique.

Les mains tremblantes, le jeune homme se mit à réduire en poudre la glaise colorée à l'aide d'un galet rond. La poudre devait être très fine. Il était tellement absorbé qu'il ne remarqua point que les voix s'étaient tues autour de lui, qu'un silence pesant avait envahi la grotte. La voix rauque du sorcier lui ordonna alors : " Viens ! ", et il se leva. Le vieil homme, qui était là pour l'assister, versa de l'eau dans les petits pots en pierre, tandis qu'il continuait à remuer la poudre noire, rouge et jaune. Ils allumèrent ensuite deux des lampes en les approchant du feu. Le sorcier prit une lampe et le petit pot contenant de la glaise rouge, et partait le premier. Le vieil homme lui emboîta le pas en portant la deuxième lampe et le petit pot de couleur noire. Le jeune homme les suivit avec la troisième lampe, qui n'était pas encore allumée. Il portait également la couleur jaune et les lanières de peau de bête. Ils tournèrent le dos au feu se trouvant à l'entrée de la grotte et pénétrèrent dans l'obscurité de la grotte.

Les autres hommes les suivirent d'un pas hésitant, en portant des haches, des massues et des couteaux en pierre. Ils marchèrent ainsi en silence dans les ténèbres les plus profondes. Arrivés là, ils se baissèrent les uns après les autres, pénétrèrent dans un passage à plafond très bas, qui conduisait plus loin dans la montagne.

Les lampes fumantes jetaient une faible lueur vacillante sur les parois de l'étroit passage. Il faisait froid, mais ce n'était guère le froid qui faisait trembler le jeune homme, en suivant le sorcier et le vieillard. Derrière lui, il entendait des chuchotements angoissés de quelques hommes, des ordres à voix basse afin d'imposer le silence.

Ils poursuivirent leur chemin dans la pénombre des voûtes d'une autre grotte. Les lampes, remplies de graisse animale, éclairaient à présent d'une lueur incertaine le squelette d'un ours sur la paroi rocheuse. Un rat se sauva en sautant à leurs pieds, et disparut en criant, dans l'obscurité. Les hommes arrivèrent à un autre passage. L'un d'entre eux jeta soudain son arme à terre, fit demi-tour et se mit à courir. " Reviens ! ", cria un autre. Tout le groupe s'arrêta et répéta : " Reviens ! ". Ce n'était plus nécessaire. L'homme affolé eut à peine fait dix pas dans l'obscurité angoissante qu'il revint en courant vers la lueur tremblotante des lampes.

Ils atteignirent enfin leur but, une immense grotte voûtée. Ils s'arrêtèrent au milieu, et là, jetèrent leurs armes en tas tout en criant leur nom. Le sorcier, qui portait un bois de cerf sur la tête, recouvrit les armes d'une peau de bête.

Il se mit alors à chanter en invoquant chaque animal des forêts et des steppes, en vantant la force des hommes et le pouvoir des armes sur tous les animaux. Pendant son invocation, quelques chasseurs s'étaient avancés vers la paroi et y appliquèrent la main. Le jeune homme et le vieillard, qui portaient les pots colorés, plongèrent hâtivement des lanières de peau de bête dans la couleur, dessinèrent en rouge, noir ou jaune les contours des mains appliquées sur les parois. Il y avait là de grandes mains puissantes, des mains de jeunes gens et des mains de vieillards, noueuses, à cause de la maladie de la pluie. Un ou deux doigts manquaient à certaines mains. Quand plus personne ne se présenta pour laisser ses traces dans la grotte magique, les chasseurs se rassemblèrent près du vieillard qui, à l'aide de sa lampe, les conduisit à travers les passages qu'ils avaient empruntés à l'aller.

Dans leur précipitation ils trébuchaient, car la graisse de la lampe baissait. Si la flamme s'éteignait avant d'arriver à la grotte extérieure, ils pourraient prendre un mauvais couloir, seraient à tout jamais perdus dans le sein de la terre.

À présent, le jeune homme et le sorcier étaient seuls. Le sorcier dansait, appelait les animaux par leur nom d'une voix de plus en plus sauvage, afin de les soumettre à la puissance de l'homme. Il cria les noms d'animaux, les noms des vents, les noms des armes, tous les mots magiques secrets.

