Le Carbonifère : Le peuple de la mine (1)

La mine et ses installations de surface : la partie visible de l'iceberg car en dessous ce n'est qu'un dédale de galeries.
Dessin L.V.B.

Le charbon dans sa réalité matérielle, objet de toutes les convoitises des 18ème, 19ème et 20ème siècle...
Tant de sueur, de larmes et de sang pour ces quelques cailloux noirs...

Entrée

 

 
 
 
 
Recherches annexes
 
 
 

 

Le
Carbonifère

Carbonifère : Généralités

1.  Le Carbonifère
   1.1.  Etymologie et définition
   1.2.  Caractéristiques du Carbonifère
2.  Les paysages du Carbonifère
   2.1.  Orogénie
3.  La Belgique productrice de minerais

Le Carbonifère inférieur : Viséen - Tournaisien

4.  Le Carbonifère inférieur
   4.1.  Le petit Granit
   4.2.  Les fossiles du Petit Granit

Le Carbonifère supérieur : Westphalien - Stéphanien

5.  Le Carbonifère supérieur
   5.1.  Le charbon
   5.2.  Le climat au Carbonifère
   5.3.  La flore au Carbonifère
   5.4.  La faune du Carbonifère
   5.5.  Les fossiles du charbon

L'exploitation minière du Charbon (1)

6.  L'exploitation du charbon
   6.1.  Les protagonistes
      6.1.1.  André Paillard, dit "AndrédeMarles"
      6.1.2.  Henri Rimbaut, mineur et poète
      6.1.3.  Lucien Hector Jonas, peintre anzinois
      6.1.4.  Marius Carion, peintre du Borinage
      6.1.5.  Joseph Quentin, photographe du peuple
      6.1.6.  Auguste Lesage, mineur, peintre, médium et guérisseur
      6.1.6.  Pierre Paulus, le peintre du prolétariat de Charleroi
   6.2.  Vocabulaire spécifique au monde de la mine

L'exploitation minière du charbon (2)

7.  L'exploitation du charbon
   7.1.  Les différents bassins houillers
   7.2.  Description des veines de houille et des terrains encaissants
   7.3.  Les installations minières
      7.3.1.  En surface
      7.3.2.  En dehors du carreau de la mine
      7.3.3.  Sous terre
   7.4.  Visages des différentes fosses au cours du temps

L'exploitation minière du charbon (3)

8.  Quelques thèmes pour continuer le tableau
   8.1.  L'alcoolisme et la prostitution
   8.2.  Sainte Barbe
   8.3.  Les chevaux dans la mine
   8.4.  Les terrils
   8.5.  Les corons
   8.6.  Cabarets, cafés et estaminets
   8.7.  Les outils du mineur
   8.8.  Les mineurs au cours du temps
   8.9.  Ouvrages décrivant la vie des mineurs au cours du temps
   8.10.  Reconnaissance des travailleurs du passé glorieux des mines

L'exploitation minière du charbon (4)

9.  Les systèmes d'éclairage
   9.1.  Les lampes de mineur à flamme nue
   9.2.  Les lampes de mineur de type Davy
   9.3.  Les lampes de mineur de type Clanny
   9.4.  Les lampes de mineur de type Mueseler
   9.5.  Les lampes de mineur de type Marsaut
   9.6.  Les lampes de mineur de type Fumat
   9.7.  Les lampes de mineur britanniques de type Archibald de Glasgow
   9.8.  Les lampes de mineur à benzine de type Wolf
   9.9.  Les lampes de mineur de type Molnia
   9.10.  Les lampes de mineur à acétylène
   9.11.  Les lampes de mineur de type inconnu
   9.12.  Les lampes de mineur électriques

L'exploitation minière du charbon (5)

10.  Les accidents miniers
   10.1.  Les coups de grisou et coups de poussier
   10.2.  Le feu
   10.3.  L'eau et les inondations
      10.3.1.  Les galeries d'exhaure
   10.4.  Les éboulements
   10.5.  Liste chronologique des accidents miniers

Le Peuple de la Mine (1)

11.  Il était une fois le peuple de la mine
   11.1. Introduction
   11.2.  La découverte du charbon
   11.3.  Petite histoire de l'exploitation du charbon
      11.3.1.  Les premières exploitations minières

Le Peuple de la Mine (2)

      11.3.2.  La houille et la révolution industrielle
      11.3.3.  Les nouveaux riches
      11.3.4.  Les nouveaux riches et le pouvoir
      11.3.5.  La classe ouvrière
      11.3.6.  La classe ouvrière s'organise

Le Peuple de la Mine (3)

      11.3.7.  Zola et Germinal
      11.3.8.  Les thèmes de Zola
         11.3.8.1.  Les femmes
         11.3.8.2.  Les enfants

Le Peuple de la Mine (4)

      11.3.9.  Le Paternalisme
      11.3.10.  La Déclaration de Quaregnon
      11.3.11.  Le Syndicalisme

Le Peuple de la Mine (5)

      11.3.12.  Les conflits sociaux de 1886 en Wallonie
      11.3.13.  Nouvelles lois suite aux grèves

Le Peuple de la Mine (6)

      11.3.14.  La grève de 1906
      11.3.15.  Les premiers immigrés
      11.3.16.  Les grèves de 1913
      11.3.17.  La Première Guerre Mondiale

Le Peuple de la Mine (7)

      11.3.18. Les Polonais
      11.3.19.  L'Entre-deux Guerres

Le Peuple de la Mine (8)