Et le jeune homme dessinait. Il peignit d'abord un grand bison, fier de sa force prodigieuse. Des bourrelets de graisse pendaient entre ses pattes avant et sa queue semblait fendre l'air. Le jeune homme appliqua encore quelques touches de jaune et de noir sur le brun rougeâtre de la peau du bison : l'énorme animal se trouvait à tout jamais fixé sur la paroi de la grotte. Les yeux soulignés de noir, les pupilles menaçantes reproduisaient à merveille la puissance prodigieuse du bison sauvage.

" Meurs ! Meurs ! " s'écria le sorcier en appelant l'animal par son nom. " L'homme est plus fort que toi ! " Le jeune homme ne tremblait plus depuis longtemps. Il avait oublié sa peur, il avait oublié le temps. Il oublia même de prêter attention à la lampe fumante se trouvant à ses pieds, et qui était, sur le point de s'éteindre. Il continuait à peindre, inlassablement, de magnifiques bisons sur la paroi de la grotte, tout en conjurant leur force prodigieuse. C'est le sorcier qui interrompit soudain son incantation et bondit juste à temps pour prendre la lampe sur le point de s'éteindre. Si la nouvelle lampe n'était pas allumée avant que l'autre ne s'éteigne, ils seraient perdus à tout jamais. Les mains tremblantes, le sorcier approcha la mèche de la flamme mourante. La mèche prit feu, fuma et s'éteignit. " Force au feu ! Force au feu ! " s'écria le sorcier. Il invoqua le nom mystérieux du Soleil juste au moment où la flamme de la vieille lampe s'éteignait, la minuscule flamme de la nouvelle lampe vacilla un instant, se mit à fumer dangereusement, et soudain, une flamme jaillit.

Le sorcier enleva la peau de tigre qu'il portait, l'étala sur le sol et commença à y poser les armes. " Viens, maintenant ! " dit-il d'une voix forte.

Mais le jeune homme n'était pas encore prêt. Il était en train de peindre un cerf. " Danse ! " murmura-t-il. " Chante et danse ! Les hommes meurent de faim. Le pouvoir magique doit être fort ! " Sa main, qui tenait un morceau de lanière noirci par la suie, dessina les flancs puissants de l'animal bondissant. Il trempa une autre lanière dans la couleur rouge et coloria le cou et les muscles des pattes de l'animal, ensuite il répartit les zones d'ombre et de lumière. Un ancien dessin représentant un mammouth, qu'un autre avait peint à cet endroit, ne semblait nullement le gêner ; il peignait simplement un cerf par-dessus. À présent, le chant du sorcier se fit plus rauque. Toute férocité en avait disparu. Il se tut et contempla l'œuvre du jeune homme. Puis il s'écria : " Partons maintenant ! "

Le jeune homme jeta les pots de couleur vides près des armes et noua les extrémités de la peau de tigre. Il se baissa, souleva le gros ballot et le jeta sur les épaules.

Le sorcier tenait la lampe devant lui. Ainsi ils avancèrent dans l'obscurité, s'arrêtèrent à l'extérieur près du feu de camp, où les autres hommes attendaient l'aube et espéraient une chasse fructueuse.

La sculpture

Dans l'Antiquité, les Grecs aimaient et admiraient la beauté sous toutes ses formes, et adoraient, il y a de cela des milliers d'années, Aphrodite, déesse de la beauté et de l'amour. Une série de statues, représentant cette déesse, femme de beauté idéale, s'est conservée jusqu'à nos jours. Les Romains, bâtisseurs du plus grand empire antique, adoptèrent cette divinité des Grecs ainsi que l'idéal de beauté qu'elle personnifiait. Ils l'appelèrent Vénus.

Lorsqu'on découvrit les premières statuettes paléolithiques représentant les femmes, on les appela également "Vénus", mais bien entre guillemets, car tout un monde les sépare des sculptures en marbre antiques. Les Grecs et les Romains avaient la même idée du beau ou, mieux, c'est nous qui avons hérité d'eux cette conception. Il nous semblerait aberrant que les statuettes paléolithiques aient pu représenter un idéal de beauté. Mais les choses ne sont pas si simples.

Les "Vénus" du Paléolithique supérieur n'étaient pas censées matérialiser la beauté féminine. Elles jouaient un rôle autre que purement esthétique, et les lignes du corps de la femme correspondaient à cette fonction. Leur aspect n'est pas ce qu'il y a de plus important. Les "Vénus" prouvent à la science que les hommes du Paléolithique supérieur surent non seulement dessiner et peindre, mais aussi tailler et sculpter. Ils surent représenter leur modèle en trois dimensions, lui prêtant le volume, le "corps". La sculpture était donc l'un des arts que les chasseurs de mammouths maîtrisèrent parfaitement ; en outre, elle apparut au même moment, si ce n'est plus tôt que les premiers dessins, comme le démontrent les plus récentes découvertes.

L'aspect des reliefs paléolithiques

Le relief est une représentation à mi-chemin entre la gravure et la sculpture. Il est sculpté sur un bloc fixe pour obtenir un tableau plus ou moins plastique. Les reliefs paléolithiques dépassaient à peine le stade de la gravure. Il est intéressant de constater qu'à la différence des gravures rupestres, les reliefs se trouvent à l'extérieur, à la lumière du jour, peut-être parce que le jeu de la lumière et de l'ombre les met plus en valeur. On les rencontre le plus souvent dans les entrées des grottes ou bien sur les parois rocheuses abruptes, protégées par un rocher en surplomb. Ils sont assez rares. Comparativement à la peinture et à la gravure rupestres, leur nombre est très restreint, et tous ceux que nous connaissons se trouvent dans le Sud de la France. Il semblerait qu'au départ, ils étaient assez grossiers et qu'on les ait affinés dans la dernière étape du Paléolithique.


Dessin Noëlla Wébert
L'homme artiste : Relief de la "Vénus" de Laussel, Dordogne, Musée d'Aquitaine, Bordeaux.

Photo L.V.B. "L'Encyclopédie de l'Homme Préhistorique" Editions Gründ
L'homme artiste : Vénus de Willendorf (Autriche).

Photo L.V.B. "L'Encyclopédie de l'Homme Préhistorique" Editions Gründ
L'homme artiste : Vénus de Dolni en terre cuite.

En ce qui concerne leur thématique, on ne peut pas ne pas remarquer que le corps humain y est fréquemment représenté ce qui n'était pas le cas pour la peinture. De manière générale, c'est un corps de femme. Les sculpteurs n'avaient pas la prétention de rendre la ressemblance parfaite. Il s'agissait bien plutôt d'une ébauche stylisée. Mais, de même que la peinture, les reliefs devaient avoir une signification qui était en relation avec des pratiques de magie, liée à la chasse. Le relief le plus beau et le plus expressif est celui de Laussel, en Dordogne qui représente une "Vénus". Cette figure féminine tient à la main un objet qui ressemble à une corne de bœuf. Les chasseurs du Paléolithique supérieur, auraient-ils connu le symbole de la corne d'abondance, tel qu'on le concevait au Moyen Age ? Représentait-elle la fécondité éternelle de la nature ? L'utilisait-on comme coupe cultuelle pour des libations au cours de cérémonies ? Après avoir étudié la peinture paléolithique, nous savons que c'est précisément l'interprétation de l'œuvre d'art qui est la plus difficile. A Laussel, il existe d'ailleurs plusieurs "Vénus" en relief qui tiennent des objets variés à la main. Les reliefs représentant des chevaux sauvages, des aurochs ou des bisons, sont apparemment plus faciles à comprendre. Ils sont sculptés dans les rochers à Cap Blanc ou à Le Roc, dans la même région. Mais la création la plus remarquable dans ce domaine est, indiscutablement, un relief qui n'a pas son égal, tant par sa conception que par son emplacement. Il se trouve très loin, à l'abri de la lumière, dans une grotte qu'on ne peut atteindre qu'après avoir longtemps marché dans les couloirs souterrains. Il n'est pas sculpté dans la pierre, mais modelé dans la glaise, et appliqué sur la surface d'un rocher. Grâce à cet emplacement, loin des influences extérieures, il a pu se conserver intact près de quinze mille ans. Nous pouvons l'admirer sur les photographies et sur les reproductions, car il n'est pas accessible au public. C'est un couple de bisons, long de quelques dizaines de centimètres. Non loin du groupe se trouve un troisième bison en argile appliquée, cette fois-ci, au sol de ce sanctuaire rupestre ; le quatrième bison a été dessiné avec le doigt dans la vase. Cette caverne se trouve dans le Sud de la France et s'appelle Tuc d'Audoubert. Mais les reliefs ne sont pas encore des sculptures à proprement parler. Ils n'arrivent pas encore à se détacher du support fixe de la paroi rocheuse. La vraie sculpture est un objet d'art qu'on peut contempler et admirer de tous les côtés et qui est, à cet effet, retouché par les instruments de l'artiste. Il s'agit de la statue.