      11.3.20.  La Deuxième Guerre Mondiale
      11.3.21.  L'Après Guerre
      11.3.22. Les années '50 et suivantes : Le Déclin

Le Peuple de la Mine (9)

      11.3.23.  La Culture Minière
         Introduction
         Les Chorales, Harmonies et Fanfares
         Les Géants
         Le Jardinage
         La Colombophilie
         Le Javelot
         Le Sport
            Le Football
            Le Cyclisme
            Le Tir à l'Arc et les Jeux d'Indiens
         Les Combats de Coqs et les Coqueleux
         Les Guinguettes
         Les Bouloirs
         Les Kermesses, Ducasses, Braderies et autres Fêtes Populaires
            Les Braderies
            Les Ducasses et Kermesses
         Autres Loisirs
         La Napoule
         Conclusion
 
       

12. Quelques semaines, en compagnie d'un mineur et de sa famille

   12.1. Au petit matin
   12.2. Le départ vers la mine
   12.3. Arrivé au puits, Jules se prépare
   12.4. La descente aux enfers
   12.5. Au travail
   12.6. La chaleur
   12.7. On étouffe, ici !
   12.8. Le briquet au fond
   12.9. Toujours surveillés
   12.10. Pendant ce temps-là...
   12.11. Fin de journée...
   12.12. Retour à la maison
   12.13. Au jardin.
   12.14. Le souper
   12.15. Tu seras mineur, mon fils !
   12.16. L'accident
   12.17. Le dimanche et la ducasse
   12.18. Et pour finir...

Le Peuple de la Mine (1)

11.  Il était une fois le peuple de la mine

11.1. Introduction
11.2.  La découverte du charbon
11.3.  Petite histoire de l'exploitation du charbon

11.3.1.  Les premières exploitations minières

Le Peuple de la Mine (2)

11.3.2.  La houille et la révolution industrielle
11.3.3.  Les nouveaux riches
11.3.4.  Les nouveaux riches et le pouvoir
11.3.5.  La classe ouvrière
11.3.6.  La classe ouvrière s'organise

Le Peuple de la Mine (3)

11.3.7.  Zola et Germinal
11.3.8.  Les thèmes de Zola

11.3.8.1.  Les femmes
11.3.8.2.  Les enfants

Le Peuple de la Mine (4)

11.3.9.  Le Paternalisme
11.3.10.  La Déclaration de Quaregnon
11.3.11.  Le Syndicalisme

Le Peuple de la Mine (5)

11.3.12.  Les conflits sociaux de 1886 en Wallonie
11.3.13.  Nouvelles lois suite aux grèves

Le Peuple de la Mine (6)

11.3.14.  La grève de 1906
11.3.15.  Les premiers immigrés
11.3.16.  Les grèves de 1913
11.3.17.  La Première Guerre Mondiale

Le Peuple de la Mine (7)

11.3.18. Les Polonais
11.3.19.  L'Entre-deux Guerres

Le Peuple de la Mine (8)

11.3.20.  La Deuxième Guerre Mondiale
11.3.21.  L'Après Guerre
11.3.22. Les années '50 et suivantes : Le Déclin

Le Peuple de la Mine (9)

11.3.23.  La Culture Minière

Introduction
Les Chorales, Harmonies et Fanfares
Les Géants
Le Jardinage
La Colombophilie
Le Javelot
Le Sport

Le Football
Le Cyclisme
Le Tir à l'Arc et les Jeux d'Indiens

Les Combats de Coqs et les Coqueleux
Les Guinguettes
Les Bouloirs
Les Kermesses, Ducasses, Braderies et autres Fêtes Populaires

Les Braderies
Les Ducasses et Kermesses

Autres Loisirs
La Napoule
Conclusion

11. Il était une fois le peuple de la mine...

11.1. Introduction

Il était une fois le peuple de la mine, un monde fascinant et inquiétant aujourd’hui disparu. C’était à peine hier et pourtant cela nous parait si lointain. Qui se souvient qu’il y a plus de deux siècles des hommes ont eu le courage de descendre à plus de 1000 mètres sous la terre pour fournir notre pays en énergie et lui permettre de devenir une puissance économique mondiale ? Qui se souvient que le Nord de la France et la Belgique étaient couverts de puits de mine et de chevalement ? Ces cathédrales de fer et d’acier accompagnaient les terrils, ces montagnes de charbon façonnées par les mineurs. La mine a considérablement transformé les hommes et les paysages.

C’est cette histoire que nous allons vous raconter… L’histoire des Gueules Noires, ces hommes et ces femmes qui ont changé le cours de notre destin par leur sacrifice, par les luttes qu’ils ont menées. L’histoire d’une classe ouvrière née avec les mineurs au XIXème siècle et pratiquement disparue avec eux dans les années 2000, tournant définitivement la page de l’extraction du charbon.

Voici l’épopée des Gueules Noires comme un roman franco-belge qui nous dévoilerait l’incroyable aventure industrielle, humaine, économique et politique de nos régions.

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11.2. La découverte du charbon : Qui a découvert le charbon ?

Selon la légende, ce serait un forgeron du nom de Jean Hullos de Plainevaux habitant la région de Liège qui serait à l'origine de cette découverte qui allait changer la face du monde.