L'histoire des premières "vénus"

Il est un peu gênant de désigner les premières sculptures par le terme de statue qui évoque un objet d'art ayant certaines dimensions. Au Paléolithique, on ne rencontre que de petites statuettes. Les "Vénus" sont les plus connues, et les plus populaires.

Elles étaient l'œuvre des chasseurs de mammouths, à l'apogée du Paléolithique supérieur. Entre la petite tête de Becov et ces statuettes, s'ouvre un abîme temporel que rien ne remplit. Les Néandertaliens eux-mêmes n'ont rien créé d'analogue. Les statuettes d'Europe occidentale et centrale datent d'il y a vingt ou trente mille ans ; celles qui proviennent de l'Europe orientale sont un peu plus récentes. Nous en connaissons aujourd'hui une centaine malheureusement, rares sont celles qui se sont conservées entièrement. Trente ou quarante d'entre elles sont restées intactes, et même si ce nombre est relativement réduit, il représente malgré tout une belle collection d'art.

Comme le montre déjà leur appellation, il s'agit presque toujours de femmes. Il n'existe que quelques exemplaires représentant les hommes de l'époque du Paléolithique.

Ces statuettes ne sont jamais des reproductions fidèles de la réalité, mais leur conception est, malgré tout, très diversifiée. Il s'agit le plus souvent de corps féminins avec une accentuation qui peut nous sembler exagérée des parties qui ont rapport à la prOcréation. Aussi les signes de maternité sont-ils soulignés, alors que la tête, les bras, les jambes ne sont qu'ébauchés. Telles sont les statuettes qui proviennent d'Europe centrale (Dolni Vëstonice, Willendorf) ou orientale (Kostiénki, Avdeevo). La valorisation de ces parties pouvait aller jusqu'à l'abstraction des autres, des bras et des jambes. Le sol d'un campement de chasseurs près d'Ostrava livra un torse de femme conçu de façon si originale et hardie qu'on pourrait le prendre pour l'œuvre d'un artiste contemporain. Une catégorie à part est constituée de statuettes "habillées" de Sibérie dont nous avons eu déjà l'occasion de parler.

De longues discussions savantes ont eu pour objet l'importance de ces statuettes pour l'homme du Paléolithique. D'une manière générale, on suppose qu'il s'agit d'une idole, d'un objet de culte par l'intermédiaire duquel l'homme adorait la Fécondité sous toutes ses formes, fécondité si importante pour la survie de la horde et de toute l'espèce humaine. Mais, étant donné qu'on a trouvé la plupart de ces statuettes dans les huttes, parfois même dans les "cachettes" spécialement conçues pour elles à côté du foyer, certains considèrent qu'il s'agissait d'une divinité familiale protectrice du feu et, par là même, de toute la horde. Pourtant, cette hypothèse n'est pas universelle : certaines statuettes représentent des hommes, d'autres uniquement une tête féminine dotée, à la différence des autres, d'un visage et d'une coiffure bien marqués ; d'autres encore représentent des sortes d'androgynes, car on ne peut déterminer s'il s'agit d'un homme ou d'une femme.


Dessin Noëlla Wébert
L'homme artiste : Il y a 11.000 à 13.000 ans, des homo sapiens ont sculpté de petits bisons d'argile et les ont placés dans la grotte du Tuc-d'Audoubert (dans les Pyrénées), à plus d'un kilomètre de l'entrée.

Aucune interprétation n'est acceptable sans restriction et c'est, d'ailleurs, normal quand nous réalisons combien de milliers d'années et combien de centaines de kilomètres séparaient leurs créateurs. Ces statuettes diffèrent jusqu'à la matière qui servit à leur fabrication. Certaines sont sculptées dans l'ivoire, d'autres dans une pierre tendre. La "Vénus" de Dolni Vêstonice, unique en son genre, est en terre cuite.


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Luc Van Bellingen

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