Voici ce qu'écrit Gilles d'Orval, scribe d'Albert de Cuyck, prince-évêque de Liège de 1194 à 1200. Ce récit, plein de fantaisie a fait naître la belle légende de Hullos, ce personnage juste à mi-chemin entre la légende et la réalité, ce forgeron si cher au cœur des Liégeois, si presque réel, qu'il faudrait être très malin et pouvoir retourner dans le temps pour affirmer ensuite avec preuves à l'appuis que ce Hullos est une légende ou une réalité.

L'action se passe vers l'an 1000 et à cette époque, seul le charbon de bois permettait à la forge de fonctionner, charbon de bois produit par les charbonniers.  Ce produit demande une grande quantité de bois et un travail conséquent, ce qui en fait une matière première chère pour le forgeron.

Cependant, tout en travaillant notre héros marmonnait dans ses dents en se plaignant : "J'ai beau travailler et travailler, mais le prix élevé du charbon de bois ne me permet pas de rembourser mes dettes, de payer les impôts au seigneur et encore moins de mettre un sou en poche. "

Il était tellement absorbé par son travail et par ses pensées sombres qu'il ne remarqua même pas qu'un vieil homme auréolé de cheveux blancs, à la longue barbe blanche et vêtu d'une robe immaculée, venait de passer la porte de son atelier. Quand Hullos le vit, le vieillard lui dit : " Si tu as de telles difficultés financières avec le charbon de bois, va sur la Colline aux Moines, creuse une tranchée, enlève la terre arable et tu trouveras au fond de ton trou une terre noire, brillante. Jette-la dans ton foyer et tu verras qu'elle brûle dix fois mieux que le charbon de bois." et le vieil homme disparut. Perplexe mais sachant qu'il n'avait rien à perdre, Hullos fit une tranchée au sommet de la colline, découvrit cette terre noire, l'utilisa dans sa forge et il put produire armes et outils d'une qualité encore inégalée pour cette époque. Sa renommée devint si forte qu'il eut des commandes à ne plus savoir qu'en faire et ne dépendant plus du charbon de bois, il put enfin faire des bénéfices substantiels.

Cette légende existe sous différentes variantes dans d'autres régions.

La version qui suit vient du Nord de la France. Dans cette version, Jean Hullos, le maréchal ferrant, est surnommé le Cacheux.

Son aventure prendrait commencement, au cours d'un de ces hivers rudes que connaît le Nord, sur les monts d'Anzin. Le Cacheux en promenade dans la forêt aperçoit une lumière dans une hutte dont il ignore l'existence. Il s'approche et aperçoit à l'intérieur des nains velus, nus comme des vers en train de se réchauffer autour d'un feu. Il ne connaît nulle flamme capable de faire des couleurs identiques à celles qu'il voit. Curieux il sort sa pipe et entre dans la hutte pour l'allumer. C'est là qu'il aperçoit que ce qui brûle n'est ni du bois ni aucune matière inflammable connue à ce jour. Il interroge les nains sur la provenance de cette pierre noire qui chauffe d'un feu d'enfer. Les personnages lui répondent évasivement en lui disant des phrases qu'il ne comprend que par brides du type : "Si on le savait, il y a sous nos pieds des richesses qui n'ont rien à envier aux pierres précieuses et aux diamants" ou encore : "Un jour viendra où les machines marcheront sans l'aide de la force animale. Elles se déplaceront toutes seules sur la terre comme sur la mer". Le Cacheux ne comprend un traître mot de ce qui lui semble une hérésie. Puis un signal retentit du fond de la terre et nos nains animés d'une incroyable agilité disparaissent dans un trou creusé dans le fond de la cabane. Jean le Cacheux veut en savoir plus, il les suit à distance dans un long tunnel noir qui plonge dans la terre. Au plus profond il observe grâce à une multitude de lumières une ribambelle de nains en train d'exploiter cette pierre qui brûle. Ils travaillent avec tant de courage que cela fait chaud au cœur de les voir à l'ouvrage. Un second signal retentit et les voilà en train de manger et de boire de grandes chopes de bières moussantes. Il s'invite au milieu d'un groupe et boit ainsi plusieurs pintes en leur compagnie, mais il n'arrive pas à percer le secret de la terre qui "brusle".
Le lendemain il se réveille seul dans la forêt, la hutte a disparu les nains aussi. De retour au village il ne reconnaîtra pas les siens. Dans la cour de son jardin un chêne qu'il se souvient d'avoir planté pour l'anniversaire de sa fille, une semaine avant a une taille incroyable. Comment un chêne peut-il vieillir aussi vite ?
Il ne reconnaît plus les habitants. Sur ses dires les villageois veulent le brûler au bûcher le prenant pour un sorcier. En une nuit il avait vieilli de cent ans. Il ne doit son salut qu'aux femmes qui se souviennent de son existence. Il révèle alors son secret et dans les monts d'Anzin on retrouve les traces de la pierre noire, de la houille.

Ceci est évidemment une légende car les Eburons (littéralement, "peuple qui creuse des bures") (bure = tranchée) avaient déjà découvert ce minéral fossile qui brûle. Les Romains, ayant défait l'armée gauloise s'installèrent chez nous et adoptèrent ce combustible puisque des archéologues en ont retrouvé dans l'hypocauste de plusieurs villas romaines de la région liégeoise.

Au cours du Moyen Age, l'exploitation du charbon reste artisanale : des tranchées, des puits d'une dizaine de mètres de profond et quelques petites galeries de quelques mètres de long, quelques galeries à flanc de coteau à travers banc pour retrouver les veines de charbon et les exploiter sommairement.

Notons tout de même que la première houillère dont fait mention l'histoire du Pays de Liège, a dû se trouver aux environs d'Yvoz-Ramet. Elle est mentionnée dans une charte donnée en 1202 par l'Evêque Hugues de Pierpont à des moines cisterciens. Pour en revenir une dernière fois à notre Hullos, on le dit originaire de Plainevaux, qui est bien proche d'Yvoz-Ramet. Comme quoi la légende reste proche de la réalité si bien que notre héros reste avec un pied dans la réalité et un autre dans la légende.

La fin du 18ème siècle mais surtout le 19ème et 20ème siècle avec l'avènement de la machine à vapeur et des moteurs électriques, vont être les siècles d'expansion, d'apogée, de déclin et de fin d'exploitation du charbon en Europe Occidentale.

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11.3. La petite histoire de l'exploitation du charbon.

11.3.1. Les premières exploitations minières.

Certaines couches assez nombreuses, notamment sur les rives de la Meuse, ont été, au cours des plissement subis, suffisamment relevées pour venir affleurer à la surface du sol.

Les chercheurs de houille (en wallon les "houilleux" à Charleroi ou "hoïeux" à Liège) suivirent à l'origine la couche qu'ils avaient trouvée sous leurs pieds. Armés des outils qu'ils avaient sous la main, pelles, pioches et paniers, ils creusèrent des tranchées à ciel ouvert et puisèrent à cette source le combustible convoité.

Georg Bauer, dit Georgius Agricola 1494-1555 a réalisé de superbes gravures dans son ouvrage "De Re Metallica" expliquant les évolutions des techniques minières.

Les premières houillères étaient rudimentaires et peu profondes et les moyens d'extraction archaïques. Les travaux n'exigeaient pas de connaissances spéciales, mais au fur et à mesure de leur éloignement de la surface du sol, ils devenaient de plus en plus pénibles et ils devaient bientôt s'arrêter à cause de leur difficulté, de leur prix élevé et surtout à cause des eaux qui s'engouffraient dans les tranchées sans issues. Alors, les premiers mineurs abandonnaient leur chantier pour aller à la recherche d'un autre endroit où ils pourraient reprendre leur travail ingrat. Comme ils n'avaient aucune notion sur le tracé et la position des couches, ils remuaient le sol en tous points.

Les insuccès répétés de ces travaux rudimentaires et la demande croissante de combustible obligèrent nos ancêtres à améliorer les méthodes. Ils revinrent vers leurs anciennes tranchées et au lieu de continuer à creuser des tranchées à ciel ouvert, ils creusèrent des galeries descendant tout simplement dans la couche en suivant sa pente.

On le voit, la profondeur des galeries est très faible...

Même si la profondeur n'est pas importante (A : on voit les racines des arbres pendre dans la galerie) le mineur, dès qu'il s'écarte de l'entrée, se trouve face à un problème de poussières et d'aération. Deux acolytes armés d'un drap (B) le secouent afin de faire un tant soit peu circuler l'air dans la galerie.

Un détail de la gravure précédente montre que le mineur travaillait à cette époque sans aucune protection. ni casque, ni chaussure spéciale...

L'extraction minière est très réglementée et déjà très organisée, même si les moyens techniques sont dérisoires :

Les mineurs reçoivent, avant d'entrer dans la mine, une quantité de suif équivalant à 8 heures de travail.  Quand le suif sera épuisé, il sera temps pour l'ouvrier de sortir de la mine.  Ce suif est distribué par un officiel qui comptabilise les quantités en fonction des ouvriers.  Remarquons que l'entrée de mine est située à flanc de colline.  Et on ne peut pas encore parler d'exploitations par puits, même s'il en existe quelques uns, mais peu profonds.

Les charpentiers engagés sur le site abattent les arbres, les ébranchent et les débitent pour en faire des poutres et des piliers qui seront utilisés pour étançonner les galeries.

Le minerais remonté est envoyé au lavoir en vue d'en retirer les stériles.

Le minerais lavé est alors déplacé par brouettes et stocké dans des box préparés avant d'être expédié.

En fonction des demandes, le minerais est chargé dans des chariots et expédié vers les clients ou les revendeurs.

Fin de semaine ou de quinzaine, les mineurs passent devant le contremaître qui les paie en fonction de la quantité de minerais arrachée à la terre.  plus l'ouvrier produit au cours de ses 8heures de travail, plus il sera payé.

Un magistrat, dépêché par les autorités (seigneur, duc, comte...) est chargé de faire respecter l'ordre et de rendre la justice.

Ce furent là les premières exploitations souterraines dans notre pays et il est difficile d'en situer l'emplacement et d'en déterminer l'époque. Il ne faut pas les confondre avec les exploitations par puits qui suivirent à la fin du XIIème siècle.

Certains savants font remonter l'exploitation par galerie inclinées avant 714. On retrouve d'ailleurs dans les abbayes et les collégiales les plus anciennes du Pays de Liège, des murs édifiés en grès et pierres du terrain houiller. Leur présence semble accuser l'existence de travaux de mines antérieurs, mines dont les recherches ont amoncelé des tas de pierres utilisées ensuite à la construction. Or ces édifices furent érigés dès l'an 712, sous Saint Hubert.

Entre l'an mil et 1200, la création de galeries descendantes dans les couches de houille constituait déjà une amélioration sensible des méthodes. Les travaux s'étendirent et l'on osa pénétrer de plus en plus dans les entrailles de la terre.

Cependant, si les obstacles provoqués par la difficulté de soutenir les terrains ou de ramener à la surface pouvaient être plus ou moins facilement vaincus, il en était un devant lequel les anciens mineurs étaient impuissants : l'eau qui s'infiltrait dans les travaux pour les rendre bientôt inhabitables.

L'eau a toujours été un ennemi implacable du mineur et, de nos jours encore, elle exige la mise en œuvre de méthodes particulières des moyens puissants pour être mise à raison. Les moyens rudimentaires dont disposaient les Anciens ne leur permettaient pas de s'opposer victorieusement à ce fléau et bientôt les eaux les obligeaient à abandonner les travaux aussi légèrement qu'ils avaient été entrepris. Il fallait chercher des moyens pour surmonter les dangers de cet ennemi mortel. Un fait accidentel en donna l'occasion.

Les premières exploitations se trouvaient sur les hauteurs de la rive gauche de la Meuse. Mais sur le flanc des collines bordant à gauche le fleuve, des couches de houilles affleuraient aussi. Dans ces couches légèrement inclinées vers le haut, on creusa des galeries qui permirent une exploitation fructueuse. Mais il arriva que ces galeries s'élevant toujours plus haut à l'intérieur de la colline, aillent rejoindre d'anciennes exploitations établies antérieurement au sommet et abandonnées devant l'envahissement des eaux. Les galeries venant du flanc des collines donnèrent ainsi un écoulement des eaux des anciennes galeries qui s'asséchèrent et devinrent à nouveau exploitables. On pensa alors bientôt réunir tous les travaux en cours à ces canaux d'écoulement vers la vallée et l'exploitation charbonnière prit un nouvel essor. Les galeries d'exhaure venaient de voir le jour.

Une "areine" (il existe plusieurs orthographes : arène, araine, etc.), en région liégeoise, mais aussi "seuwe", "sèwe" ou "saiwe" en Hainaut, ou encore "conduit" dans le Borinage ou le Centre, désigne une galerie creusée au pied d'une colline, destinée à évacuer l'eau par écoulement et permettre l'exploitation de la houille. On parle aussi de galerie d'exhaure. Le débouché s'appelle "œil de l'areine", il se situe au point le plus bas possible de manière à drainer un maximum d'eau. Le point de rencontre entre l'areine et une mine s'appelle "steppement", les diverticules sont appelés "rotices". Une areine couvre un district repérable grâce au niveau de sa "mer d'eau" et est séparée des autres areines par des "serres" (zones d'exploitation interdites) ou des failles.

Ce moyen d'assèchement des travaux miniers découvert par hasard fut bientôt exploité systématiquement. Des gens riches et des congrégations religieuses se mirent en devoir de faire creuser à leurs frais des canaux débouchant au fond de la vallée et qui s'enfonçaient profondément dans les collines à la rencontre des couches de charbon. Lorsque ces canaux, dont certains avaient une longueur considérable (jusqu'à 15 km), étaient terminés, ils en donnaient l'usage moyennant paiement d'une redevance, aux patrons charbonniers qui y raccordaient leurs travaux. Ces canaux de drainage s'appelaient "araines" (ou areines ou encore arènes).

Nous étions toujours à l'époque de l'exploitation du charbon à l'aide de galerie creusées dans la pente de la couche. Il serait difficile de dire à quelle époque furent créées les premières araines, mais il est incontestable que les principales existent depuis très longtemps. Les eaux qu'elles évacuaient étaient évacuées vers la Meuse ou alimentaient les fontaines de la Cité, déjà avant le Xème siècle (vers 930, au temps du Prince Évêque Richard, on amena l'eau de l'araine de la Cité sur le Marché). Comme ces araines avaient une importance primordiale pour l'industrie charbonnière, elles furent bientôt protégées par des lois et des édits. Il était défendu d'y toucher sous peine de mort. A l'heure actuelle, les charbonnages étant fermés, de nombreuses araines fonctionnent encore et comme l'eau a percolé à travers les roches avant de s'écouler dans ces conduits, c'est maintenant la SWDE qui les gère car ce sont des points d'eau potable appréciables.

L'exploitation par puits verticaux remonte à la fin du XIIème siècle. On a peu de données sur les houillères qui existaient alors. Les actes de vente ou de location de terrains, demandes de concession minière antérieurs à 1250 dans lesquels on pourrait trouver mention de la houille sont extrêmement rares. Encore une fois, c'est Georgius Agricola, qui de par ses gravures nous donne un aperçu de ce que devait être ces premières exploitations.

Naguère, la descente dans un puits de mine était pleine de péripéties. Suspendu au bout du câble, dans une tonne aux douves mal jointes, on allait battant contre les parois, parfois accroché par la tonne montante, craignant une chute de pierre ou d'outil, baigné par l'eau qui suintait de la roche, enfin, sujet à mille accidents.

Le système d'évacuation des eaux par des araines parfois longues de plusieurs kilomètres engendra des conflits avec certains propriétaires des terrains. Pour résoudre ces problèmes, on vit la création de la "Cour des Voir-Jurés de charbonnage".

Formée dès 1355 de quatre mineurs qualifiés et instruits puis de sept mineurs en 1487, sous l'autorité des Échevins de la ville de Liège, elle statuait sur les innombrables houillères de la région, sur les conflits de voisinage entre houillères et sur les conflits entre exploitants souterrains et propriétaires de surface.

Ce savoir-faire amena les armées à utiliser les "sapeurs liégeois" dans les guerres de siège, comme en 1430 devant Compiègne, au service de duc de Bourgogne. Le savoir-faire liégeois est lié à une autre expertise de la ville, dans le domaine du travail du fer qui sera utilisée par des ouvriers exilés lors de la révolution industrielle suédoise.

En 1582, l'édit de Conquête donne un cadre légal aux canalisations souterraines et indique que si le propriétaire des lieux est incapable d'en vider l'eau, quiconque y parvenant a droit d'exploiter la mine à sa place, moyennant une double redevance : l’entre-cent (Taxe due, d’après la coutume du Hainaut, au seigneur haut justicier sur les mines charbonnières exploitées sur l’étendue de sa juridiction.) et le droit de marlotage (Droit perçu par l'État sur l'extraction charbonnière, le plus souvent une taxe provinciale sur la quantité de charbon extraite).

En 1615, Philippe de Hurges dépeint Liège comme étant une cité dont le versant gauche de la Meuse apparaît presque entièrement dominés de huttes de bure indiquant la présence d’une multitude de galeries de mine. Les galeries se croisent, s'enchevêtrent, s'épuisent: il faut trouver le moyen de creuser plus profond.

Comme à Carmaux en France, ce sont les verriers qui ont besoin de charbon pour alimenter les fours à verre qui donnent un coup d'accélérateur à l’exploitation charbonnière dans le Hainaut. Jumet fut la pionnière, puisqu'on y a construit la première fournaise dès 1621. C'est vers 1650 qu'arrivèrent dans la région de Charleroi, les premiers verriers étrangers. Plus d’une centaine de verreries différentes seront recensées sur un siècle dans un périmètre limité : les communes de Lodelinsart, Gilly, Dampremy, Jumet et Charleroi.

Dès la fin du XVIIème plus de 125 puits, sont déjà ouverts dans la région de Mons, dite du Borinage, dont les trois-quarts appartiennent à des institutions religieuses. La "pompe à feu" de Thomas Newcomen est utilisée à Jemeppe dès 1706, quelques années avant le brevet.

Pompe à feu de Thomas Newcomen.

Les puits sont alors profonds d'environ 20 à 25 mètres, exceptionnellement 70 mètres. Parmi les propriétaires on compte aussi de grandes familles nobles, les Ligne, les Aremberg et les ducs de Croÿ. La Société du Grand Conduit et du Charbonnage d’Houdeng, ou société du Grand Conduit d’Houdeng, fondée par contrat à Mons le 14 février 1685, fut l'une des premières sociétés par actions dans le domaine charbonnier. Elle opérait sur les communes de Houdeng-Gœgnies et Houdeng-Aimeries, aujourd'hui fusionnées pour former celle de La Louvière.

Trois maîtres mineurs s'associèrent à deux banquiers binchois, au secrétaire-greffier de la seigneurie de Houdeng et au bailli, pour créer une société constituée de onze parts égales, chacun en disposait d'une et le seigneur propriétaire de la terre, Joseph-François le Danois, marquis de Cernay, vice-comte de Houdeng, en possédant quatre. Son fils François Marie Le Danois, également propriétaire de terres à Raismes, sera en 1757 l'un des actionnaires de la compagnie des mines d'Anzin.

Les salaires augmentent de 1685 à 1708 et le premier dividende n'est versé qu'en 1710, après 25 années d'existences, et la réalisation complète du grand conduit, qui servait à ventiler la mine et surtout à écouler l'eau, alors que les machines à feu de Thomas Newcomen n'existent pas encore, même si son associé Thomas Savery en a conçu une dès 1698. Plus tard, la Société du Grand Conduit deviendra la société du Bois-du-Luc et croîtra encore.

La Société charbonnière de la Barrette, également active sur le site de l'actuelle La Louvière, obtient une concession en 1735. Elle y installe en 1766 une machine d’extraction par le pompage de l'eau dans les galeries, dites « pompe à feu » de Thomas Newcomen. Les terres appartenaient aussi à François Marie Le Danois, marquis de Cernay, qui les revendit en 1740. Parmi les actionnaires, Joseph II de Habsbourg détenait un douzième du charbonnage.
En 1775, la région compte déjà 17 sociétés par actions charbonnières concurrentes, sur un espace relativement réduit, dont une, créée en 1773, aura à partir de 1784 des actionnaires français : la Société d'Obourg, Havré-Saint Denis et Trévières.

La plupart des propriétaires sont des nobles, comme le chevalier Jean-François Brouwet, qui acquiert pour 200 000 florins la seigneurie d'Ecaussinnes et Henripont. Il reçoit de l'impératrice Marie-Thérèse d’Autriche en 1760, des lettres patentes le faisant chevalier lui et son père, puis en 1765 sa nomination de receveur de "l'ancien domaine" en Hainaut. Ses spéculations financières utilisèrent les fonds de la recette générale et les bénéfices de la houille. Il frauda le droit de marlotage, se vit interdire en 1762 le commerce de la houille, mais n'en tint apparemment aucun compte, avant d'être sanctionné en 1782.

La nouvelle génération vient parfois de l'étranger, comme sur Le Grand-Hornu. Charles Godonnesche, "fermier général des octrois de la ville et banlieues de Valenciennes", obtient par exemple le 19 janvier 1778, de l’abbaye de Saint-Ghislain, le droit d’exploiter, en association avec deux Borains, les veines à charbon d’une concession s’étendant de la seigneurie de Quaregnon à celle de Boussu. Les difficultés financières et les problèmes d'exploitation se multiplient. En 1810, sa veuve vend la mine à Henri De Gorge, riche commerçant lillois, qui relance la production et obtient l'extension de la concession.

Lors de la révolution de 1830, la Belgique, devenue indépendante des Pays-Bas en 1830, est déjà le deuxième producteur de charbon au monde derrière l'Angleterre. Ses 307 mines de charbon, dont 83 détenues par des sociétés anonymes ont un chiffre d'affaires de 45 millions de francs et bénéficient du "dépôt de capitaux considérables". Un total de 224 mines sont restées sous la direction de sociétés anonymes comptent en fait parmi leurs actionnaires un grand nombre d'ouvriers ayant droit aux délibérations, tandis que les mines détenues par un groupe familial sont extrêmement rares.

Lors des cinq années qui suivent la Révolution belge de 1830, la Société Générale de Belgique investit dans une quarantaine d'entreprises, qui sont introduites en Bourse, dont une quinzaine d'aciéries et sept mines de charbon. Parmi elles, la Société des hauts-fourneaux, usines et charbonnages de Marcinelle et Couillet, la Société des produits de Flénu, au capital de 4 millions de francs et la Société du Levant de Flénu. À la fin des années 1850, les deux dernières donnent des dividendes de 29 %. En vingt ans environ, leurs cours ont été multipliés respectivement par 3,5 et 3,4 depuis l'entrée en Bourse.

Sur les années 1830, la production de charbon de la Belgique double de volume. Entre 1831 et 1850, le bassin liégeois est en forte croissance. Il regroupe 25 hauts fourneaux sur cinq communes seulement (Seraing, Ougrée, Tilleur, Grivegnée et Sclessin) appartenant à cinq sociétés.
Dans le but de produire du fer à meilleur coût, John Cockerill achète dès 1817 son premier haut fourneau à Liège, opérationnel en 1830, à Seraing et sans équivalent, même Outre-Manche. Autre entrepreneur important, Henri-Joseph Orban s’autofinance en 1830, pour un haut fourneau au coke qui devient société anonyme en 1846. Le réseau ferroviaire belge, né de la loi du 1er mai 1834 et mû par des locomotives à vapeur, garnit aussi le carnet de commandes des charbonnages. Aciéries, verreries, chemins de fer, machines à vapeur des manufactures et filatures… toutes les industries participent à la Révolution Industrielle.

En 1835, le gouvernement belge transforme ses créances de 4 millions de francs en actions. John Cockerill prend lui des participations dans des compagnies minières pour contrôler la matière première.
John Cockerill et la Société générale ont participé à l’extension des recherches houillères dans le Nord de la France, qui a marqué les années 1834 à 1840. La forte hausse des actions de la Compagnie des mines de Douchy, ex-Compagnie Dumas, avait stimulé les appétits et les investissements. Enregistrée sous forme de société par actions en décembre 1832, la compagnie des mines de Douchy découvre en mai 1833 une veine de charbon dans l'unique puits qu'elle exploite. Peu après, ses actions ont vu leur cours multiplié par 105 en un an, passant de 2,22 francs en février 1833 à 300 francs en janvier 1834. Il faudra attendre deux ans, avec l'année 1836, pour que la mine passe le cap d'un million de tonnes métriques produites.

Cette bulle spéculative et l'intérêt pour la recherche minière ont alors habitué les pouvoirs publics français à l'émission de nombreuses actions à la Bourse de Paris, où les premières valeurs industrielles étrangères seront des mines belges. Pour ses recherches, la Compagnie de Cambrai reçoit alors l'aide et le conseil du professeur André Hubert Dumont.
La production de charbon dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais prend du retard, tout comme celle, plus généralement, du charbon français. Les compagnies françaises introduites en Bourse de Lille privilégient une stratégie financière plutôt qu’une stratégie de production et d’investissements, ce qui provoque une pénurie de charbon qui va mener à la recherche d'autres sources d'énergie et à la multiplication par huit de la production hydroélectrique dans les années 1920.

Le travail était dur, les rendements médiocres. Une poulie de puits suffisait à faire monter et descendre une espèce de panier dans lequel les mineurs déposaient le précieux combustible. Les mineurs montaient ou descendaient un à un.

Dans le Nord de la France, le charbon a une longue histoire, de près de trois siècles.
Le premier filon de charbon est trouvé à Harginghem, près de Boulogne sur Mer, vers 1660, mais ce gisement est modeste et sa valorisation difficile.

Dans le n°201 du volume VIII du journal " L’illustration, journal universel " en date du 2 janvier 1847, un article raconte la découverte du charbon dans le Nord de la France.

En 1716, un Lorrain, le vicomte Désandrouin, ancien officier et fils d'un exploitant de verreries et de mines dans la région de Charleroi, conçut le projet de découvrir des gites de charbon de terre qu'il soupçonnait devoir exister dans les environs de Valenciennes, à la limite des exploitations de Mons.
Il forma à cet effet une société de recherches qui, la même année, découvrit de la houille à Fresnes-sur-Escaut. De nouveaux travaux amenèrent de nouvelles découvertes en 1723, et l'on commença une exploitation qui malheureusement, ne fournissait pas de la houille propre à tous les usages de sorte que la France restait encore tributaire de la Belgique.

C'est en 1733 qu'une fosse fut ouverte à Anzin. A force de travail, de soins et de précautions, on parvint à surmonter les difficultés qui s'opposaient au passage des terrains aquifères et au maintien des eaux. Pour ce faire, en 1734, on installa pour tirer l'eau d'une seule fosse, une pompe d'exhaure qui fonctionnait avec vingt hommes et cinquante chevaux marchant jour et nuit.

Mais si l'histoire de l'extraction du charbon a débuté vers 1720 dans le Nord Pas de Calais, on verra aussi les conditions sociales beaucoup évoluer selon les époques, les lieux et les métiers : Compagnies privées ou entreprise nationalisée, travail au jour ou au fond, hommes, femmes, enfants ou cadres de l'entreprise...
Ces conditions sociales dépendent souvent des rapports complexes entre patronat et ouvriers, rapports bientôt régulés par les interventions de l'Etat et des syndicats.

Tous les ouvriers descendent dans la mine par des échelles inclinées à 60°superposées et séparées de 10 mètres en 10 mètres par un petit plancher.
Elles ont fixées solidement contre la paroi d'un puits pratiqué à coté de la fosse, et dans la fosse même pour traverser les terrains aquifères.
Dans les couches de charbon, ces échelles sont posées dans des cheminées de descente, construites sur l'inclinaison des veines.

Au XVIIIe siècle, les galeries sont d'une faible hauteur et l'énergie est musculaire : celle des hommes.

La solution pour acheminer le charbon jusqu'au puits est donc de traîner les charges.
Pour cela est créée l'esclitte : un traîneau en bois d'une capacité de 120 litres tiré par les herscheurs, généralement des enfants, adapté à la hauteur des galeries.

Mais cela ne suffit pas, la cadence est lente et la charge faible. En effet, les esclittes doivent être vidées dans des hottes et le charbon est remonté via les échelles à dos d'hommes.

On conçoit combien sont longues et pénibles pour les ouvriers, cette descente et cette ascension, et quel temps et quel force ils perdent dans ces manœuvres.

Remontée par les échelles

Gravure datant du Moyen Age schématisant les méthodes de remontée des minerais d'étage en étage par cuffats actionnés par un treuil manuel, tandis que les ouvriers remontent par des échelles verticales.

En 1810, les galeries, plus hautes, permettent d'ajouter un élément qui nous paraît anodin, mais qui va changer beaucoup de choses pour le transport : la roue.

L'esclitte à roulettes d'une capacité plus importante est positionnée sur des chemins de bois. Le transport est plus aisé et la cadence s'accélère. Et les wagonnets continuent d'évoluer. On passe du bois au métal, des chemins de bois aux rails en fer, de 120 litres à 500 litres, et surtout de l'homme au cheval et ensuite à la machine.

Du reste, ajoutons que c'est à la Compagnie Désandrouin qu'on doit l'introduction de la machine à vapeur en France pour actionner la pompe à feu, essentielle pour l'exhaure.

Ce fut en 1732 : pour tirer l'eau d'une seule fosse, il fallait avec l'ancienne machine, vingt hommes et cinquante chevaux marchant jour et nuit.

La machine à vapeur va maintenant actionner un treuil. On va substituer au boisage ordinaire qui servait à maintenir les terres, un boisage de madriers de chêne très épais et si artistement arrangé, qu'il forme un trou bien plus large qu'à l'origine, de 7 pieds carrés, perpendiculaire jusqu'à 900 pieds.
Ce treuil permettra de soulager les mineurs qui remontaient le charbon à dos d'hommes. A la fosse Saint Louis des mines d'Anzin, dont on peut voir quelques dessins d'époque, on expérimente depuis 1844 une méthode qui améliore les conditions de travail des ouvriers et qui augmente la productivité de la mine.

Ce système d'extraction emprunté au pays de Liège consiste à charger les berlines à la taille et au lieu d'être transvasées dans des hottes ou dans un cuffat, elles sont enlevées elles-mêmes au jour avec leur train, deux ou trois les-unes au-dessus des autres. Au moyen des ces wagons, les ouvriers montent et descendent sans fatigue. Cette méthode allait devenir générale dans toutes les mines.

C'est en 1734 qu'il atteignit la veine houillère, qu'en mémoire de cette résistance on appela Maugretout. Elle fut exploitée pendant plus de 110 ans.

Le 19 novembre 1757 fut arrêté l'acte constitutif de la Compagnie des mines d'Anzin regroupant les sociétés d'exploitation houillères d'Anzin et de Raismes. Alors commença pour cette exploitation, une ère de prospérité à laquelle la révolution de 1789 mit un terme.
Le nouveau gouvernement s'empara de l'exploitation. Elle devint "citoyenne" et fut confiée à de nouveaux dirigeants acquis aux idées de la révolution. Dirigée par ces incompétents notoires, l'exploitation qui était productive et bénéficiaire devint onéreuse et déficitaire. Mais la tourmente révolutionnaire apaisée et l'ordre rétabli, la société après quatre années d'une dépossession ruineuse fut rendue à son propriétaire et on put travailler à réparer les désastres révolutionnaires.

Les pays qui l'entourent vont désormais se peupler et s'enrichir. De misérables villages, tels qu'Anzin, Fresnes, Denain, Raismes, Vieux Condé devinrent des villes importantes par leur population, leur industrie et leurs richesses.
En 1844, le bassin de Valenciennes fournit à lui seul plus du quart de la production houillère de France.

Alors que dans le Nord les puits depuis un siècle fleurissaient, c'est à Oignies en 1842 que l'épopée du charbon gagne le Pas-de-Calais.

Suivez la suite de l'histoire du Peuple de la mine sur :
Carbonifère : Le peuple de la mine (2)

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